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Israël, le grand isolement : même Washington s’irrite

Le vice-président des Etats-Unis JD Vance a dit ses quatre vérités à Israël, un pays au ban de la communauté internationale

Israël, le grand isolement : même Washington s’irrite
JD Vance hausse le ton : premiers signes d'une fracture entre les Etats-Unis et Israël. / Par Fedecandoniphoto | Dreamstime.com
Karim Kebir
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Déjà au banc des accusés de larges pans de la communauté internationale en raison du génocide perpétré à Gaza, Israël est-il en train de perdre son principal soutien stratégique depuis sa création : les États-Unis ?

S’il faut sans doute se garder de conclusions hâtives, force est de constater que les relations entre Washington et Tel-Aviv traversent, depuis plusieurs jours, une zone de fortes turbulences.

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Engagée dans un processus de désescalade avec l’Iran et soucieuse de préserver ses intérêts géostratégiques au Moyen-Orient, l’administration américaine n’a manifestement guère apprécié les attaques contre Donald Trump de plusieurs ministres israéliens contre l’accord signé mercredi entre Téhéran et Washington.

JD Vance dit ses quatre vérités à Israël

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi à la Maison Blanche, le vice-président américain, J.D. Vance n’a pas dissimulé son irritation.

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Sur un ton particulièrement virulent qui tranche avec tous les discours prononcés jusqu’il y a peu par les responsables américains à l’égard de leur allié Israël, J.D. Vance a vertement chargé le gouvernement de Benyamin Netanyahu.

« Donald Trump est le seul chef d’État au monde à témoigner aujourd’hui de la sympathie envers Israël, et il dirige la première puissance mondiale, a déclaré le vice-président américain. Si je faisais partie du gouvernement israélien, je m’abstiendrais probablement de m’en prendre au seul allié puissant qu’il lui reste dans le monde».

Le numéro deux de la Maison Blanche n’a pas manqué de rappeler la dépendance militaire israélienne à l’égard de Washington. Un point dont il connaît pertinemment la sensibilité et l’enjeu.

« Au cours des trois derniers mois, les deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et financées par les contribuables américains. Le problème d’Israël n’est pas Donald Trump. Ceux qui pensent en Israël que leur principal problème est le président des États-Unis doivent ouvrir les yeux sur la réalité », a asséné JD Vance.

Un peu plutôt, dans un entretien accordé au New York Times, le vice-président américain est allé plus loin encore, visant explicitement plusieurs ministres de la coalition de Benjamin Netanyahu, notamment l’extrémiste Itamar Ben Gvir qui a appelé à brûler le Liban, le ministre fantasque qui a suscité récemment un tollé mondial après une vidéo de captifs de la flotte soumoud de soutien à la Palestine, et Bezalel Smotrich.

 « Vous êtes un pays de neuf millions d’habitants. Vous ne pouvez pas résoudre chacun de vos problèmes de sécurité nationale uniquement en tuant », a-t-il asséné.

Le vice-président américain a également critiqué les frappes israéliennes au Liban dont l’objectif visait à torpiller l’accord de paix envisagé entre Washington et Téhéran. « Les attaques contre les civils à Beyrouth ne sont pas acceptables », a-t-il tranché.

L’accord avec entre les Etats-Unis et l’Iran, point de rupture

Si J.D. Vance n’a pas contenu sa colère, c’est essentiellement parce qu’il devait participer à la validation de l’accord, destiné à mettre un terme à la confrontation entamée fin février, à rouvrir le détroit d’Ormuz dont la fermeture a impacté l’économie mondiale et à instaurer un cessez-le-feu sur plusieurs fronts, y compris au Liban.

L’accord, négocié directement entre les États-Unis et l’Iran, sans qu’Israël n’en fixe les termes, a provoqué une onde de choc à Tel Aviv. Selon plusieurs médias américains et israéliens, Benjamin Netanyahu aurait découvert, avec colère, un texte jugé beaucoup trop favorable à Téhéran.

Plusieurs responsables israéliens ont dénoncé un accord qui, à leur yeux, ne prévoit ni le démantèlement complet du programme nucléaire iranien, ni la disparition des capacités balistiques de la République islamique.

