
En plus du mégaprojet laitier algéro-qatari de 270.000 vaches dans la wilaya d’Adrar entre Baladna et le Fonds national d’investissement (FNI), un autre modèle de mégafermes, certes plus modeste, se développe au nord du pays. C’est le cas de la Laiterie Soummam et de Hodna Lait.
Située dans la wilaya de M’sila, celle-ci projette de passer à 4.200 vaches laitières, génisses et bœufs à l’engraissement. Le tout réparti sur 4 sites avec un ensemble totalisant 1.700 hectares selon de récentes données communiquées par cette entreprise.
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Une fois cette extension réalisée, Hodna Lait espère passer en 2026, d’une collecte actuelle de 200.000 litres de lait frais par jour à 300.000 litres.
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L’alimentation du troupeau est assurée par les fourrages produits par l’exploitation. Principalement de la luzerne, du maïs ensilage et de l’orge. Hodna Lait dispose en effet à Msila de 20 pivots de 20 à 30 hectares alimentés par 4 bassins de 200 à 400 000 m3 et de plusieurs forages.
En plus, comme la Laiterie Soummam, Hodna Lait a bénéficié d’une concession agricole de 1.000 hectares dans la wilaya de Ouargla. Des terres qui permettent de produire du maïs ensilage en rotation avec du blé et de l’orge.
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Pour cela l’entreprise privée dispose de son propre matériel dont des engins de récolte pour le fourrage et de moissonneuses-batteuses. A Msila, à proximité des étables, 4 immenses meules constituées de bottes de paille recouvertes de film plastique témoignent des surfaces mises en culture.
A la pointe de l’innovation
Hodna Lait est à l’origine de plusieurs initiatives. Dès 2012, la laiterie a utilisé l’emballage longue conservation de type TetraPak pour la conservation du lait UHT. Une première en Algérie.
Dans le cadre d’un partenariat entre Algérie et les Etats-Unis, la laiterie est également l’une des premières entreprises à avoir utilisé la génétique de haut niveau à travers des semences congelées de taureaux d’élite américains.
Une technique, encouragée par Elizabeth Moore Aubin qui vient de quitter son poste d’ambassadrice des Etats-Unis en Algérie. Ces techniques modernes de reproduction peuvent également permettre le transfert d’embryons sexés et donc, pour les mégafermes laitières, donner naissance uniquement à des veaux femelles.
Chez Hodna Lait, les bâtiments en dur possèdent une partie largement ouverte vers l’extérieur pourvue d’un toit et largement aéré, ce qui permet aux animaux de supporter les fortes chaleurs estivales.
Les animaux disposent d’une identification individuelle par l’intermédiaire de boucles disposées à l’oreille, un dispositif encore rare en Algérie.
Un temps, l’entreprise a évoqué devant la presse, la possibilité de valoriser le fumier de l’exploitation pour produire du gaz par l’intermédiaire d’un méthanisateur, une technique largement répandue aujourd’hui en Europe.
Afin de valoriser les bassins d’irrigation, l’entreprise s’est lancée dans la pisciculture à travers l’élevage de Tilapia. Avantage : l’enrichissement de l’eau en azote du fait des déjections des poissons ce qui permet de réduire les doses d’engrais.
Hodna Lait, un modèle original
Hodna Lait constitue un modèle original dans le domaine du lait en Algérie. La particularité de cette entreprise est de maîtriser toute la chaîne de valeur depuis la production, la collecte, la transformation et la vente de lait. Comme les autres opérateurs de la filière lait, elle bénéficie des aides publiques accordées à la filière lait.
En 2024, un rapport de la Cour des Compte détaillait le soutien accordé par l’Etat à la filière lait : « prêts bonifiés, fiscalité avantageuse, soutien aux intrants, à l’insémination artificielle, aux cultures fourragères et matériels, primes financières, soutien à la consommation ».
La prime accordée pour chaque litre de lait produit est passée de 11 DA à 19 DA en 2009. À la suite de quoi, la collecte de lait « a été multipliée par 4, entre 2009 et 2013 » selon la même source.
Des primes aux montants régulièrement réévaluées. En août 2023, le quotidien El Moudjahid relevait les montants suivants : « La prime à la collecte [est] de 5 DA/L, la prime à la transformation a atteint 6 DA/L, pouvant même être de 7,5 DA/L selon le volume, ainsi que la prime à l’insémination fécondante qui a atteint 1.800 DA. »
Mégafermes, des stratégies variées
Pour sa part, la Laiterie Soummam revendique le rang de « plus grande ferme d’Algérie ».
Elle dispose de plusieurs fermes réparties notamment à Boussaâda, M’sila, Souk Ahras, Constantine, Batna, Djelfa, Khenchela et Oum El Bouaghi. Outre cette production propre à l’entreprise, la laiterie collecte le lait des éleveurs à travers 54 centres de collecte répartis à travers tout le pays.
Une approche qui en 2024 a permis la collecte de 250 millions de litres de lait. Ces deux entreprises illustrent la diversité des stratégies adoptées. Par leur taille, elles se rapprochent du modèle émirati caractérisé par des fermes de 1.000 à 8.000 vaches qui côtoient les 11 000 vaches de la laiterie Al Rawabi.
De façon étonnante, la surface de cette ferme située à 36 km de Dubaï ne comprend que 300 acres soit 120 hectares quand, pour un effectif de vaches près de 6 fois inférieur, Hodna Lait a besoin de 1.700 hectares.
L’explication réside dans le modèle « hors herbe » des fermes des pays du Golfe, que ce soit Al Maraï en Arabie saoudite avec ses 94.000 vaches ou Baladna au Qatar avec ses 20.000 vaches. En effet, la quasi-totalité du foin de luzerne arrive par conteneur en provenance du Soudan voire des Etats-Unis.
L’approche de Laiterie Soummam et de Hodna Lait est différente car elle vise à produire localement la totalité des fourrages grossiers (luzerne, ensilage de maïs, paille) en Algérie.
Un défi qui repose essentiellement sur l’exploitation des eaux souterraines depuis des forages. A ce titre l’exploitation durable de ces nappes à travers des « contrats de nappe » regroupant tous les utilisateurs régionaux ou à travers des techniques de recharge artificielle des nappes, en profitant des crues d’oued, s’avère déterminante.