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La chute des dépôts dans les banques alarme le gouvernement

La chute des dépôts dans les banques alarme le gouvernement

Newpress

Mercredi 17 janvier, lors d’une rencontre tenue à Alger, le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, appelait les banques à se mobiliser « de manière résolue » dans le but d’assurer « la bancarisation de la liquidité monétaire thésaurisée et de sa canalisation vers les objectifs de financement de l’économie et de sa diversification ».

Fin décembre, c’est le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, qui avait exhorté, en marge la de Foire de la production nationale, les banques publiques et privées à innover en commercialisant notamment des produits financiers participatifs afin de capter l’épargne bancaire. « Selon la demande de la clientèle, il faut mettre des dispositifs spécifiques afin de capter l’épargne au maximum », avait-il précisé.

Une chute des dépôts dans les banques

La toile de fond sur laquelle interviennent ces appels pressants des autorités est celle d’une régression sensible des performances des banques algériennes en matière de collecte de l’épargne au cours des dernières années.

La croissance à deux chiffres des dépôts dans les banques nationales n’est plus qu’un lointain souvenir. Au début de la décennie en cours, les dépôts auprès des banques publiques et privées étaient en plein boom. Alimentés, d’une part, par l’importance des dépôts du secteur des hydrocarbures, ils étaient, d’autre part, le résultat de l’augmentation de la collecte de l’épargne des ménages algériens, qui s’est développée à un taux moyen proche des 20% au cours de cette période.

Les dépôts des particuliers, stimulés par les importantes augmentations de salaires obtenues à partir de 2011, avaient battu régulièrement des records dépassant pour la première fois au cours de l’année 2012 ceux effectués par Sonatrach.

Une période « dorée » qui s’est achevée en 2014 avec une croissance des dépôts bancaires qui a encore atteint, cette année là, le taux très respectable de +11,5%. Le changement de décor est complet depuis 2015. Dans le sillage de la chute des prix pétroliers, les dépôts bancaires liés au secteur des hydrocarbures (essentiellement ceux de Sonatrach à la BEA)  ont lourdement chuté (-41% en 2015).

Dans le même temps, les dépôts des entreprises et des particuliers se sont également contractés : de -1% en 2015, puis de nouveau de -1,6% en 2016. Bien que les chiffres pour 2017 ne soient pas encore connus, tout indique que cette tendance s’est maintenue et même, selon toute vraisemblance, accélérée au cours de l’année écoulée. Dans un contexte de vives tensions inflationnistes, la baisse des dépôts en terme réel est encore sensiblement plus importante.

Suivant les derniers chiffres connus, le montant total de l’épargne collectée par les banques est redescendu à 9.079 milliards de dinars à fin 2016 après avoir atteint un peu plus de 9.200 milliards de dinars en 2015. Nos sources considèrent généralement que dans la période la plus récente, environ 65% des dépôts bancaires sont réalisés par des entreprises et 35% par des particuliers. Les banques publiques ont recueilli 87% des dépôts et les privées les 13% restants.

Réduction de la capacité de financement des banques

La contraction des ressources bancaires, conséquence de cette diminution sensible de la collecte de l’épargne, a eu des répercutions sur leur capacité de financement de l’économie. C’est ainsi que le ratio des crédits bancaires par rapport aux dépôts est passé de 74% à fin 2014 à 92% à fin 2016, indiquant la saturation de la capacité des banques nationales à financer les investissements des entreprises.

C’est cette situation qui a poussé la Banque d’Algérie à réduire, à deux reprises depuis 2015, le taux de réserves obligatoires qui est revenu de 12% à 4% aujourd’hui  libérant ainsi d’importantes liquidités, estimées au total à près de 700 milliards de dinars en faveur des banques.

Une meilleure rémunération de l’épargne

De leur côté, les banques commerciales ne sont pas restées inactives face à la réduction des dépôts de leur clientèle. Leur principale parade a consisté dans une amélioration significative de la rémunération de l’épargne depuis 2014. Les livrets d’épargne des banques publiques proposent des rémunérations, pour une épargne à vue, qui se situe actuellement au-dessus de 2% ( 2,5% pour le Livret d’épargne populaire de la Cnep).

Les banques privées développent une démarche d’attraction de l’épargne  plus « agressive » que celle de leurs consœurs privées avec des taux qui atteignent, par exemple, 3,25% pour le livret d’épargne de Natexis, voire 4% dans le cas de celui d’Algeria Gulf Bank.

