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L’Algérie, potentielle victime collatérale des tensions entre les États-Unis et la Russie

L’Algérie, potentielle victime collatérale des tensions entre les États-Unis et la Russie

Les discussions actuellement en cours entre les États-Unis et l’Algérie concernant l’éventualité de sanctions contre l’Algérie en cas d’acquisition d’armes russes laissent planer l’éventualité, pour l’instant faible, mais réelle, que l’Algérie se retrouve victime des dommages collatéraux de la nouvelle guerre froide à laquelle s’adonnent les États-Unis et la Russie.

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L’ambassade des États-Unis à Alger a annoncé ce mercredi à TSA que des discussions entre les États-Unis et l’Algérie ont été ouvertes et sont actuellement en cours au sujet de la loi votée par le Congrès américain, baptisée « Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act » (Loi pour lutter contre les adversaires de l’Amérique à travers des sanctions, ou CAATSA).

Cette loi impose notamment des sanctions contre toute personne ou entité s’étant « engagée dans une transaction significative » avec les secteurs de la défense ou des renseignements du gouvernement russe, explique l’ambassade américaine. Volontairement vague, la notion de « transaction significative » ouvre la voie pour sanctionner potentiellement toute personne ayant acquis de l’armement russe, à l’image de l’Algérie.

Qu’est-ce que CAATSA ?

Votée en juillet 2017 et promulguée le 2 août de la même année, la loi s’inscrit dans un contexte de tensions constantes et accrues entre les États-Unis et la Russie, trouvant leur source dans les accusations d’ingérence dans les dernières élections présidentielles américaines, portées à l’encontre de la Russie.

La décision du Congrès, majoritairement républicain, d’imposer des sanctions contre la Russie constitue également une réponse aux accusations de complaisance envers la Russie portées à l’encontre du président américain Donald Trump.

« La Russie est la cause et est à la base de plusieurs crises du monde à l’ordre du jour, que ce soit l’Ukraine, la crise en Syrie, l’ingérence dans plusieurs pays… C’est l’agression de la Russie », a affirmé Brian Neubert, porte-parole du département d’État américain, aux journalistes algériens durant une conférence de presse téléphonique. « C’est la raison pour laquelle les États-Unis et nos partenaires avons imposé des sanctions, que nous avons expulsé des diplomates russes et pris d’autres actions pour faire face à l’agression russe », a-t-il expliqué.

La Chine est devenue le 20 septembre dernier le premier pays à être sanctionné par les États-Unis, pour avoir acheté des avions de chasse et missiles sol-air S400. La décision américaine s’inscrit dans un contexte d’une guerre commerciale ouverte entre Pékin et Washington. En réponse, Pékin a dénoncé « une violation flagrante des règles fondamentales des relations internationales ». La Chine est la deuxième puissance mondiale.

Si la Chine est pour l’heure l’unique pays à être sanctionné, d’autres pays partenaires de la Russie subissent ces derniers mois des pressions américaines en vue d’isoler la Russie dans ses exportations d’armes. La Turquie, pourtant allié des États-Unis au sein de l’Otan et l’une des plus importantes armées au sein de la coalition, a subi des menaces de la part des États-Unis pour la dissuader d’acquérir le système de défense antiaérienne russe S-400.

L’Inde, qui est l’un des principaux clients de l’armement russe voire le plus important, a fait l’objet d’importantes pressions des États-Unis visant à lui faire abandonner son projet d’achat des systèmes de défense S-400. L’Inde est la sixième puissance mondiale.

« Ce n’est pas une question de punir ni la Russie ni ceux sanctionnés, mais nous voulons empêcher ces actions et pousser la Russie à changer son comportement qui n’est pas acceptable », expliquait encore ce jeudi Brian Neubert, porte-parole du département d’État américain.

Quid de l’Algérie ?

Si des puissances mondiales comme la Chine et l’Inde peinent à faire face aux méthodes musclées américaines, la marge de manœuvre de l’Algérie semble encore plus limitée. L’Algérie est l’un des plus importants clients des exportations d’armement russe. Le pays a été classé quatrième plus gros client de la Russie en 2017. La totalité de ses achats d’avions de combat sont russes. De même pour ses systèmes de défense aérienne, ayant même notamment été l’un des premiers pays à acquérir le système S-400.

« Nous respectons que des pays souverains choisissent comment gérer leurs affaires étrangères, comme nous savons que vous allez respecter comment nous gérons nos intérêts dans les affaires étrangères », a affirmé là encore le porte-parole du département d’État, Brian Neubert.

Pourtant, loin des notions de souveraineté, des sanctions américaines pourraient avoir des effets très néfastes sur l’Algérie. En cas de violation de CAATSA, l’Algérie s’expose en effet à au moins cinq des douze sanctions prévues par la loi, parmi lesquelles une exclusion du système financier américain, une interdiction d’effectuer des transactions en dollars américains, ou encore une interdiction d’importation et d’exportation avec les États-Unis.

Les États-Unis sont l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie. Les États-Unis ont été le quatrième plus gros client des exportations algériennes durant les sept premiers mois de 2018. L’Algérie y a exporté pour 2.16 milliards de dollars durant cette période, et a importé pour 990 millions de dollars.

Le dollar américain occupe quant à lui un rôle central dans les transactions commerciales internationales de l’Algérie, même lorsque les échanges ne se font pas avec les États-Unis. Dans un contexte de crise économique que traverse l’Algérie depuis quatre ans, de telles perturbations pourraient avoir des effets potentiellement dévastateurs.

Profondément attachée à son statut de pays non-aligné hérité de la guerre froide originelle, l’Algérie pourrait ainsi devenir bien malgré elle victime de dommages collatéraux de cette nouvelle forme de guerre froide qui n’en dit pas le nom.

Face à l’arduité de l’équation, l’Algérie pourrait opter pour la temporisation, seule stratégie en apparence viable qui permettrait au pays de maintenir l’équilibre cultivé pendant des décennies entre les deux puissances. Temporiser, en attendant que l’administration américaine réalise qu’il n’est peut-être pas judicieux d’impliquer dans son conflit l’Algérie, un partenaire fragile et pourtant crucial pour les États-Unis dans une région très instable.

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