
L’économiste franco-algérien El Mouhoub Mouhoud est président de l’université Paris sciences et lettres, classée dans le top 30 des meilleures universités au monde, après avoir dirigé la non moins prestigieuse université Paris Dauphine.
Sur le plateau de France 5, dimanche 23 novembre, il a longuement parlé de son nouveau livre « Le prénom, esquisse pour une auto-histoire de l’immigration algérienne ».
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« C’est une auto-histoire dans le cadre d’une grande histoire qui est celle de la Kabylie, l’arrivée en France et la manière dont l’insertion s’est produite », résume El Mouhoub Mouhoud.
Parce que, explique-t-il, l’erreur qui est souvent faite est de prendre l’immigré seulement au moment de son arrivée et d’occulter sa trajectoire et son histoire, assurant qu’il est lui-même « le porteur, à travers ce prénom, d’une histoire collective ».
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Mouhoud est arrivé en France à l’âge de 10 ans, au début des années 1970. Il est confronté aux préjugés racistes dès son arrivée.
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Le choc de l’arrivée en France
« Voici votre nouveau camarade, il arrive d’Algérie, ça doit être un cancre. » C’est par cette formule blessante que le directeur d’école l’a présenté aux autres élèves.
« Cette phrase est simplement le symptôme de l’ignorance de la trajectoire de ce qu’on transporte en soi », juge-t-il, plus d’un demi-siècle après, sans rancune.
« J’aurais aimé qu’il dise : il est premier de la classe -ce qui était le cas-, il va bien s’intégrer », dit-il.
Racisme anti-algérien en France : le témoignage poignant d’El Mouhoub Mouhoud
En effet, le futur universitaire était arrivé d’Algérie avec déjà un bagage.
Il parlait déjà trois langues, voire quatre, le kabyle, l’arabe algérien, l’arabe académique et des bribes de français. Et surtout beaucoup de valeurs transmises par la famille, dont la première est la sacralité du savoir.
« Camus disait : les Kabyles réclament les écoles comme ils réclament le pain », aime-t-il à citer.
El Mouhoub Mouhoud a été sauvé par un instituteur qui arrivait d’Algérie avec pourtant plein de « préjugés racistes » également. C’est lui qui a refusé que l’enfant soit envoyé vers la « sixième de transition » qui mène vers des filières techniques très courtes.
« Ce garçon a du potentiel, on va le faire redoubler et il va repartir comme une flèche », a suggéré l’instituteur. « Et c’est ce qui s’est passé en effet. Son âme d’instituteur l’a emporté sur ses préjugés racistes », estime Mouhoud.
« La vie est moins binaire »
Comme quoi, « la vie est moins binaire qu’on veut le supposer », dit-il, reconnaissant que l’enseignement supérieur et l’éducation sont des secteurs où il y a la reconnaissance de la compétence.« J’ai été élu à l’université Paris Dauphine avec 75 % des voix contre quelqu’un qui avait un nom parfaitement français », rappelle-t-il.
Toujours à propos du racisme en France, l’universitaire soulève un paradoxe entre la situation dans les décennies passées et aujourd’hui.
Avant, les partis qui instrumentalisent le racisme étaient minoritaires, mais il y avait dans la société « un racisme dominant à cause de la culture post-guerre d’Algérie ». Aujourd’hui, « les partis d’extrême-droite font du racisme leur commerce, néanmoins la société ne l’accepte plus ».