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Huile d’olive : « L’Algérie doit développer une filière du terroir et bio »

Huile d’olive : « L’Algérie doit développer une filière du terroir et bio »

Le ministère de l’Industrie a organisé, dernièrement, un atelier sur la filière oléicole. Objectif : débattre les différentes problématiques liées à la transformation, le stockage, la commercialisation et l’exportation de ce produit du terroir dont la production reste relativement faible par rapport aux importantes potentialités du pays. Nagueb Ladjouzi, oléologue dirigeant de la société « Autour de l’olive » et co-animateur du site huiledolivedekabylie.com évoque dans cet entretien les défis et les perspectives de la filière oléicole.

Comment évaluez-vous la situation de la filière oléicole en Algérie ?

Nagueb Ladjouzi. L’intervention des pouvoirs publics depuis 2001 a entraîné une profonde transformation du mode de fonctionnement et de développement du secteur oléicole. Ce qui a entraîné une production de pas plus de 2 litres par consommateur algérien, si on met cette moyenne à l’échelle nationale. Mais nous constatons que la consommation est davantage dans des régions productrices et très faibles dans les régions non productrices.

Quelles sont vos suggestions pour sauver cette importante filière ?

La vente directe aux consommateurs reste une priorité rationnelle pour les moulins. Les moulins ne font plus confiance à ces « intervenants » qui viennent avec leurs solutions « pré emballées » qui a fortiori font que l’immobilisme s’installe et se fige chez les professionnels oléicoles et finit par coûter cher à l’Algérie.

Les subventions ne doivent plus être distribuées pour de nouveaux moulins qui ne feront qu’émietter le marché, mais donner la priorité à des moulins existants pour le conditionnement et le stockage afin qu’ils répondent au moins aux normes HACCP, une garantie pour la sécurité alimentaire et à l’exportation.

Enfin, fournir des formations oléicoles à ceux qui en demandent et aussi les former dans la gestion et communication afin qu’à l’avenir ils ne soient plus tributaires des subventions et pourront prendre leur envol à l’exportation.

Quels sont les échos qui vous parviennent du terrain, auprès des oléiculteurs ?

Les oléiculteurs sont lassés de voir des directeurs des services agricoles (DSA) à travers des foires agricoles répéter des discours subjectifs sans être capables d’apporter des solutions adaptées au contexte. Certains producteurs se résignent à rester sur la marché local avec leurs « huiles d’olive vierge » et d’autres qui souhaitent exporter mais se trouvent pour la plupart démunis sur beaucoup de points.

Que pouvez-vous dire sur la qualité de l’huile d’olive algérienne ?

J’ai constaté depuis ces dix dernières années que des moulins ont amélioré la qualité de leurs huiles d’olive mais ils se trouvent démunis pour la plupart en termes de stockage et de conditionnement conformes aux règles internationales qui régissent cette profession.

Pourquoi l’huile algérienne n’arrive-t-telle pas à s’imposer sur les marchés extérieurs, contrairement aux produits de certains pays voisins comme la Tunisie ?

Il y a deux voies d’imposition sur le marché extérieur. Un, en développant une filière industrielle dans le sud de l’Algérie où tout serait mécanisé (de la cueillette au conditionnement) afin de réduire les coûts de production et faire face au marché des huiles d’olive industrielle qui sont distribuées dans les Grandes et moyennes surfaces (GMS) européennes. Cette huile d’olive sera catégorisée en goût conventionnel et homogène.

Deux : développer une filière du « terroir » et bio par exemple en Kabylie ou la région de Sig en développant des fruités noir ou des fruités vert du côté de Jijel où la cueillette se fera à la main ou au peigne avec des triturations douces pour ne pas développer l’amertume, mais plutôt relever plus les arômes pour certaines variétés et les structures pour d’autres. La première (industrielle et bio) tractera la seconde (terroir et bio).

Surtout ne pas tomber dans le piège des IGP ou AOP qui ne font que perdre les consommateurs, l’approche des consommateurs d’aujourd’hui est bio et l’Algérie doit développer son propre « Label bio ».

Après si on regarde sur le marché européen, malheureusement il y a beaucoup de vendeurs d’huile d’olive qui usurpent le terme « Kabyle » pour écouler leurs huiles d’olive qui s’avèrent venir de la Turquie ou du Maroc. Le gouvernement algérien doit travailler avec chaque pays européen pour enrayer cette fraude.

Beaucoup de clients me disent qu’ils se sont fait avoir en achetant ces produits dans des épiceries ethniques. J’ai analysé ces huiles d’olive au sens sensoriel, et elles s’avèrent être de loin de l’huile d’olive de la Kabylie. On usurpe cette origine par son histoire.

Que recommandez-vous pour booster cette filière et en faire un secteur prospère ?

Les instances gouvernementales tels les consulats doivent développer des cellules de promotion pour des manifestations commerciales en Europe afin de promouvoir les huiles d’olive algériennes. Il y en a, mais pas assez. Il faut revoir la communication afin qu’on ait une meilleure approche des consommateurs et une autre posture plus ouverte. Et enfin, arrêter d’ouvrir des petits moulins, cela évitera d’émietter le marché.

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