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France : la colonisation de l’Algérie, hantise de toutes les droites

En France, les idées de l’extrême droite sur l’immigration, l’Algérie, les musulmans et l’islam gagnent du terrain. Sur la colonisation aussi, comme le montre la position d'Édouard Philippe, candidat à la présidentielle 2027.

France : la colonisation de l’Algérie, hantise de toutes les droites
La récente sortie d'Édouard Philippe sur le colonialisme est un signe supplémentaire de l’extrême-droitisation montante en France / Par luzitanija / Adobe Stock pour TSA
Riyad Hamadi
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Au sein des droites françaises, la surenchère efface les nuances. À tel point que sur certaines questions, comme l’immigration, l’Algérie, l’Islam ou le colonialisme, la droite traditionnelle et l’extrême-droite parlent désormais le même langage.

La récente sortie d’Édouard Philippe sur le colonialisme est un signe supplémentaire de l’extrême-droitisation montante de toute la sphère politique en dehors de la gauche.

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Face à une question directe du journaliste anti-colonialiste Jean-Michel Aphatie, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron a dû répondre tout aussi directement. « Le colonialisme est-il un crime ? », a demandé Aphatie sur le plateau de LCI, lundi 8 décembre. Réponse sûre et instantanée de son vis-à-vis : « Non ! ». Cela signifie-t-elle que c’est un bienfait ?

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Cette réponse a déclenché une vive polémique en France où des observateurs n’ont pas manqué de signaler qu’Édouard Philippe a fait plus fort que Marine Le Pen qui, en janvier dernier, avait lâché cette phrase sur BFMTV : « Je peux comprendre que des peuples souhaitent obtenir l’indépendance, mais je pense que venir dire que la colonisation a été un drame pour l’Algérie, ça n’est pas vrai. »

Édouard Philippe : « La colonisation n’est pas un crime »

Édouard Philippe, Premier ministre entre 2017 et 2020, est un candidat déclaré pour la présidentielle de 2027. C’est cette ambition qui lui fait aligner progressivement son discours sur celui de l’extrême-droite, estiment les analystes.

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Pour ceux qui pouvaient encore croire que l’ancien proche de Macron a gardé un pied au centre de l’échiquier politique, le président d’Horizons a dissipé les derniers doutes au cours de la même émission en exprimant des positions tranchées, calquées sur l’extrême-droite, sur le voile, les violences policières et la colonisation.

« Le voile, ça l’embête, les violences policières n’existent pas, et quand on lui demande si la colonisation est un crime, il répond non. Je crois qu’il ne connaît pas le sujet (…) Aucun doute, Édouard Philippe est de droite », a résumé après-coup Jean-Michel Aphatie sur TMC.

La députée écologiste Sabrina Sebaihi a souligné qu’Édouard Philippe s’oppose par sa déclaration à Emmanuel Macron qui, en 2017, avait affirmé en Algérie que la colonisation était « un crime contre l’humanité ».

« Faut-il vraiment lui rappeler ce que signifie coloniser ? Exploiter, annexer, dominer, usurper ce qui ne nous appartient pas. S’il ne souhaite pas ouvrir un livre d’histoire, qu’il regarde ce qu’il se passe en Cisjordanie. Pathétique », a écrit l’élue franco-algérienne sur X.

Pour le journal L’humanité, il s’agit de propos « négationnistes ». « Édouard Philippe a tenu un propos négationniste, qu’il le veuille ou non, l’histoire coloniale de la France est bel et bien faite de crimes sanglants », a écrit le média de gauche.

La députée LFI Andrée Taurinya a souligné dans sa réaction que c’est le candidat à la présidentielle de 2027 qui parle. « Pour ce candidat à l’élection présidentielle, la spoliation, l’exploitation, la répression et la discrimination que la France a fait subir et qu’un pays comme Israël continue de faire subir à des peuples entiers ne sont pas des crimes », s’est-elle indignée.

Colonisation : les droites françaises font bloc contre toute reconnaissance

Depuis son départ du gouvernement en juillet 2020, le maire du Havre s’est glissé peu à peu vers les positions de l’extrême-droite, y compris concernant la crise avec l’Algérie. En octobre dernier, c’est son parti, Horizons, qui a permis au Rassemblement national (RN) de faire passer sa proposition de résolution visant à dénoncer l’accord franco-algérien sur l’immigration de 1968. C’est la première fois en cinquante ans d’existence que le parti extrémiste est parvenu à faire passer un texte à l’assemblée.

Réactions en Algérie

En Algérie, les propos de Philippe sont jugés « politiquement inquiétants » par Zoheir Rouis, cadre de Jil Jadid. « Les propos d’Édouard Philippe affirmant que la colonisation n’est pas un crime sont non seulement historiquement faux, mais politiquement inquiétants », a écrit Rouis sur X.

En chassant sur le terrain de l’extrême-droite, Philippe ne pouvait pas ne pas s’aligner sur ce courant concernant la question de la mémoire et de la colonisation, qui constitue décidément la hantise de toutes les composantes de la droite française sans exception, ou presque si l’on considère que des personnages comme Dominique de Villepin font encore partie de la droite.

Ce courant, des « Républicains » Éric Ciotti et Bruno Retailleau à Éric Zemmour et Marine Le Pen, en passant donc par Édouard Philippe, s’est levé en bloc uni et avec une véhémence inégalée jusqu’à tuer dans l’œuf la tentative d’Emmanuel Macron d’ouvrir une « nouvelle page » avec l’Algérie par le règlement du litige mémoriel.

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