
La libération de l’écrivain Boualem Sansal mercredi a permis un début de dégel dans les relations entre la France et l’Algérie.
Le même jour de l’annonce de la grâce présidentielle en faveur de l’écrivain franco-algérien, le président français Emmanuel Macron a tendu la main à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune pour « échanger avec lui sur l’ensemble des sujets d’intérêt pour nos deux pays ».
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Les deux présidents auront peut-être l’occasion de se croiser dans une semaine au sommet du G20 en Afrique du Sud (22-23 novembre). Une rencontre pourrait acter le début du dégel dans les relations entre les deux pays, mais rien n’est encore confirmé.
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La France demande beaucoup à l’Algérie, est-elle prête à faire de même ?
Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a embrayé en jugeant « très forte la probabilité » qu’il se rende en Algérie. Dans la foulée, le successeur de Bruno Retailleau qu’il n’a pas manqué d’enfoncer au passage, a dévoilé les priorités françaises dans la reprise des liens avec l’Algérie.
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Pour Paris, la reprise de la coopération sécuritaire à l’arrêt depuis l’expulsion par Alger de 12 agents français en avril dernier, est une urgence en raison de l’importance, de l’expertise et l’expérience de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme.
Une reprise qui signifie le retour des agents expulsés, tous liés au ministère de l’Intérieur français. La libération du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison ferme en Algérie, figure aussi parmi les demandes françaises.
Langage guerrier
Paris demande également la renégociation de l’accord de 1968, pourtant vidé de sa substance. Il y a aussi les contentieux économiques notamment la réouverture de l’usine algérienne de Renault à l’arrêt depuis 2020, et la chute libre du blé français dans les importations algériennes de céréales depuis 2019.
En somme, la France veut reprendre le travail sur la base de la feuille de route qui a été arrêtée par les deux présidents, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, lors de leur entretien téléphonique du 31 mars dernier.
Côté algérien, les dossiers de contentieux ne manquent pas, de la détention d’un agent consulaire jusqu’à la réduction drastique du nombre de visas aux ressortissants algériens, en passant par les tentatives incessantes des lobbies hostiles pour diaboliser l’Algérie et les Algériens de France.
Mercredi, sur France 24, Rachel Binhas, journaliste à Marianne, un autre média d’extrême droite, s’est même étonnée que la France n’a pas utilisé sa puissance nucléaire pour faire pression sur l’Algérie afin d’obtenir la libération de Boualem Sansal.
Dans ce contexte explosif, le président Macron a-t-il les cartes en main pour relancer la relation franco-algérien. La France, qui formule de nombreuses demandes à l’Algérie, est-elle prête à faire des efforts ?
Si Emmanuel Macron a réussi à mettre fin à la cacophonie qui régnait au sein du gouvernement concernant la gestion de la crise avec l’Algérie, il est peu probable qu’il puisse aller loin dans le règlement de la crise entre les deux pays, en raison de l’opposition de l’extrême droite et des lobbies pro-israéliens, dont l’influence a pris de l’ampleur ces dernières années.
Le poids important de l’extrême droite
« Le poids de l’extrême droite est important et la marge de manœuvre du président Macron est forcément réduite », estime l’historien Benjamin Stora, dans une déclaration à TSA qui souligne le « volontarisme mémoriel de Macron pour éviter de perdre tous les acquis ».
« Je crois qu’il manifeste le souhait de poursuivre les activités de la commission mixte » d’historiens algéro-français, poursuit-il.
En raison du contexte électoral en France où la bataille des présidentielles de 2027 bat son plein, l’Algérie a bien compris qu’elle n’a plus à attendre du président Macron, affaibli politiquement par la défaite de son camp aux législatives anticipées de l’été 2024, et qui avait déjà étalé son impuissance à mettre fin aux agissements de son ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Après plus d’un an d’une crise inédite qui a rapproché les deux pays de la rupture, certains ressorts essentiels des relations franco-algériennes semblent définitivement cassés.