
L’Algérie va-t-elle bannir les sites pour adultes ? Après la proposition d’un élu du parti d’Abdelkader Bengrina d’éliminer la philosophie du baccalauréat, puis l’interpellation polémique d’un député du MSP sur le Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), un autre député du même parti, Youcef Adjissa, revient à la charge avec une proposition de loi visant à bloquer les sites et plateformes électroniques pour adultes.
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Bloquer les sites pour adules au nom de la morale
Dans l’exposé accompagnant son projet de loi consulté par TSA Algérie, Youcef Adjissa considère que les « valeurs morales » de la société constituent une « priorité législative ».
« Face aux défis croissants imposés par la révolution numérique aux sociétés contemporaines, la question de la protection des valeurs morales, éthiques et sociales apparaît comme une priorité législative pressante », lit-on dans cette proposition de loi.
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Le député appelle à « préserver l’identité culturelle » de l’Algérie et à protéger « les jeunes filles en particulier, ainsi que les enfants et les adolescents » contre des contenus jugés « nuisibles » et contraires aux bonnes mœurs.
« Cette initiative législative découle d’un sens élevé de responsabilité, dans un contexte où les valeurs qui préservent la société sont menacées (…) affectant nos principes et notre moralité », soutient-il.
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Youcef Adjissa cite également les effets supposés de l’exposition précoce aux contenus de ces sites jugés immoraux. « Les études montrent que l’exposition précoce (…) peut mener à l’addiction, à l’isolement, à l’affaiblissement des relations sociales et à une baisse des performances scolaires », soutient le texte.
Autre argument avancé par le parlementaire : « Il s’agit de renforcer la souveraineté numérique (…) au sein d’un cadre clair permettant de bloquer ce type de sites qui affaiblissent la capacité de l’État à préserver le cyberespace ».
« L’Algérie, en tant qu’État souverain, a le droit d’organiser son espace numérique conformément à ses spécificités culturelles et constitutionnelles, notamment à la lumière des avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle ».
Enfin, le député de Constantine justifie son initiative par la lutte contre la criminalité : « de nombreux sites (…) servent de couverture à des contenus illégaux tels que l’exploitation des enfants, la traite humaine ou le chantage sexuel. Ainsi, cette loi contribuera à réduire les sources de ces activités criminelles sévèrement punies ».
Parmi les dispositions proposées figurent notamment le « blocage total et définitif » des sites pour adules, l’obligation pour les fournisseurs d’accès à Internet de mettre en œuvre les systèmes de blocage, des peines de prison à l’encontre de ceux qui contournent les dispositifs de blocage et, enfin, un « rôle renforcé de l’autorité de régulation ».
Nouvelle offensive
Youcef Adjissa s’est déjà manifesté en déposant, au nom d’un groupe de députés, un projet de loi criminalisant toute forme de « normalisation » avec Israël.
À ce jour, rien ne filtre sur le sort de cette proposition. Cette nouvelle proposition d’Adjissa intervient dans un contexte où plusieurs parlementaires islamistes multiplient les sorties ciblant les pratiques culturelles ou éducatives.
En juin dernier, un député du mouvement El-Bina d’Abdelkader Bengrina avait proposé de supprimer l’épreuve de philosophie du baccalauréat, jugée « inutile », voire « dangereuse » pour la jeunesse.
Plus récemment, le député du MSP, Zakaria Belkheir, président de la commission « Éducation, Enseignement supérieur, Recherche scientifique et Affaires religieuses » de l’Assemblée populaire nationale, a interpellé le Premier ministre au sujet du FIBDA 2025, où des jeunes participants à un concert de « heavy metal » étaient déguisés en mangas.
Il avait qualifié la fête organisée près du monument des martyrs d’« atteinte à la sacralité » du monument, d’« idéologie des adorateurs du diable » et de « profond sacrilège » portant atteinte aux valeurs religieuses et nationales.
Celui qui avait déjà proposé de supprimer la version française du Journal officiel de la République algérienne, a ainsi réclamé une enquête « urgente » et des « mesures strictes » pour empêcher, selon lui, la répétition de tels événements.
Si son interpellation n’a pas eu de réponse officielle, sa sortie a toutefois provoqué une polémique sur la toile. De nombreux artistes et autres écrivains ont dénoncé une atteinte aux libertés.
Reste que la proposition d’Adjissa n’est pas inédite. En 2017 et 2018, l’ancienne ministre de la Poste et des Télécommunications, Houda Imène Feraoun, avait déjà pris position en faveur de mesures de blocage des sites pour adultes.
Elle avait plaidé pour une loi autorisant le blocage des sites pour adultes, des sites prônant la violence, des contenus terroristes ou discriminatoires.
Plusieurs sites classés « X » avaient alors été bloqués et des médias avaient attribué cette décision à son ministère, ce qu’elle n’a jamais confirmé, d’après plusieurs journaux. Elle expliquait par ailleurs qu’il était impossible de bloquer certains contenus comme « Blue Whale », qui proposaient des défis dangereux et avaient conduit au suicide de certains jeunes.