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L’Algérie s’enfonce dans l’impasse politique

L’Algérie s’enfonce dans l’impasse politique

Sur la question de la mise en place d’une transition telle que réclamée par le peuple, c’est-à-dire non contrôlée par le pouvoir, le chef d’état-major de l’ANP s’est encore déjugé.

C’est presque devenu une routine, il alterne chaque mardi intransigeance sur le respect de la voie constitutionnelle et disposition à écouter d’autres initiatives.

Ce mardi 30 avril, il a pris la parole lors d’une visite dans la cinquième région militaire pour fermer une porte qu’il avait laissée ouverte la semaine passée à Blida. Ahmed Gaïd-Salah a réaffirmé « la détermination de l’Armée nationale populaire à ne pas s’écarter de la voie constitutionnelle, quelles que soient les conditions et les circonstances ». Voilà qui a le mérite d’être sans équivoque.

On retiendra sa détermination à lutter contre la corruption et à n’épargner personne, ses garanties données à la justice, mais sur le plan politique, les propos de Gaïd-Salah ne font pas entrevoir le début de la fin de la crise.

La solution idéale, aux yeux du général de corps d’armée, c’est l’élection présidentielle. C’est à peine s’il concède que les conditions idoines pour la tenue du scrutin à sa date initiale ne sont pas réunies, appelant à son organisation « le plus tôt possible ».

Même rejeté par le peuple, certains élus et beaucoup de magistrats, l’armée tient donc toujours au scrutin, « ce mécanisme constitutionnel » qui « permettra d’élire un président de la République ayant la légitimité et les prérogatives pour concrétiser le reste des revendications populaires légitimes » et qui « constitue la règle de base pour que notre pays reprenne le cours du développement et de l’édification ».

Cette insistance sur la solution constitutionnelle et électorale est motivée par le souci de faire face à des « menaces et dangers qui guettent notre pays » et de contrer les « desseins hostiles visant à nous mener vers le vide constitutionnel et entraîner le pays dans les spirales de l’anarchie et la déstabilisation », a développé Gaid Salah.

Un argumentaire déjà entendu mais qui est resté sans effet sur la détermination de la rue et de l’opposition qui ne veulent pas d’une solution constitutionnelle synonyme de transition gérée par les hommes hérités de Bouteflika.

Paradoxalement, c’est cette insistance sur le respect de la Constitution qui risque de mener le pays droit vers le vide constitutionnel.

À moins d’un miracle, il est aujourd’hui plus qu’évident que l’élection n’aura pas lieu le 4 juillet, le chef de l’armée lui-même l’avoue à demi-mot, et au-delà du 9 juillet, tout autre personnage ou instance à la tête de l’État en dehors d’un président de la République dûment élu ne sera pas légitime.

La Constitution ne prévoit rien de tel. On est donc déjà presque assurés d’entrer de plain-pied dans l’inconstitutionnalité dans un peu plus de deux mois, et quand bien même une telle situation serait limitée dans le temps si le scrutin fait l’objet d’un léger report seulement, cela ne changera rien au fait que la loi fondamentale aura été traînée dans la boue.

Le faire maintenant n’aurait rien d’illégitime puisqu’il s’agit d’une revendication des manifestants et de l’opposition et permettrait d’écourter la crise. L’obstination à imposer un traitement juridique à une crise politique n’a fait jusque-là qu’enfoncer le pays dans l’impasse.

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