
L’image est devenue virale sur les réseaux sociaux et reprise par de nombreux médias internationaux : la légende Zinédine Zidane applaudissant et exultant de joie après le but décisif d’Adil Boulbina contre la RDC (1-0), lors du huitième de finale de la Coupe d’Afrique des nations CAN 2025.
C’était mardi dernier au Maroc. La scène, rare, spontanée et puissante pour un homme réputé pour sa grande réserve — laquelle a grandement contribué à sa légende — n’a pas échappé aux caméras.
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Une scène rare
À ses côtés, son épouse Véronique, elle aussi partageant la même émotion, heureuse de voir le onze national, couleurs de son fils Luca, passer l’écueil congolais.
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Des parents aux anges dans une image que seul le football, dans ce qu’il a de plus brut et de plus humain, peut produire.
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La légende du football mondial, dont la présence a imprimé une autre dimension au tournoi, conscient de son poids et se sachant scruté, n’a pas semblé jouer un rôle.
Il n’a pas paru, non plus, calculer. Il a exprimé seulement ses émotions avec sincérité, sans se soucier du regard des autres, ni des interprétations politiques ou identitaires que certains pourraient y projeter.
Il a délivré une image forte, celle d’un père, fils d’immigrés algériens, heureux de voir l’Algérie gagner et son fils briller sous les couleurs des Fennecs.
Depuis le début de la CAN 2025, Zinédine Zidane n’a raté aucune sortie de l’équipe nationale, hormis le troisième match, sans enjeu, de la phase de groupes contre la Guinée Équatoriale (3-1).
Une présence discrète mais remarquée. Il suit le parcours de son fils Luca, qui a fait le choix de l’Algérie après avoir évolué avec les équipes de France de jeunes, notamment chez les moins de 18 ans.
Une décision qu’il avait prise avec le plein soutien de sa famille, à commencer par son père, Zinédine Zidane, selon ses aveux.
« Il m’a soutenu (…) Il m’a dit : fais attention, c’est ton choix. Il pouvait me conseiller, mais il m’a clairement laissé la décision finale », a raconté récemment à beIN Sports Luca Zidane, aujourd’hui portier numéro un de l’EN.
Il y a aussi l’influence du grand-père Smaïl, qui lui répète souvent « qu’il a fait le bon choix ». « Quand je pense à l’Algérie, je pense à mon grand-père. Depuis l’enfance, la culture algérienne fait partie de notre famille », a confié Luca à beIN Sports. Un choix personnel, mais qui illustre encore une fois la complexité, mais aussi la richesse, des trajectoires des joueurs binationaux.
Entre deux pays, une même fierté
Au-delà de l’accompagnement à son fils et de la visibilité exceptionnelle donnée à la CAN 2025 et à l’équipe nationale algérienne, devenue, en l’espace de quelques semaines, une attraction médiatique mondiale, la présence de « Zizou » dit surtout autre chose : son attachement profond au pays de ses parents, malgré une carrière mythique construite sous les couleurs de la France, dans un contexte de montée en puissance de l’extrême-droite et de l’algérophobie dans l’Hexagone.
Faut-il sans doute le rappeler : champion du monde en 1998, avec à la clé deux buts en finale contre le Brésil, champion d’Europe en 2000, Ballon d’Or et triple champion d’Europe d’affilée avec le Real Madrid comme entraîneur, Zidane est une légende du football français et mondial.
« C’est un héros intergalactique de l’équipe de France, celui à qui l’on doit la Coupe du monde, celui dont certains rêvent de le voir devenir sélectionneur de l’équipe de France. Il s’est tout autant réjoui, il était ému jusqu’aux larmes, de la victoire de l’Algérie et de son fils puisqu’il est gardien après avoir été à l’équipe de France de moins de 18 ans. Je peux vous dire que cette joie-là fait plaisir à voir en Algérie mais aussi en France, où cette équipe a beaucoup de supporters », a commenté Cécile Duflot, ex-patronne des écologistes sur le plateau de RMC Story.
En Algérie, cette scène a été accueillie avec une immense fierté, comme en témoignent les milliers de commentaires accompagnant la vidéo. Il faut dire qu’aux yeux de beaucoup, il est des « nôtres », notamment depuis son voyage historique en Algérie en 2006, sa visite à l’équipe nationale lors de la CAN 2019 et ses multiples gestes discrets de solidarité à l’égard de la population.
Il est loin le reproche qui lui a été fait sur son choix de carrière durant les années 1990. Aujourd’hui, les Algériens sont aux anges de voir ainsi la légende derrière les Fennecs, auxquels certains, par superstition sans doute, attribuent la « baraka » des succès des Guerriers du désert dont le parcours à la CAN 2025 s’est arrêté en quarts de finale face au Nigéria (0-2) samedi 10 janvier.
Revendiqué à la fois par la France et par l’Algérie, il incarne une passerelle affective entre deux rives souvent entraînées dans les marécages de la politique.
Fait notable : en France, sa présence au Maroc n’a pas suscité de critiques virulentes, notamment de la part de l’extrême-droite, si prompte pourtant à attaquer toute expression jugée « trop algérienne ».
Et ce alors même que le contexte s’y prête : crise diplomatique algéro-française, crispations mémorielles, montée et instrumentalisation à tout va de l’immigration et de l’identité. Pourquoi ce silence ? Sans doute parce que Zidane est intouchable.
Sa notoriété, son poids symbolique — il demeure parmi les personnalités préférées des Français — et son statut de héros national rendent toute attaque risquée.
L’épisode Noël Le Graët, contraint de quitter la présidence de la Fédération française de football après ses propos déplacés à l’égard de Zidane, reste dans toutes les mémoires.
Zinedine Zidane, une explosion spontanée et un geste lourd de sens
Car l’ancien coach à succès du Real Madrid n’est pas un simple ancien joueur : il est une icône, un mythe vivant. Dès lors, peut-on parler de « conflit de loyauté« , comme certains tentent de l’accréditer à propos des binationaux ?
À travers Zidane, on comprend qu’il est possible d’être français et d’aimer l’Algérie, ou algérien et attaché à la France, sans que cela ne pose un problème.
Cette double appartenance, loin d’être une trahison, est une richesse. Zidane incarne cette réalité vécue par des millions de personnes des deux côtés de la Méditerranée, et qui se retrouvent parfois, au cœur des critiques, en Algérie comme en France.
Il démontre que les figures du sport, comme d’autres dans d’autres secteurs, peuvent être de fabuleuses passerelles de compréhension, capables d’apaiser les tensions là où la politique échoue.
Héros de la France, père d’un international algérien, symbole universel du football, Zinédine Zidane rappelle, par une simple explosion de joie, que l’émotion sportive peut encore dépasser les frontières, les crispations identitaires et les calculs idéologiques.
Son attitude rappelle que les binationaux peuvent être des passerelles humaines, culturelles et symboliques, capables d’apaiser les tensions et de créer du lien, bien au-delà du terrain de football.