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Imposante marche à Bejaïa : « Nous voulons des usines, pas des prisons »

TSA
Les participants à la marche sont venus des quatre coins de la Kabylie et même d’autres régions du pays, mais la localité la plus représentée, après Béjaïa bien sûr, c’est Beni Douala, dans la wilaya de Tzi Ouzou, patelin d’origine d’Issad Rebrab.

Des milliers de citoyens ont marché ce lundi 14 mai à Béjaïa, à l’appel de la Coordination nationale des comités de soutien aux travailleurs de Cevital et aux investissements économiques. Principale revendication : la levée du blocage qui frappe une usine de trituration de graines oléagineuses que le célèbre groupe agroalimentaire projette d’installer non loin de ses unités actuelles, à proximité du port de la ville.

Les deux à 3000 personnes -selon nos estimations- qui ont battu le pavé sous un soleil ardent du siège de Cevital jusqu’à celui de la wilaya ont scandé des slogans exprimant des revendications allant parfois au-delà du déblocage du projet d’Issad Rebrab, mais tous en rapport avec l’investissement productif et l’égalité dans la répartition des richesses entre les différentes régions du pays.

« L’Algérie qui exporte contre l’Algérie qui importe »

« Cette marche, c’est celle de l’Algérie qui produit et qui exporte, contre l’Algérie qui importe et qui a dilapidé 1000 milliards de dollars », résume Mourad Bouzidi, porte-parole de la coordination.

« Depuis mars 2017, les citoyens de Béjaïa ont posé un problème d’équité dans la répartition des richesses du pays. Il y a un projet de création de 1000 postes d’emplois dans le cadre de l’usine de trituration de Cevital qui est injustement bloqué. Nous avons démontré à l’opinion publique nationale qu’il y a une politique de deux poids, deux mesures dans la répartition des richesses. On ne peut pas comprendre que les mêmes usines soient accordées, encouragées et financées à l’intérieur du port de Djendjen (Jijel), et bloquées à Béjaïa. C’est inacceptable, d’autant plus qu’il n’y a aucun autre projet d’envergure dans la wilaya. Trois marches, trois lettres aux différents Premiers ministres et trois appels au président de la République et aucun résultat ».

Les deux à 3000 personnes ont scandé des slogans exprimant des revendications en rapport avec l’investissement productif et l’égalité dans la répartition des richesses entre les différentes régions du pays. (© TSA)


Ce rappel fait, M. Bouzidi donne le coup d’envoi de la manifestation aux environs de 11 heures. Les carrés s’ébranlent lentement et aux premiers rangs, on reconnaît quelques personnalités politiques de la région, parmi lesquelles Khaled Tazaghart, député du Front El Moustakbal, Athmane Maâzouz et Noura Ouali, députés RCD. Le gros de la foule est constitué de travailleurs des différentes filiales du groupe Cevital, reconnaissables à leurs dossards jaunes et oranges, mais aussi des employés d’autres entités économiques, des représentants de la société civile et de simples citoyens.

Après une dizaine de minutes de marche le long du mur de l’enceinte du port, première halte au niveau de la direction du même établissement. Les intervenants se relayent au micro et désignent tous le directeur général du port comme le principal responsable du blocage. « Tous les arguments qu’il avance ne tiennent pas la route. L’assiette de terrain destinée à l’usine est située à l’extérieur de l’enceinte portuaire et appartient au groupe Cevital. S’il subit des pressions, il n’a qu’à démissionner, il a d’ailleurs atteint l’âge de la retraite », entend-on.

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« Nous voulons des usines, pas des prisons »

Les participants à la marche sont venus des quatre coins de la Kabylie et même d’autres régions du pays, mais la localité la plus représentée, après Béjaïa bien sûr, c’est Beni Douala, dans la wilaya de Tzi Ouzou, patelin d’origine d’Issad Rebrab. Un sexagénaire insiste pour monter sur la benne du camion qui ouvre la voie aux carrés afin d’apporter son témoigne. « Je viens de Taguemount Azouz. Là-bas, nous connaissons bien Da Issad. Son plaisir, c’est de poser la première pierre d’une usine. Il a dépassé depuis longtemps l’idée de faire des affaires pour gagner de l’argent », dit-il. La foule applaudit et reprend la marche. Le siège de la wilaya est encore loin et le soleil tape de plus en plus fort.