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, y voit « un échec complet » du Premier ministre Netanyahu. De son côté, Yair Golan dénonce un texte qui offrirait une véritable bouée de sauvetage économique au régime iranien. Au sein même de la coalition gouvernementale, les ministres les plus radicaux refusent par ailleurs tout retrait du sud du Liban ou toute limitation des opérations contre le Hezbollah.

Il faut dire qu’avant la charge au vitriol de J.D. Vance, Donald Trump lui-même avait déjà laissé apparaître son irritation quelques jours auparavant. « Tout les pays détestent Israël », aurait-il dit à Netanyahu.

En marge du sommet du G7, il a reproché à Israël ses frappes répétées contre le Liban, estimant qu’il n’était « pas nécessaire de détruire des immeubles à Beyrouth » après des incidents limités de drones.

Il a appelé Netanyahu à faire preuve de « responsabilité ». Même si le premier ministre israélien qui tente de perpétuer les tensions pour échapper à la justice, semble faire la sourde oreille, il n’est pas sûr qu’il persistera dans son jusqu’au boutisme face à nouvelles donnes.

Le grand isolement d’Israël

Cette tension inédite entre Washington et Tel-Aviv intervient alors qu’Israël traverse sans doute la période la plus difficile de son histoire. Après plus de vingt mois de guerre à Gaza, les accusations de génocide portées notamment par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice, les mandats d’arrêt sollicités par le procureur de la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant, ainsi que les condamnations de plus en plus nombreuses émanant de gouvernements occidentaux, d’ONG et d’organismes internationaux contribuent à un isolement croissant d’Israël.

Face à cette nouvelle réalité, des voix influentes s’élèvent en Israël pour appeler à un changement radical de stratégie. Dans une tribune publiée par Haaretz, l’éditorialiste Gideon Levy estime que ce qui est présenté comme une défaite face à l’Iran pourrait au contraire constituer « une opportunité historique ».

Selon lui, la guerre a démontré les limites de la puissance militaire israélienne. « Un pays de dix millions d’habitants ne peut pas se battre contre le monde entier », écrit-il, appelant Israël à abandonner « une vie uniquement fondée sur l’épée ».

Selon lui, il est temps de mettre fin à la guerre, de rechercher un accord avec le Liban et d’ouvrir enfin une véritable perspective politique avec les Palestiniens.

Pour le journaliste israélien, il n’existe désormais que trois scénarios : deux États, un État démocratique unique ou un État d’apartheid voué à l’échec.

Une réflexion qui rejoint celle développée par le sociologue algérien Lahouari Addi. Selon lui, Israël aurait longtemps bénéficié d’un soutien occidental lui donnant « l’illusion d’être un acteur qui fait l’histoire à sa guise au Moyen-Orient ».

Mais cette protection aurait désormais atteint ses limites, écrit-il sur son compte Facebook. Les intérêts stratégiques américains, notamment la sécurisation du détroit d’Ormuz et la stabilité régionale, primeraient désormais sur les objectifs militaires israéliens.

Israël face à un choix historique

Pour Lahouari Addi, Israël est aujourd’hui confronté à un choix historique. Son avenir ne dépendrait plus uniquement de la protection américaine, mais de sa capacité à conclure une paix durable avec les Palestiniens.

« Le seul allié susceptible de protéger Israël est paradoxalement la paix avec les Palestiniens », affirme-t-il, estimant que ce pays devra choisir entre la perpétuation d’un conflit sans fin ou une réconciliation avec son environnement régional.

« On dit que l’Amérique a deux religions: le christianisme et le pragmatisme. Israël a commis une erreur historique en croyant que les Etats-Unis seront leur meilleur allié qui les protègeront, alors que le seul allié qui est susceptible de protéger Israël est paradoxalement la paix avec les Palestiniens. L’Etat colonial a deux perspectives devant lui, et deux seulement : le scénario algérien où les pieds-noirs ont dû quitter le pays dans la précipitation, ou le scénario sud-africain où les Blancs ont accepté de s’intégrer dans la société locale ».

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