
Spécialiste en conseil aux entreprises et institutions financières, Mouloud Hedid propose dans un vibrant plaidoyer un redéploiement de la filière agrumicole algérienne, notamment dans la Mitidja.
D’emblée, sous le titre : « L’économie de l’orange en Algérie : entre héritage prestigieux et transformation nécessaire », il suggère de faire fructifier le capital agrumicole du pays.
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Pour cela, il rappelle dans une contribution publiée sur LinkedIn que le marché mondial de l’orange pèse plus de 10 milliards de dollars, mais que « la vraie valeur ne réside pas dans le fruit frais… ».
Il souligne que la vraie richesse se décline en jus d’orange concentré avec 8-10 milliards $/an (70 % du marché mondial), huiles essentielles avec « marché premium en cosmétique et parfumerie », pectine et sous-produits pour les industries alimentaire et pharmaceutique et enfin la consommation fraîche qui dit-il ne représente que « 30% de la valeur totale » du marché mondial.
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« L’Algérie : un patrimoine d’excellence oublié »
Quant à la filière agrumicole algérienne, il regrette que peu de gens savent aujourd’hui que « dès 1850, les oranges de la Mitidja étaient expédiées vers l’Europe et classées parmi les qualités de luxe ».
Il rappelle que celles de Boufarik étaient réputées sur « le marché londonien, rivalisant avec les meilleures productions mondiales ».
L’analyse de la croissance actuelle du verger est qualifiée par cet analyste de « remarquable ». En témoignent une production 2023-2024 de 1,8 million de tonnes soit 64 % en une décennie, 80 000 hectares d’agrumes, un rythme de plantation de 5 000 hectares/an.
Quant à la Mitidja, à elle seule, elle concentre 38 % de la production algérienne d’agrumes.
« Un paradoxe stratégique »
Cependant, Mouloud Hedid remarque un « paradoxe stratégique ». Il note que « nos variétés sont destinées à la consommation fraîche, nous privant de 70 % de la valeur ajoutée potentielle » par rapport à ce qui se fait sur le marché international.
Et il lance : « pendant que le monde transforme, nous cultivons ». Aussi met-il en avant une opportunité algérienne.
En premier lieu avec le segment premium de consommation fraîche. Pour cela, il appelle à un sursaut : « Réveillons le prestige des oranges de la Mitidja ! »
« Avec leur histoire et leur qualité reconnue en Europe, nos oranges pourraient se positionner sur le marché du luxe alimentaire, à l’image des oranges de Valence ou de Sicile », explique-t-il
En observateur avisé, il fait remarquer que l’orange algérienne peut devenir « un fruit d’exception pour les marchés premium européen qui paient 3 à 5 fois le prix standard. »
En second lieu, il suggère le développement d’une « transformation à haute valeur ajoutée » qui passe par l’introduction de variétés adaptées à l’industrie du jus et la création d’unités d’extraction d’huiles essentielles.
À cet égard, il parie sur une Mitidja devenue la « capitale mondiale des parfums d’agrumes ». Enfin, il suggère la valorisation des sous-produits : « de l’écorce à la pectine » sans oublier l’export de produits transformés.
Mouloud Hedid insiste sur le fait que l’Algérie et notamment la Mitidja constitue un « terroir » agrumicole exceptionnel fait de sa terre, son climat, son histoire et son savoir-faire illustré par une « production spectaculaire ».
Mais, il avertit. Pour devenir un acteur majeur, l’expert énumère des conditions : « protéger et valoriser notre héritage premium » par l’intermédiaire d’une Indication Géographique Protégée « IGP Oranges de la Mitidja », diversifier nos variétés vers la transformation et ainsi « conquérir les marchés d’export ».
De son expertise en tant que consultant il suggère : « en jouant sur les deux tableaux ». D’abord, en mettant en avant la Mitidja « qui faisait prime à Londres au XIXe siècle », ensuite en mettant en avant la modernité « des usines de jus du XXIe siècle ».
Un manque d’eau préoccupant
La progression du verger agrumicole en Algérie se trouve handicapée par le manque d’eau.
En janvier 2023 à Blida, le premier Salon consacré aux agrumes a été placé sous le signe de la sensibilisation des agriculteurs à l’irrigation au goutte-à-goutte.
La spécialiste Nadjia Khemis de l’ITAF de Boufarik n’avait pas manqué d’alerter sur le fait que l’« agrumiculture figure en tête de liste des filières agricoles les plus consommatrices d’eau », rendait compte alors l’agence APS.
Les besoins des agrumes sont compris entre 1.200 et 1.500 mm/an alors que la Mitidja ne reçoit que 600 mm de pluie par an.
À la mi-décembre 2024, Mohamed Nadji, président de la filière agrumes alertait dans les colonnes d’El Moudjahid : « Beaucoup d’agriculteurs se lancent sans passer par les équipes techniques et les bureaux d’études et se retrouvent après avoir investi des sommes colossales face au problème d’eau ».
Puis, insistant sur le fait que « les agrumes ne pourront jamais réussir sans la disponibilité de l’eau en grandes quantités ».
Progression de la transformation
Face à la progression du verger, la transformation permet de produire des jus et d’absorber l’excédent d’agrumes.
Cependant, Mohamed Nadji souligne que « l’industrie de transformation des agrumes fait face à plusieurs défis, tels que les prix bas imposés par les transformateurs ».
À cet égard, la transformation progresse, c’est le cas de la région de Béjaïa où sont implantées les entreprises Toudja et Cevital qui transforment les agrumes locaux.
Pour Mouloud Hedid l’Algérie peut écrire « une nouvelle page dorée de son économie agrumicole ».