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Kabylie : la lettre-coup de poing d’Aït Hamouda à Ferhat Mehenni

« De phare lumineux » à la « pire des trahisons » : Nordine Ait Hamouda, fils du colonel Amirouche, a résumé ainsi le parcours de Ferhat Mehenni.

Kabylie : la lettre-coup de poing d’Aït Hamouda à Ferhat Mehenni
Nouredine Aït Hamouda rappelle que la « Kabylie qui a rejeté la "paix des braves" de De Gaulle ne saurait accepter "l'indépendance des lâches" » / Source : DR pour TSA
Karim Kebir
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La perspective de la proclamation de façon « unilatérale » de l’indépendance de la Kabylie par Ferhat Mehenni, responsable du MAK (mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), le 14 décembre prochain depuis la France, continue de faire réagir responsables politiques et autres figures de renom, particulièrement de la région de Kabylie.

Dernière personnalité en date, et non des moindres, sortie de son mutisme : le fils du célèbre colonel Amirouche, Amrane Aït Hamouda, dit Nordine.

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Dans une lettre ouverte adressée à l’ancien chanteur du groupe « Imazighen Imoula », dont il a partagé « l’amitié » durant quarante années, Nordine Aït Hamouda lui rappelle que la « Kabylie qui a rejeté la « paix des braves » de De Gaulle ne saurait accepter « l’indépendance des lâches » ».

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« De phare lumineux » à la « pire des trahisons »

Dans cette lettre où transparaissent l’amertume et la déception d’un homme devant les dérives de celui qu’il considérait par le passé comme un « phare lumineux pour toute une génération » avant de sombrer dans la « pire des trahisons », Nordine Aït Hamouda égrène les épreuves qu’ils ont endurées ensemble.

« Je garde en mémoire ces débuts au sein du mouvement culturel berbère, dans les combats pour les droits de l’Homme et l’Association des Enfants de Chahids, où nos convictions nous ont valu un passage commun devant la Cour de sûreté de l’État. Je n’oublierai jamais les instants partagés dans la prison de Berrouaghia, ni ton rôle de phare lumineux pour toute une génération. Tu étais, comme le disait si justement l’illustre Kateb Yacine, un « maquisard de la chanson », maniant la musique et la poésie comme des armes d’émancipation », rappelle le fils du colonel Amirouche.

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« Nous avons ensuite milité côte à côte au sein du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), portant haut des idéaux qui nous étaient chers : la liberté, la justice sociale, la citoyenneté et la construction d’une Algérie solidaire, une et riche de sa diversité. Notre ambition majeure, en tant que jeunesse postindépendance, était mue par le parachèvement de « l’Algérie démocratique et sociale », tel que défini par nos aînés au Congrès de la Soummam du 20 août 1956 », ajoute-t-il.

C’est en 1994 que les divergences apparaissent entre les deux hommes, lorsque Ferhat – encore influent en Kabylie grâce à son passé de chanteur engagé – décrète l’année blanche pour les élèves en Kabylie.

La grève du cartable cette année-là dans cette région d’Algérie, menée par le Mouvement Culturel Berbère (MCB) et initiée par des figures comme Ferhat Mehenni, fut un boycott scolaire massif et historique, appelant à l’enseignement de la langue amazighe (tamazight) à l’école et sa reconnaissance officielle.

Durant presque une année, les cours étaient gelés. L’action a débouché sur la mise en place du Haut conseil à l’amazighité. « J’étais le seul à voter contre au Théâtre régional Kateb Yacine, convaincu que nous ne devions pas impliquer nos enfants dans nos luttes politiques. J’ai vu avec amertume le sacrifice imposé à une génération, tandis que certains évacuaient leurs propres enfants vers la France. Cette contradiction – la grève pour les enfants des humbles, l’école française pour les enfants des autres – a marqué un premier désaccord profond », se souvient le fils du « lion de la Soummam » et président de la fondation « colonel Amirouche ».

Cette année-là, Ferhat Mehenni qui appelait les élèves kabyles à boycotter l’école, entre autres, avait placé ses enfants en France. Et il était tout fier de le raconter.

Un Adieu sous forme de réquisitoire

Mais en dépit de ces divergences, Nordine garda de l’estime pour l’ex-chanteur, à partir du moment où celui-ci s’était gardé de franchir certaines lignes rouges, suggère-t-il en demi-mots.

« Malgré cela, nous avons maintenu d’excellents rapports, échangeant à Paris ou au téléphone avec plaisir, jusqu’à il y a quatre ans. Comme tu le savais, je n’ai cessé de te défendre, contre vents et marées, même dans les moments les plus difficiles pour moi. Tu savais l’estime et l’amitié que je portais à ton parcours et à ce que tu as accompli. C’est pourquoi ta dérive progressive, puis ta chute, m’ont attristé au plus profond de moi-même ».

Et la dérive intervient justement en 2018 lorsque Ferhat décide de proclamer l’indépendance de la Kabylie, passant de la revendication d’autonomie en 2001 à celle de l’autodétermination, puis de l’indépendance unilatérale.

« Comment oses-tu proclamer l’indépendance de la Kabylie à partir de la capitale d’un pays qui nous a colonisés durant 130 ans ? Comment pouvais-tu engager toute une région dans une aventure aussi périlleuse, reniant par là même toutes les luttes menées par la Kabylie de 1830 à nos jours ? La Kabylie qui a rejeté la « paix des braves » de De Gaulle ne saurait accepter « l’indépendance des lâches » », assène le fil de l’un des héros de la Révolution algérienne.

La mémoire de Cheikh Aheddad, El Moqrani, Lalla Fadma N’Soumer, Krim Belkacem, Abane Ramdane, Amirouche et de ton propre père « ne semblait plus avoir aucune valeur à tes yeux », s’offusque Aït Hamouda, qui croyait au début, dit-il, « qu’il s’agissait d’une lubie, d’un coup d’éclat d’un militant aigri ».

« La suite a confirmé l’ignominie, la pire des trahisons marquée par les indicibles alliances de l’opprobre. Te voir brandir le drapeau israélien dans des manifestations à Paris, soutenu par l’État israélien, Makhzen marocain et l’extrême droite française, a été un spectacle insupportable », s’indigne-t-il.

« Tu as renié toutes les valeurs de justice, de dignité et de résistance anticoloniale que nous avons portées ensemble. Par ces actes, tu as coupé les liens avec la Kabylie profonde et ses valeurs immuables. Comme le dit notre sagesse : “Tamurt Leqbayel ur tettnuz ur trehan” (La terre kabyle ne se vend ni ne s’hypothèque) », lui assène-t-il avant de décréter la rupture entre eux.

« Pour toutes ces raisons, un adieu est nécessaire. Il n’est pas prononcé avec haine, mais avec la tristesse résignée de celui qui constate la mort d’une fraternité et l’inéluctable renoncement d’un parcours. En dépit de tout, je préfère, et je préférerai toujours, la prison d’El Harrach au service des intérêts inavoués et aux manipulations d’officines étrangères. Le choix de l’honneur, notre honneur, est à ce prix », écrit Amrane Ait Hamouda.

« Je te dis donc adieu, Ferhat, en reprenant les mots du poète : “Ma tagi i Taqbaylit, ruh ur timlilit !” (Si tu as fait cela à la Kabylie, que ton âme ne revienne jamais !). Cette lettre est la fin d’un long chapitre. Elle est le constat douloureux qu’entre la fidélité à la mémoire collective et les errances solitaires, notre chemin s’arrête ici », conclut-il.

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