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Karim Amellal décrypte la « triple crise » française et la stigmatisation des immigrés

L'écrivain et ancien ambassadeur Karim Amellal analyse les ressorts d'une « triple crise » française et s’inquiète de la stigmatisation croissante des Français issus de l'immigration.

Karim Amellal décrypte la « triple crise » française et la stigmatisation des immigrés
Karim Amellal analyse les raisons de la colère sociale en France où des émeutes ont émaillé les manifestations contre la vie chère du 17 octobre. / Capture d'écran -Youtube
Ali Idir
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Karim Amellal, écrivain et ancien ambassadeur de France pour la Méditerranée, analyse les raisons de la colère sociale en France où des émeutes ont émaillé les manifestations contre la vie chère du 17 octobre.

L’auteur de « La part algérienne de la France » s’inquiète de la stigmatisation des Français issus de l’immigration dans un contexte de montée en puissance de l’extrême droite.

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Les manifestations sociales du samedi 17 octobre en France ont été émaillées par des émeutes et des pillages. Quelles sont les raisons de cette crise ?

Karim Amellal : Nous sommes confrontés à une triple crise dont les différentes dimensions se nourrissent mutuellement.

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Une crise économique et financière d’abord, avec des finances publiques très dégradées et des marges de manœuvre de l’État extrêmement réduites.

Ensuite une crise sociale alimentée par les difficultés de pouvoir d’achat, la hausse des prix de l’énergie et une accumulation de mécontentements qui touchent des catégories très différentes de la population.

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Le mouvement lycéen en est une illustration récente avec le risque de voir converger plusieurs formes de contestation, notamment une résurgence des Gilets jaunes. Et puis une crise politique profonde.

Nous sommes à la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron, à quelques mois d’une élection présidentielle, avec un gouvernement affaibli, sans majorité parlementaire et incapable de répondre aux attentes des Français. Cette situation nourrit un sentiment d’impuissance politique, de défiance et de colère.

C’est cette conjonction qui me paraît particulièrement dangereuse. Les frustrations s’accumulent, les tensions s’exacerbent et les violences auxquelles nous avons assisté récemment, notamment le samedi 17 octobre, contribuent à installer un climat de crise généralisée. Il faut évidemment distinguer les manifestations pacifiques des actes de pillage et de destruction, mais leur concomitance renforce le sentiment d’un pays qui perd ses repères.

Or tout ça intervient dans un contexte de polarisation politique extrême (et je crois sans précédent). Les colères se cristallisent de plus en plus autour des forces qui promettent une rupture radicale avec le système, principalement LFI et le RN.

Avec une différence majeure : l’extrême droite dispose aujourd’hui d’une assise électorale considérable et ses idées ont largement débordé son propre camp pour imprégner une partie de la droite et du débat public.

La droite et l’extrême droite utilisent le prétexte des violences pour accuser les Français d’origine immigrée et s’attaquer à l’immigration. Pourquoi ?

L’explication principale de la stigmatisation actuelle des immigrés et des musulmans dans ce que je viens de dire. Dans les périodes de crise, surtout lorsque le pouvoir paraît impuissant, la tentation est grande de chercher des boucs émissaires.

Et ces boucs émissaires sont souvent les mêmes : les étrangers, les immigrés, leurs enfants, les binationaux, les musulmans. Des millions de personnes que certains responsables politiques désignent, directement ou indirectement, comme responsables des difficultés du pays.

Ce mécanisme n’est pas nouveau mais il prend aujourd’hui une ampleur particulière parce que l’extrême droite est aux portes du pouvoir et que ses thèmes se sont progressivement banalisés dans la société françaisé.

Chaque épisode de violence devient alors l’occasion d’amalgames, de généralisations abusives et de discours accusatoires visant des populations entières. Éric Zemmour en donne régulièrement l’illustration.

Ce phénomène s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique plus large, européenne et occidentale, où les nationalismes identitaires progressent et où l’immigration est devenue un sujet central de confrontation politique. Mais en France cette dynamique se superpose à une crise politique et sociale d’une intensité particulière à l’approche d’une élection présidentielle décisive.

Ce qui m’inquiète profondément, c’est que nous finissions par faire porter à une partie de nos concitoyens la responsabilité de problèmes qui les dépassent totalement et dont ils subissent eux-mêmes les conséquences.

Car les immigrés, leurs enfants, les Français musulmans ne sont pas extérieurs à la société française. Ils en font partie, ils la font vivre, ils contribuent à sa richesse et à son avenir. Ils payent aussi les conséquences des crises, de la perte du pouvoir d’achat, des prix de l’énergie, des casseurs…

Et je trouve pour ma part assez terrible que, dans un moment où notre pays aurait tant besoin de cohésion, certains choisissent au contraire d’attiser ses divisions…

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