
A l’occasion de la journée parlementaire organisée le 2 février par la commission de l’agriculture et du développement rural au Conseil de la nation (Sénat), Yacine Oualid, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la pêche a présenté plusieurs axes stratégiques de son département notamment en ce qui concerne le cheptel ovin et la fertilisation des sols.
Concernant le cheptel ovin, le ministre a indiqué que des boucles électroniques devraient être utilisées pour l’identification des animaux. Particularité, celles-ci devraient être fabriquées en Algérie.
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L’identification du cheptel présente différents avantages : suivi sanitaire, recensement, lutte contre le vol des troupeaux de moutons. Billal Loubar, le directeur de la start-up algérienne Pro-Checker spécialisée dans l’identification électronique des animaux confiait en avril 2025 à l’agence APS qu’« en plus du suivi minutieux de l’état de santé du cheptel, les puces électroniques contribuent efficacement à la lutte contre le phénomène du vol du bétail ».
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Il existe deux types de boucles. Sur les plus anciennes est gravé sur le plastique le numéro d’immatriculation de l’éleveur. A cela s’ajoute, un numéro d’ordre pour chaque animal de l’exploitation.
Des boucles électroniques
Quant aux boucles électroniques, le ministère s’oriente vers des boucles RFID (Radio Frequency Identification) dont la lecture est réalisée par l’intermédiaire d’un lecteur sous forme de boîtier spécialisé. Depuis 2025, dans le cadre de la préservation de la race de moutons El Hamra, l’École nationale supérieure agronomique (ENSA) utilise ce type de puces à la suite d’une collaboration avec la start-up Pro-Checker.
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Une enquête menée en 2018 en Europe auprès d’éleveurs de moutons montre qu’une majorité de ceux qui sont équipés de puces électroniques utilisent « les avantages de l’Identification électronique (IDE) restent principalement limités à la gestion des mouvements d’animaux, qui est obligatoire » notamment avec « l’expansion des nouvelles technologies comme le smartphone » mais que « seulement 38% des exploitations sont équipées d’outils qui valorisent l’IDE ».
Ces outils sont principalement utilisés dans les bergeries pratiquant « l’élevage de précision » avec des cages de pesée pour la gestion de l’alimentation, des distributeurs automatiques d’aliments concentrés ou avec un lecteur de boucle RFID associé à un logiciel de gestion du troupeau. L’enquête européenne souligne que « le coût des outils reste le plus grand obstacle à son adoption dans les élevages ovins », reste cependant l’utilisation de base : « la gestion des mouvements d’animaux ».
En Algérie, l’utilisation de puces électroniques pour les moutons pourrait permettre une meilleure connaissance du nombre d’éleveurs, le dénombrement du cheptel par wilaya, la lutte contre le vol, l’attribution de la carte d’éleveur et la vente d’orge.
L’adhésion des éleveurs nécessitera une campagne d’information mais également un plan d’ensemble comportant le contrôle par les services spécialisés des animaux équipés de puces lors de leur transport, de leur entrée dans les marchés aux bestiaux ou dans les abattoirs.
Comme pour les boucles traditionnelles en plastique, les boucles électroniques sont fixées à l’oreille des animaux par l’intermédiaire d’une pince. En Europe, la pose est effectuée par les éleveurs.
Il reste aux services agricoles à recueillir l’adhésion des éleveurs pour ce qui pourrait être considérée, à tort, comme une opération de contrôle visant à terme à lever un impôt. Lors du précédent recensement national du cheptel ovin, cette rumeur avait parfois couru et le personnel chargé de l’opération a dû rassurer les éleveurs. Il restera à résoudre le coût des boucles RFID ainsi que celui du lecteur.
Analyses de sol et engrais
Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer la réalisation d’analyses de sol pour arriver à une utilisation optimale des engrais. Ceux-ci font l’objet de subventions publiques et à ce titre ils méritent d’être utilisés à bon escient.
Depuis 2022, l’Algérie soutient le prix des engrais à raison de 50% de leur coût. En septembre 2024, selon le quotidien El Watan, le directeur général du groupe Asmidal, Batouche Boutouba, rappelait la double mission de l’entreprise entre demande interne et externe : « La production de matières pétrochimiques à haute valeur ajoutée, telles que les engrais et autres fertilisants, constitue désormais un axe prioritaire pour répondre à la demande croissante sur les marchés nationaux et étrangers ».
Sur le terrain, en dépit du manque d’analyses, les agriculteurs font preuve de leur sens de l’observation. Sami Assassi co-auteur d’une étude dans la région de Guelma, a montré en 2022 que des agriculteurs louent leur terre à des producteurs de tomates, ce qui « leur permet de profiter des résidus de fertilisants de ces derniers ». En effet, les parcelles de tomates sont copieusement enrichies en engrais.
Une pratique qui montre que selon la culture précédente, les apports d’engrais peuvent être modulés et que selon le niveau de rendement atteint, la part des engrais restant dans le sol est loin d’être négligeable, ce qui ouvre la voie aux analyses de sol.
Dès janvier 2011, le pédologue Amor Halitim faisait remarquer dans l’Algerian journal of arid environment que les sols des régions du sud algérien présentent des « sols basiques, calcaires » provoquant une « entrave au développement du système radiculaire » des plantes.
Dans cette étude sur « L’aridoculture et le développement durable », il faisait également état de sols « pauvres en matière organique ». Des situations qui se retrouvent également plus dans les régions céréalières du nord du pays.
Cette forte présence de calcaire dans le sol est facilement observable sous forme d’une couche blanchâtre plus ou moins dure selon les régions. Elle présente l’inconvénient de bloquer en quelques semaines les engrais phosphatés épandus mais aussi bon nombre d’oligo-éléments du sol.
De son côté, la faiblesse des sols en matière organique reste préoccupante. Pour y faire face, les agriculteurs tentent d’y répondre par des apports réguliers de fumier notamment dans le cas de la culture de pomme de terre.
Dans le cas des engrais azotés, leur forte solubilité dans le sol provoque leur migration en profondeur ce nécessite des analyses annuelles afin d’ajuster au mieux les apports nécessaires après le lessivage lié aux pluies hivernales.
Aussi, la pratique d’analyses pourrait contribuer à réduire la pollution aux nitrates liés à une sur-utilisation des engrais azotés et fientes de volailles dont l’utilisation s’est fortement répandue en Algérie.
En 2024, une étude de l’université de Laghouat a révélé, que dans la région d’Oued Souf, « des concentrations en nitrates peuvent atteindre 97,19 mg/l et dépassent les normes (50 mg/l) dans les eaux souterraines ». Une norme ramenée à 45 mg/l par l’OMS.
La pratique régulière d’analyses proposée par le ministre est donc susceptible d’établir des diagnostics précis et des recours spécifiques. Une stratégie qui suppose un accompagnement technique des agriculteurs.
Boucle d’identification des ovins et analyses du sol, les services agricoles mettent le cap vers une agriculture plus rationnelle et plus durable.