search-form-close
  • Brent: $62,15-0,85%
  • Taux de change: 1 € = 134,84 DZD (Officiel), 204,50 DZD (Parallèle)
  • TSA Météo

La Banque d’Algérie publie sa première note de conjoncture depuis 18 mois : les principaux enseignements

Anis Belghoul / NEWPRESS

C’est un événement. Depuis la nomination de Mohamed Loukal au poste de Gouverneur en mai 2016, la Banque d’Algérie n’avait plus publié de note de conjoncture. La Villa Joly s’était contentée depuis cette date de laisser filtrer quelques indications lapidaires sur l’évolution du montant des réserves de change.

La note de conjoncture, rendue publique mercredi 8 novembre, vient donc combler un vide de près de 18 mois. Elle répond en particulier aux attentes exprimées par les membres de la Commission des Finances de l’APN, qui n’avaient pas obtenu, voici quelques semaines, de réponses à leurs interrogations sur la situation financière du pays dans un contexte marqué par les déclarations très alarmistes du premier ministre Ahmed Ouyahia.

Un déficit commercial plus élevé que prévu

Le principal enseignement de la note rendue publique hier est sans aucun doute la révision en hausse des déficits de nos échanges extérieurs. Selon la Banque d’Algérie, le déficit de la balance commerciale s’est élevé à 7,82 milliards de dollars au premier semestre 2017.

Il s’agit d’un chiffre sensiblement plus élevé que celui des douanes algériennes qui évoquait un déficit de seulement 4,84 milliards de dollars pour la même période. Une différence de près de 3 milliards de dollars imputable essentiellement à une révision en hausse du montant des importations estimées par la Banque d’Algérie à 24, 6 milliards de dollars au cours des 6 premiers mois de l’année.

On connait la cause de cet écart « traditionnel » entre les estimations des deux institutions : la Banque d’Algérie prend en compte la totalité des importations tandis que les douanes ne « tiennent pas compte » des importations de matériel destinées à la défense nationale. Un matériel qui ne passe pas par leurs services.

Vers des importations proches de 50 milliards

Les exportations, de leur côté, sont également revues en baisse par l’institution dirigée par Mohamed Loukal : elles ne s’élèvent plus qu’à 16,8 milliards de dollars (18 milliards selon les douanes) malgré un prix moyen du baril qui s’est établi à 50,9 dollars au premier semestre 2017 .

La note de la Banque d’Algérie relève en outre que les exportations hors hydrocarbures ont reculé à 637 millions de dollars au premier semestre 2017. « Constitués pour l’essentiel de dérivés des hydrocarbures, aucune tendance favorable d’évolution de ces exportations, en valeur comme en diversité, ne semble se dessiner ces dernières années en dépit de plusieurs mesures d’encouragement des pouvoirs publics », commente avec lassitude les rédacteurs du rapport.

Ces nouveaux chiffres sur les importations et de déficit commercial conduisent à des extrapolations sur l’ensemble de l’année en cours qui se révèlent très éloignées des objectifs annoncés par le gouvernement. Sur la pente des tendances du premier trimestre, l’année 2017 pourrait s’achever avec des importations « totales » supérieures à 49 milliards de dollars et un déficit commercial de l’ordre de 14 à 15 milliards de dollars même en tenant compte du redressement récent des prix pétroliers. On est en particulier bien loin des « 40 milliards de dollars d’importations » évoqués pour cette année par le ministère du Commerce.

La balance des paiements en déficit de 11 milliards de dollars

Compte tenu du montant élevé du déficit commercial, celui de la balance des paiements, chiffré à un peu plus de 11 milliards de dollars (contre 14,6 à la même période l’année dernière) est plutôt une bonne nouvelle avec un solde des services négatifs qui « s’est  creusé à 4,47 milliards de dollars en raison principalement de la hausse des importations des services « construction », notamment ceux liés aux infrastructures autoroutières, de 153% par rapport au premier semestre de 2016 », note la Banque d’Algérie. Le déficit des services est compensé partiellement par un solde du compte de capital de près de 1 milliard de dollars.

Au total, les extrapolations pour l’ensemble de l’année en cours nous placent donc sur une pente de déficit de la balance des paiement sans doutes encore nettement supérieur à 20 milliards de dollars. Ce qui est mieux que les 30 milliards de 2016 et les 35 milliards enregistrés en 2015, mais fait peser un doute sérieux sur les perspectives de redressement rapide de nos comptes extérieurs évoqués par la « trajectoire financière 2017- 2019 » rendue publique voici à peine quelques jours par le gouvernement .

C’est dans ce sens que s’inscrit le commentaire de la Banque d’Algérie : « Compte tenu du déficit encore élevé des comptes extérieurs, notamment leur principal déterminant (la balance des biens et services), des efforts supplémentaires sont requis pour réduire l’absorption et/ou augmenter l’offre domestique de biens pour assurer la viabilité, à moyen terme, de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change ».

Les réserves de change sauvées par l’« effet de valorisation »

La bonne surprise du rapport de la Banque centrale se situe dans le montant communiqué pour les réserves de change qui étaient encore légèrement supérieures à 106 milliards de dollars à la fin du mois de juin dernier. Même si ce dernier chiffre traduit une nouvelle érosion de 7,8 milliards de dollars en six mois, c’est beaucoup moins que ce qu’on pouvait attendre, compte tenu des 11 milliards du déficit de la balance des paiements.

En cause, le désormais célèbre « effet de valorisation » qui joue depuis le début de l’année un rôle « positif » en raison de la forte appréciation de l’euro, dans lequel sont libellées près de la moitié de nos réserves de change, par rapport au dollar .

Le ralentissement de la hausse de l’euro au deuxième semestre ne permettra, cependant, sans doute pas aux réserves de change de se maintenir au-dessus de la barre des 100 milliards de dollars au 31 décembre prochain. Mais le suspense dans ce domaine peut encore durer quelques mois.

Les dividendes de la Banque d’Algérie au secours du Trésor public

Par ailleurs, la très forte réduction du budget de l’État enregistrée au premier semestre 2017 est imputable pour l’essentiel au versement, par l’institution dirigée par Mohamed Loukal, de dividendes d’un montant considérable au bénéfice du Trésor public.

La Banque d’Algérie confirme ainsi que la réduction du déficit du Budget de l’État à 254 milliards de dollars au premier semestre (contre plus de 1.780 milliards à la même période de l’année dernière) est en grande partie le résultat « des dividendes de la Banque d’Algérie versées au Trésor qui s’élèvent à 920 milliards de dinars ».

Ces dividendes n’étant versées qu’« une seule fois dans l’année », ainsi que le précise la note de la Villa Joly, le déficit du budget de l’État devrait être beaucoup plus important au deuxième semestre et on peut s’attendre dans ce domaine à un déficit budgétaire probablement proche de 1.500 milliards de dinars pour l’ensemble de l’année en cours.

close
close