
Veuillez vous abonner ou vous connecter avec votre compte Google pour lire cet article.
Les plus échaudés des observateurs ne s’étaient pas fait d’illusions quant à ce qu’allait être l’attitude de l’extrême-droite française lorsque Paris et Alger avaient lancé un processus de retour à la normale en janvier-février derniers.
L’appréhension se confirme. Le courant anti-algérien multiplie les sorties destinées à entraver la marche des deux pays vers la réconciliation.
A lire aussi : Imane Khelif dément sa retraite et accuse son ex-manager de trahison
Comme cet appel franc à la rupture lancé par l’historien Pierre Vermeren, qui se défait chaque jour un peu plus de la rigueur que lui impose son métier pour apporter de faux arguments au courant anti-algérien.
A lire aussi : Visas diplomatiques : l’Algérie accuse la France de « mauvaise foi »
« L’Algérie n’a plus besoin de la France ni la France de l’Algérie »
Vermeren vient de sortir un livre au titre qui ne laisse point de doute quant à sa teneur. : “France-Algérie. De 1962 à nos jours. Histoire d’une relation pathologique”.
“Quand une relation est toxique, ne vaut-il pas mieux la rompre ? Désormais, l’Algérie n’a plus besoin de la France ni la France de l’Algérie”, déclare-t-il dans un entretien au Figaro.
A lire aussi : L’Algérie instaure un triple contrôle des importations
Au fil des questions déjà bien orientées du journal de droite, l’historien a ressassé la rhétorique irrespectueuse des porte-voix de l’extrême-droite, Bruno Retailleau, Boualem Sansal, Xavier Driencourt et les autres, assurant par exemple que “l’Algérie et le Vatican sont les deux seuls États représentés à Paris par un religieux”, en allusion au recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz.
Pour conclure que la présidentielle de 2027 “ne change (ra) pas grand-chose”, d’autant que “le prochain pouvoir français sera moins amène que le président Macron”.
Tenir un tel discours alors que les deux pays assument une volonté partagée de tourner la page relève de l’obsession et d’une détermination à faire perdurer la crise. Et peut-être aussi d’une action concertée pour faire avorter le rapprochement en cours. Plus tôt cette semaine, Boualem Sansal s’est lui aussi attaqué avec véhémence à l’Algérie, lorsqu’il a quitté Gallimard pour un éditeur de la galaxie Bolloré, la maison Grasset.
Ces sorties successives surviennent alors que les signaux d’un dégel entre Alger et Paris se multiplient. À la mi-février, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez a effectué une visite en Algérie qualifiée de fructueuse, au cours de laquelle les deux parties ont relancé leur coopération sécuritaire et migratoire.
Lundi dernier, les chefs de la diplomatie des deux pays, Ahmed Attaf et Jean-Noël Barrot, se sont parlé au téléphone pour la première fois depuis leur échange en novembre dernier en marge du sommet du G20 à Johannesburg.
En France, la machine à basher l’Algérie redémarre
Le courant extrémiste en France est-il en train de refaire le cou d’avril 2025 lorsqu’il avait fait capoter une première tentative de rapprochement ?
Alors que tout semblait aller dans le bon sens avec la visite de Barrot à Alger, les choses sont brusquement retournées à la case départ après l’arrestation par la DGSI française (sécurité intérieure), sous la tutelle de Bruno Retailleau, d’un agent consulaire algérien. Alger avait accusé le ministre de l’intérieur d’avoir agi ainsi pour entraver les efforts de rapprochement qui étaient en cours.
L’approche d’une échéance électorale ou l’actualité de la relation bilatérale sont deux facteurs qui “ont pu jouer par le passé et joueront sans doute à l’avenir” dans l’attitude de l’extrême-droite vis-à-vis de l’Algérie, explique Karim Amellal, ancien ambassadeur à la Méditerranée.
Néanmoins, souligne-t-il dans une déclaration à TSA, “l’hostilité à l’égard de l’Algérie est un bruit de fond permanent chez l’extrême-droite”. Comme quoi, climat de crispation ou atmosphère de dégel, ce courant ne lâche pas l’Algérie.
“Dans la phase actuelle, analyse l’écrivain franco-algérien, il s’agit surtout des rebondissements liés à Boualem Sansal et à son changement d’éditeur qui suscite un débat, assez confidentiel en réalité, et remet une pièce dans la machine à basher l’Algérie.”
Amellal fait remarquer que le processus de réchauffement est à ce stade ignoré par une très large partie des médias et à fortiori de l’opinion, “focalisée sur des enjeux domestiques et sur la guerre en Iran et ses conséquences concrètes, comme le prix de l’essence”.
Mais cela n’a rien de nouveau. Les problèmes de la France ont beau être innombrables et parfois inextricables, l’extrême-droite ne perd pas de vue l’Algérie.