
Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez est en Algérie pour une visite très attendue, qui pourrait déboucher sur le lancement d’un véritable processus de sortie de crise ou consacrer le statu quo ou pire l’aggravation des tensions.
Si Paris attend, pour reprendre l’expression du même Nuñez, un « bougé » sur la coopération sécuritaire et migratoire et le dossier du journaliste Christophe Gleizes, Alger a aussi ses attentes et elles sont nombreuses.
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La France de Marine Le Pen ou celle de Ségolène Royal ?
Le plus important pour l’Algérie est de savoir au nom de quelle France vient M. Nuñez. Celle des nostalgiques de l’Algérie française, de Marine Le Pen et de Bruno Retailleau, qui veulent la rupture ?
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Ou celle des adeptes d’une relation apaisée et débarrassée du contentieux mémoriel, incarnée par Ségolène Royal et plusieurs autres personnalités ?
Il est primordial que les choses soient claires pour l’Algérie, dont les représentants n’ont eu de cesse de signifier depuis le déclenchement de la crise en juillet 2024 qu’ils sont ouverts au dialogue et prêts pour une relation normale, mais pas à n’importe quel prix et surtout pas avec n’importe quels vis-à-vis à Paris.
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En février 2025, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a cité, dans un entretien au journal français L’Opinion, Bruno Retailleau comme indésirable, et quelques personnalités, dont Ségolène Royal et Dominique de Villepin, parmi ceux qui jouissent d’un respect en Algérie.
Une manière de signifier que le problème n’est pas avec toute la France, mais avec un certain courant qui prend de plus en plus d’ampleur, en se servant de l’Algérie, entre autres, comme tremplin.
C’est le message principal envoyé à travers l’accueil réservé fin janvier à Ségolène Royal. Ce n’est peut-être pas un hasard si la visite de la présidente de l’association France-Algérie (AFA) est immédiatement suivie de ce déplacement du ministre de l’Intérieur qui attendait depuis octobre dernier.
Évidemment, Laurent Nuñez n’incarne aucun des deux camps politiques. Mais il a le mérite de se démarquer, assez nettement et dès sa prise de fonction, de son prédécesseur et de décréter publiquement l’échec de sa méthode du bras de fer.
Ce que l’Algérie attend de la France
Mais il reste à connaître ce qu’il apporte avec lui à Alger et jusqu’où il peut aller concernant de nombreuses questions. Car il n’y a pas que la France qui a des exigences.
L’Algérie a aussi ses attentes. Il y a d’abord le cas du diplomate algérien incarcéré à Paris au mépris de l’immunité que lui confère son statut.
Alger attend aussi une coopération sur la question des extraditions, notamment des individus condamnés en Algérie pour détournement de fonds publics, ou encore de certains activistes et des séparatistes du MAK, dont Ferhat Mehenni, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par la justice algérienne. Ou encore d’anciens ministres comme Abdeslam Bouchouareb que la justice française a refusé d’extrader.
L’Algérie réclame aussi une meilleure mobilité pour ses citoyens, à travers l’octroi de visas notamment, et la fin des entraves imposées dans les préfectures françaises à l’immigration algérienne légale. En France, les étudiants algériens sont particulièrement pénalisés.
Les préfectures traînent pour leur délivrer les titres de séjour et les maintiennent dans une situation de précarité en les empêchant de voyager et de rendre visite à leurs parents en Algérie. Dans le même temps, leurs proches peinent à obtenir des visas ! Pourtant, ces étudiants ont obtenu des visas d’études délivrés par les consulats de France et ne sont pas des clandestins.
Guerre économique
Les attentes de l’Algérie sont aussi économiques. Le 7 février, le président Tebboune a pour la première fois accusé la France, sans la nommer, de mener une guerre économique contre l’Algérie à travers notamment des restrictions sur les exportations algériennes vers l’Union européenne.
Toutefois, le succès de la visite de Laurent Nuñez et le début de la fin de la crise ne sont pas tributaires de la seule satisfaction de part et d’autre de ces attentes réciproques.
Car il faut espérer que le scénario de la visite du chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot en avril dernier ne se réédite pas. Les deux pays étaient sur le point d’amorcer un véritable processus de retour à la normale lorsque l’affaire de l’incarcération du diplomate algérien a éclaté.
L’Algérie avait accusé nommément Bruno Retailleau. Celui-ci n’est plus ministre de l’Intérieur, mais le courant qu’il incarne, hostile à l’Algérie, est très large et de ce fait capable de nuisance. En plus clair, cette tentative de rapprochement entre Alger et Paris n’est pas à l’abri d’un nouveau coup tordu.