
Les États-Unis et Israël larguent des milliers de tonnes de bombes sur l’Iran, mais la guerre qu’ils ont déclenchée samedi 28 février contre ce pays du Moyen-Orient est avant tout une guerre technologique et de renseignement. L’Algérie doit tirer les leçons nécessaires.
Le conflit met en évidence le danger d’une trop grande dépendance au matériel, pas seulement militaire, fabriqué et donc contrôlé par les occidentaux.
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Aux premières heures de l’attaque, tout le haut commandement iranien est éliminé, ainsi que le guide suprême Ali Khamenei.
Une telle efficacité nécessite évidemment des années de préparation et une infiltration profonde des rouages sécuritaires du pays. Les premières révélations qui sont faites indiquent que les Israéliens ne se sont pas contentés de disséminer leurs espions dans la société et au sein des institutions iraniennes. Ils ont aussi et surtout exploité la brèche qu’offrent les systèmes d’information et technologiques de l’Iran et son matériel importé.
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Le Financial Times a révélé par exemple que les services du Mossad sont parvenus à connaître Téhéran comme ils connaissent Tel-Aviv grâce au piratage des caméras des feux de signalisation de la capitale iranienne. Une caméra donnait une vue directement sur le parking des gardes de Ali Khamenei.
Ce n’est pas la première fois que les Israéliens piègent leurs ennemis par des moyens technologiques. En septembre 2024, le mouvement libanais Hezbollah a été décimé par une vaste opération de piégeage à distance de bippers et de talkies-walkies utilisés par ses membres dans leurs communications.
L’opération a fait 42 morts et 3500 blessés. Elle a surtout permis de faciliter l’élimination de tout le haut commandement du mouvement, dont son chef Hassan Nasrallah, quelques jours plus tard.
Nouvelles technologies : le danger de la dépendance
Israël a fait des nouvelles technologies une arme contre ses adversaires et un moyen d’aider ses alliés, anciens et nouveaux. En 2021, le Maroc, qui avait normalisé ses relations avec Israël en décembre 2020, a été pris en flagrant délit dans vaste opération d’espionnage de téléphones portables via le logiciel espion israélien Pegasus.
Des milliers de téléphones de journalistes et de hauts responsables ont été ciblés en Algérie et dans de nombreux autres pays. Même le président français Emmanuel Macron a été espionné.
La prolifération des systèmes d’information connectés et la démocratisation des smartphones est une nouvelle donne que tous les pays doivent prendre en compte.
Après la révélation du piratage des caméras des feux tricolores de Téhéran, on ne peut que souligner la perspicacité des services algériens qui ont refusé en 2017 d’autoriser une société algéro-espagnole de doter les feux de signalisation d’Alger de caméras.
Le grand danger réside en effet dans le fait que l’industrie des nouvelles technologies, équipements, logiciels, moteurs de recherche, messageries ou réseaux sociaux, est dominée par les pays occidentaux, bien qu’on assiste à une remontée spectaculaire de la Chine depuis quelques années.
Et hormis l’exception espagnole, c’est presque tout l’Occident qui se range aux côtés des États-Unis et d’Israël dans leur guerre contre l’Iran. Évidemment, un pays qui met à disposition ses porte-avions ne se fera pas prier pour fournir son assistance technologique.
Développer et maîtriser les technologies
Il ne s’agit pas pour le reste du monde de courir derrière l’autosuffisance en matière de nouvelles technologies. Il s’agit d’éviter, tant que faire se peut, la dépendance totale, à fortiori aux pays susceptibles de faire des gadgets qu’ils vendent des outils d’espionnage.
La Chine, qui n’est pas pour le moment mise en cause en la matière, peut-être une alternative pour la diversification des fournisseurs, sans toutefois se défaire de la vigilance qu’il faut.
Mais il faut surtout que l’Algérie puisse compter sur elle-même, en développant et en maîtrisant les technologies, en investissant massivement dans ce domaine, et en s’appuyant sur ses ressources humaines notamment de la diaspora.