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La crise politique n’a que trop duré

La crise politique n’a que trop duré

22 février – 22 mars. Depuis maintenant un mois, les Algériens manifestent presque tous les jours sans interruption. Ce vendredi, malgré la pluie, ils étaient encore des millions à sortir dans la rue à travers l’Algérie, avec les mêmes revendications partagées par tous.

De l’est à l’ouest, du nord au sud du pays, les mêmes slogans ont été scandés : le départ de Bouteflika à l’issue de son mandat actuel et l’organisation d’un processus de transition sérieux pour ancrer définitivement le pays dans la démocratie. Les Algériens ont également réaffirmé leur détermination et le caractère pacifique de leur mouvement.

Mais si du côté du peuple, le message est clair et sans ambiguïté, le pouvoir continue à manœuvrer. En Algérie, ses partisans louent le pacifisme du mouvement et la justesse de ses revendications, tout en maintenant leur soutien au président sortant.

A l’étranger, le pouvoir a tenté de vendre cette semaine le risque d’un chaos qui provoquerait à la fois une arrivée des islamistes au pouvoir et une vague migratoire déstabilisatrice pour nos voisins du nord de la Méditerranée. Heureusement sans convaincre. Ramtane Lamamra a achevé sa mini-tournée en Europe sans avoir arraché de soutien au plan du pouvoir.

Bien au contraire, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n’a pas caché ce vendredi son admiration pour les manifestations pacifiques en Algérie. « Nous regardons avec attention tout ce qui se passe (en Algérie). La force de ce mouvement démocratique et puis et surtout le civisme de ces manifestations, avec un peu d’admiration », a déclaré Le Drian sur BFMTV. C’est une réponse claire à l’alarmisme de Lamamra : les manifestations en Algérie ne font pas peur en France, elles suscitent l’admiration.

En réalité, le pouvoir manque d’arguments. Ses initiatives, à l’intérieur comme à l’extérieur, sont dictés par un seul souci : gagner du temps. Il mise sur un essoufflement de la contestation et espère des divisions au sein du mouvement ou un éventuel dérapage qui justifierait une répression.

Un mois après le début du mouvement, nous sommes donc face à ce qui ressemble de plus en plus à une impasse politique. En persistant à vouloir imposer sa solution, le pouvoir ne fait que renforcer la détermination de la rue, avec le risque de voir le bras de fer s’installer dans la durée. Or, le pays ne peut pas se permettre de vivre durablement dans la contestation. L’économie est fragile et elle a besoin de réformes et de décisions urgentes de sauvegarde. Plus globalement, le pays a besoin de retrouver un fonctionnement normal de ses institutions.

Dans ce contexte, tous les regards se tournent vers l’armée nationale. Aujourd’hui, le président Bouteflika tire sa légitimité de son mandat qui n’expire que le 28 avril et du soutien, encore intact, de l’armée. L’ANP est dans son rôle : elle obéit au président élu par les Algériens, même s’il est contesté dans la rue.

Mais sa légitimité de président que personne ne conteste, elle ne doit pas servir d’argument pour imposer un plan qui va engager l’avenir du pays. Ce plan, qui s’articule autour d’une période de transition aux contours imprécis, a été rejeté massivement par les Algériens. L’armée ne doit pas le soutenir. Mais elle ne doit pas non plus chercher à imposer son propre plan.

L’expérience de 1992 a montré les limites de l’implication directe de l’armée dans un processus politique. L’ANP doit juste se tenir aux côtés des Algériens et accompagner un processus de transition sérieux et démocratique.

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