Cette tendance, qui a très peu été signalée jusqu’ici, est encore plus sensible pour la rémunération de l’épargne à terme. Selon nos sources « alors que  les taux d’intérêt sur les dépôts à un an étaient encore d’un niveau moyen à peine supérieur à 1% en 2013 , ils se situent aujourd’hui, pour les conditions de base, entre 2,5 et 3,5%. Mais ils peuvent atteindre couramment des niveaux égaux ou légèrement supérieurs à 5% dans le cadre de négociations sur les dépôts réalisés par les entreprises ou de gros épargnants particuliers ».

Cette démarche, qui n’a enrayé que partiellement la chute des dépôts, a eu pour principale conséquence de modifier leur structure en faveur des dépôts à terme. Les dépôts à vue qui représentaient encore 57% de l’épargne bancaire en 2013 sont ainsi  passés à seulement 41% de l’épargne collectée en 2016. Les Algériens, dans un contexte de tensions inflationnistes croissantes, cherchent à protéger leur épargne contre la hausse des prix.

La croissance inquiétante de la circulation fiduciaire

Conjuguée à la baisse des dépôts dans les banques, une autre tendance récente est également une source d’inquiétude pour les autorités monétaires. Il s’agit de la croissance accélérée de la circulation fiduciaire hors banque. Alors que la quantité de billets de banque en circulation était estimée à 3.206 milliards de dinars en 2013, soit 19,5% du PIB, elle était déjà mesurée, très officiellement, à 4.018 milliards de dinars, soit 25% du PIB, par la Banque d’Algérie à fin 2015.

Sur cette lancée,  les chiffres, pas encore dévoilés, pour 2016 et 2017 devraient être encore plus élevés et la décision du gouvernement, annoncée en septembre 2017, de recourir au financement monétaire du déficit public va logiquement amplifier ce phénomène en faisant planer le risque d’un emballement de l’inflation.

Pour l’instant, les efforts du gouvernement pour remettre cette liquidité dans le circuit bancaire, à travers notamment la campagne de mise en conformité fiscale initiée en 2015, est très loin d’avoir donné les résultats escomptés. Le projet d’un « emprunt national halal », évoqué en 2016 par Hadji Baba Ammi, a été abandonné par ses successeurs au ministère des Finances.

À la fin de la semaine dernière, Mohamed Loukal, faisant écho à ces évolutions, affirmait que le système bancaire était « interpellé » pour  canaliser toute épargne potentielle « aux fins de réduire la liquidité monétaire en circulation, notamment informelle, et d’instaurer la confiance avec la clientèle épargnante ». Il invitait dans cet esprit le secteur financier et bancaire à « une plus grande diversification de ses services et produits bancaires et un élargissement de la gamme des produits financiers ».

La finance islamique à la rescousse

Concrètement, la démarche des pouvoirs publics pour réduire la circulation monétaire s’est essentiellement traduite depuis la fin de l’année dernière par une invitation très ferme adressée aux banques dans le but de développer les produits financiers islamiques. Les six banques publiques s’étaient engagées à lancer des services de finance islamique avant la fin de l’année 2017 et le gouvernement a annoncé le lancement d’un comité de conformité charia.

S’exprimant au Parlement fin septembre, Ahmed Ouyahia déclarait que trois banques publiques – la BADR, la BDL et la CNEP – lanceraient des services de finance islamique avant  la fin 2017  et que quatre autres banques proposeraient également ces services à partir de 2018. Elles ont été précédées dans ce domaine par plusieurs banques privées depuis quelques années.

Fin décembre, Abderrahmane Raouya  revenait à la charge en affirmant que « la finance islamique, ou participative, est très importante actuellement vu l’état de notre économie. Il faut absolument que les banques adoptent une approche nouvelle qui puisse répondre à toutes les demandes, y compris celles de la clientèle qui veut avoir une rémunération autre que les intérêts ».

Scepticisme

Les interrogations sur l’efficacité de la démarche récente des autorités ont franchi nos frontières. En donnant le ton, le quotidien économique français de référence « Les Echos » commentait ces informations en titrant ironiquement à la fin de l’année dernière : « La finance islamique peut-elle sauver l’Algérie ? ».

C’est le même scepticisme qui inspire les commentaires de la plupart des spécialistes algériens que nous avons interrogés. Le développement de la finance islamique est très loin de constituer une réponse suffisante. Ils insistent sur la responsabilité des déficits budgétaires persistants dans le gonflement de la monnaie en circulation depuis 2014.

« C’est, précise l’un d’entre eux, la monétisation de plus de 4.000 milliards de dinars d’épargne publique contenue dans le FRR depuis 2014 qui est à l’origine de l’accroissement de la circulation monétaire. La politique de la planche à billets et le refus de passer par la « case » ajustement économique et réduction des dépenses publiques, qui a pris le relais depuis septembre 2017, va prolonger et amplifier ce phénomène au moins jusqu’en 2019 ».

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