À hauteur de la gare ferroviaire, un intervenant désigne du doigt la célèbre prison d’El Khemis qui apparaît au loin et ironise sur les projets dont a bénéficié la wilaya de Béjaïa : « En plus de cette prison, on nous construit une autre à Oued Ghir, une base de la gendarmerie et une école des cadets, tandis que tous les grands projets d’automobile et de textile ont été implantés à l’Ouest du pays ». Sur ce, M. Bouzidi intervient et précise que l’action n’est pas destinée à réclamer des projets pour Béjaïa uniquement, mais pour débloquer l’investissement productif à travers tous le territoire national : « Oui pour des usines à Oran, oui pour des usines à Jijel, oui pour des usines à Béjaïa ». C’est en effet une revendication à dimension nationale et c’est pourquoi les organisateurs ont insisté à ce que l’emblème national ne quitte pas la tête de la marche, porté par un jeune vêtu d’un maillot de la JSK.

Les deux à 3000 personnes ont scandé des slogans exprimant des revendications en rapport avec l’investissement productif et l’égalité dans la répartition des richesses entre les différentes régions du pays. (© TSA)


Khaled Tazaghart : « C’est toute l’Algérie qui est visée »

Le député Khaled Tazaghart abonde dans le même sens, en aparté. « Ce n’est ni Rebrab ni la Kabylie qui sont visés à travers ces blocages. Je pense que c’est l’Algérie libre, c’est la Kabylie libre, ce sont les hommes libres de ce pays qui sont visés. Aujourd’hui il y a une mafia qui veut gérer avec le bâton et la carotte le sort des Algériens, mais il y a des hommes et des femmes qui ne veulent pas de cette politique. Donc ce sont tous les Algériens qui sont visés », assène l’élu avec son franc-parler habituel.

Concernant une éventuelle action au niveau de l’APN, M. Tazaghart révèle : « En tant que député, je ferai le travail nécessaire avec mes collègues pour qu’on puisse faire quelque chose de fort à l’intérieur de l’hémicycle. La volonté des citoyens algériens et de la Kabylie va sortir au grand jour au niveau de l’APN. »

De son côté, Athmane Maâzouz parle carrément d’« apartheid économique » et déplore le fait qu’Ahmed Ouyahia n’ait pas tenu l’engagement qu’il avait pris concernant cette affaire avant de devenir Premier ministre. Sa collègue Noura Ouali insiste sur la légalité du projet de Cevital. « Le projet d’usine de trituration de graines oléagineuses est légal, donc c’est une cause juste. C’est pour cela que j’ai participé aux trois précédentes marches. Nous cherchons l’intérêt de nos citoyens. Nous avons interpellé le Premier ministre et le ministre des Transports, mais à ce jour, on n’a reçu aucune réponse », rappelle la députée RCD.

Les deux à 3000 personnes ont scandé des slogans exprimant des revendications en rapport avec l’investissement productif et l’égalité dans la répartition des richesses entre les différentes régions du pays. (© TSA)


« Je peux arrêter de travailler, mais mes enfants ne peuvent pas s’arrêter de manger »

À l’intérieur des carrés, les travailleurs aussi s’expriment. « Je suis venu pour défendre mon gagne-pain. Je n’ai pas le droit de perdre mon travail, car si moi je peux m’arrêter de travailler, mes enfants, eux, n’arrêteront pas d’avoir besoin de manger », nous dit un quadragénaire portant le dossard jaune de Cevital. Mourad Bouzidi reviendra d’ailleurs tout au long de la marche sur les 1000 emplois directs qu’aurait permis de générer l’usine bloquée et surtout sur les 100 000 emplois à créer dans le secteur de l’agriculture. C’est pourquoi il promet d’aller jusqu’au bout.

Une fois devant le siège de la wilaya, une déclaration est lue par Rachid Saou, membre de la coordination. « Oui au déblocage de l’usine de trituration de Cevital-Béjaïa, oui au déblocage de tous les projets structurants, oui à la répartition équitable des richesses de l’Algérie », lance-t-il.

Aucune délégation ne sera reçue par le wali, non pas à cause du refus de ce dernier, mais parce que les organisateurs ont estimé que la décision le dépasse, puisque les plus hautes autorités du pays ont été saisies, en vain.

À l’occasion, l’Assemblée populaire de la wilaya de Béjaïa est interpellée solennellement pour voter une motion de déblocage du projet. « C’est la seule alternative », assure Mourad Bouzidi, avant d’inviter les manifestants à se disperser dans le calme.

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