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Gaz : l’Algérie, confrontée à une concurrence féroce, mise sur le schiste quitte à se contredire

Après l’avoir stoppée en 2016, le gouvernement a annoncé la reprise de l’exploration du gaz de schiste dans le pays. Cette annonce intervient dans un contexte marqué par un durcissement de la concurrence sur le marché européen, principale destination du gaz algérien.

Car, si jusqu’à présent la Russie était le principal fournisseur de gaz en Europe (avec l’Algérie, le Qatar et la Norvège), les États-Unis implantent progressivement leur gaz de schiste sur le Vieux Continent. La toute première importation sur le sol européen a eu lieu en Norvège en mars 2016. Depuis, le Royaume-Uni et la Pologne ont également importé du gaz non conventionnel américain. L’offensive américaine est d’ailleurs loin d’être terminée. Selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), les États-Unis produiront en 2022 plus d’un cinquième du gaz mondial, ce qui les placera alors au même niveau que la Russie et la Norvège, principaux exportateurs de gaz.

Interrogations sur les capacités de l’Algérie

En outre, plusieurs pays européens cherchent à se défaire de leur dépendance historique au gaz russe et à obtenir un meilleur contrôle sur les prix. Outre l’importation de gaz de schiste américain, des projets de gazoduc doivent permettre d’ici quelques années d’alimenter l’Europe en gaz et de sécuriser les importations gazières sur le long terme.

Ainsi, un vaste projet énergétique, le TAP (pour « Transadriatic Pipeline ») doit raccorder l’Europe au réseau de gaz en provenance des champs gaziers d’Azerbaïdjan, et devra, dès 2020, livrer 10 milliards de m3 de gaz par an à l’Union européenne. Raccordé à un autre gazoduc à la frontière greco-turque (le Trans Anatolian Pipeline ‘TANAP’), ce pipeline traversera la Grèce, l’Albanie, passera sous la mer Adriatique pour finalement être réceptionné en Italie. De plus -bien qu’elle ne soit pas d’actualité à ce jour- l’hypothèse d’un acheminement de gaz en provenance du Turkménistan en Europe est toujours possible.

Bref, il n’est pas à exclure que dans un tel contexte de nombreux pays se détournent de leurs fournisseurs historiques pour des raisons de sécurité des approvisionnements. De ce point de vue, l’Algérie suscite d’ailleurs des interrogations sur sa capacité à répondre à la demande internationale de gaz. Il n’est pas inutile de rappeler que début 2017, des livraisons de gaz pour la France avaient été annulées au terminal méthanier de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), en raison d’un « problème de production ». L’Italie, client historique de l’Algérie, a quant à elle fait part, en avril, de ses craintes d’une insuffisance de la production de gaz algérienne.

Certains observateurs ont souligné le possible coup de bluff de l’Italie pour renégocier les tarifs de ses contrats gaziers avec l’Algérie qui arrivent à échéance l’année prochaine. Il faut dire que dans un contexte de diversification des sources d’approvisionnement et de demande de gaz stable, les pays exportateurs savent qu’ils sont en position de force. « Avec une offre qui est supérieure à la demande, ils renégocient les tarifs des contrats gaziers à la baisse », rappelle à TSA, Juan Camilo Rodriguez, analyste chez AlphaValue.

Contradictions avec les engagements au sein de l’Opep

Si l’Algérie compte -malgré tout- se lancer dans l’exploitation de ses ressources en gaz non conventionnel (il s’agirait des quatrièmes réserves au monde selon des estimations), il faudra toutefois attendre les premières opérations de fracking pour déterminer la qualité des réserves et donc leur exploitabilité. Le délai entre la phase d’exploration et d’exploitation pourrait prendre « environ 5 ans », selon les estimations de l’analyste Alexandre Andlauer chez AlphaValue, interrogé par TSA.

L’exploitation de ces réserves engendrera également des frais. Outre l’extraction du gaz de schiste, il faudra comptabiliser le coût de l’accès à l’eau (les réserves d’eau sont certes considérables mais toutes ne sont pas exploitables), de son traitement, des infrastructures (comme des routes).

Enfin, dernier point, et non des moindres, on peut s’interroger sur la cohérence de l’Algérie en matière énergétique. D’un côté, le pays soutient l’accord Opep de réduction de la production d’or noir, et scrute la remontée des cours. De l’autre, il se dit prêt à se lancer sur le marché des hydrocarbures de schiste qui ont plombé le marché mondial.

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