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Le début d’un processus de désobéissance civile ?

Le début d’un processus de désobéissance civile ?

En moins de 24 heures, quatre ministres ont été empêchés d’effectuer des visites de terrain. Hier à Béchar, une délégation de trois ministres, conduite par celui de l’intérieur, a été chassée par la population près d’El Abadla. Elle a dû annuler un déplacement dans cette localité. Ce dimanche, à Tébessa, des citoyens en colère ont empêché le ministre de l’énergie d’effectuer sa visite.

Autre action fortement symbolique qui illustre le rejet du pouvoir en place : le maire de Yakouren, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, refuse d’effectuer la révision des listes électorales, en prévision de la prochaine élection présidentielle du 4 juillet. Il l’a fait savoir de manière tout à fait officielle au wali de Tizi-Ouzou.

Face à l’entêtement du pouvoir, qui a pour la première fois tenté de réprimer violemment les dernières marches à Alger, les Algériens semblent avoir opté pour de nouvelles formes de protestation pour compléter les actions menées dans la rue chaque vendredi.

Pour le politologue Mohamed Hennad, cette nouvelle forme de protestation ne va pas tarder à faire boule de neige à l’échelle nationale « pour devenir une forme inédite de lutte contre le pouvoir à travers le dégagement de ses représentants sur le terrain ». Entretien.

Des ministres ont été empêchés d’effectuer des visites sur le terrain. Comment analysez-vous cette nouvelle forme de protestation des citoyens ?

Quatre ministres viennent d’être chahutés par les populations locales en l’espace de 24 heures, c’est vraiment beaucoup ! Sachant que tous les quatre étaient responsables de secteurs très importants pour l’amélioration des conditions de vie des gens. Mais, probablement, les manifestants tenaient d’abord à dire qu’ils n’étaient pas « achetables » !

Vraisemblablement, cette forme de protestation ne va pas tarder à faire boule de neige à l’échelle nationale pour devenir une forme inédite de lutte contre le pouvoir à travers le dégagement de ses représentants sur le terrain. Or, un ministre est fait pour bouger, effectuer des visites récurrentes à travers l’ensemble du territoire national. À quoi servirait-il s’il se trouvait obligé de ne pas se montrer hors de son ministère !

Il est clair que cette nouvelle méthode n’est qu’une première étape dans la désobéissance civile, laquelle finira par s’étendre aux autorités locales. Et ça sera le shutdown à l’algérienne !

Comment le gouvernement Bédoui peut-il continuer à fonctionner dans ces conditions ?

La récurrence des protestations des populations locales contre les autorités aboutira, inéluctablement, à la paralysie du gouvernement actuel, lequel est en train de faire perdre au pays un temps précieux en essayant d’en gagner pour le pouvoir qui l’a mis en place.

À la limite, il y aura même un problème d’éthique dans la mesure où les ministres seront payés à ne rien faire, alors que le pays va à la dérive. Le pouvoir ne veut pas réaliser ce basculement survenu dans l’esprit public, préférant miser sur l’essoufflement de la dynamique engendrée le 22/02.

Le pouvoir prétend que les revendications du peuple sont irréalisables. Le sont-elles vraiment ?

Vous savez, pour notre pouvoir, les revendications du peuple sont toujours irréalisables, même s’il lui arrive de dire, parfois, qu’elles sont légitimes. Au début, notre chef d’état-major a reconnu la nécessité d’appliquer l’article 102 puis, sous la pression de la « rue », a accepté d’inclure les deux articles de la constitution 7 et 8 consacrant le principe de la souveraineté populaire. Mais après la désignation de M. Bensalah comme chef d’État par intérim, le patron de l’ANP s’est ravisé, prétextant du danger que représenterait le vide constitutionnel. Or, il ne s’agissait nullement d’une vacance de pouvoir ordinaire qu’il fallait pallier mais bel et bien d’un basculement politique.

Cependant, le seul départ du gouvernement Bédoui ne suffira pas pour sortir de l’impasse politique. Il faudra que les forces politiques du pays arrivent à s’entendre sur une personne autre que M. Bensalah qui sera acceptée par le hirak, pour présider à une période transitoire qui ne devrait pas dépasser les six mois.

Dès l’entame de la période, le nouveau chef d’État par intérim procèdera à la dissolution du parlement et du conseil constitutionnel en tant qu’incarnation de la fraude. Ensuite, il désignera un nouveau gouvernement pour expédier les affaires courantes de l’État. Viendra, ensuite, la désignation d’une commission souveraine d’organisation et de supervision d’une élection présidentielle, pour la première fois digne de ce nom. Quant à la question de l’élaboration d’une nouvelle constitution, elle devrait être examinée une fois le nouveau président de la république élu.

 

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