
Le Pape Léon XIV est attendu en Algérie le 13 avril dans une visite historique, la première pour un souverain pontife dans le pays.
Léon XIV veut établir des “ponts” avec l’Algérie et le monde musulman à travers son déplacement, qui sera d’ailleurs son troisième dans un pays musulman depuis son élection en mai 2025, après la Turquie et le Liban.
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Or les ponts avec cette partie du monde, et particulièrement avec l’Algérie, c’est précisément ce dont l’extrême-droite française n’en veut absolument pas.
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Ce courant s’offusque ouvertement de ce déplacement qu’il perçoit comme un pied-de-nez au moment où il fait tout pour vendre la pire image qui soit de l’Algérie. En termes d’image, l’Algérie s’apprête à engranger beaucoup de points si elle ne l’a pas déjà fait avec la seule annonce de la visite pontificale.
C’est sans surprise que Kamel Daoud a prêté sa plume à ceux qui n’apprécient que peu la décision de Léon XIV de se rendre en Algérie précisément maintenant.
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L’écrivain algérien, naturalisé français depuis peu et lauréat du prix Goncourt 2024, s’est dit, dans sa dernière chronique dans Le Point, “consterné” et “attristé” par “le sens politique que cette visite ne manquerait pas de prendre”.
Daoud développe l’idée que la venue du Pape servirait les autorités algériennes. L’idée est partagée par tout le courant anti-algérien en France qui redoute de voir démentie sa propagande qui veut que l’Algérie soit un pays intolérant, hostile à l’Occident, gangrené par l’extrémisme religieux. C’est une doxa longtemps ressassée qui risque de voler en éclat.
La visite du Pape ne manque pas en effet de “sens politique” mais pas celui que suppose Kamel Daoud.
“Le Pape vient rencontrer l’Algérie d’aujourd’hui”
C’est d’abord “un frère qui vient visiter ses frères » et « rencontrer le peuple » d’un pays majoritairement musulman, rectifie l’archevêque d’Alger, Jean-Paul Vesco.
Si le souverain pontife a bien dit à plusieurs reprises qu’il souhaitait se rendre en Algérie sur “les lieux de vie de Saint-Augustin, il viendra aussi rencontrer « l’Algérie d’aujourd’hui », assure le cardinal d’Alger dans des déclarations à l’AFP.
Jean-Paul Vesco, qui révèle avoir invité le Pape dès son élection, est le mieux placé pour témoigner de la tolérance séculaire de l’Algérie et des Algériens. Né à Lyon en 1962, Vesco s’est installé en Algérie il y a 20 ans et a été naturalisé en 2023.
Son vécu lui a permis de comprendre que l’Algérie est “multiple” et c’est pourquoi il refuse de la voir “enfermée dans des clichés” et rejette cette “tendance à la réduire”.
« L’Algérie est infiniment plus complexe »
“L’Algérie est infiniment plus complexe que la façon dont elle est perçue depuis la France pour certains. Elle a une histoire ancienne. Le fait que le pape vienne aussi pour Saint-Augustin redonne une profondeur à cette histoire. Il y a une histoire chrétienne, pré-chrétienne, pré-islamique et pré-colonisation. Tout cela est dans l’âme des Algériens”, déclare par ailleurs le cardinal à France 24. La mise au point est adressée aux voix en France qui insistent sur la prétendue “fermeture” ou “intolérance” de l’Algérie.
À ceux qui tentent aussi de mêler cette visite à la crise bilatérale Algérie-France, il signifie qu’ils font “fausse piste”.
« Il y a un tropisme français qui pense que la France, d’une manière ou d’une autre, va interférer”, indique-t-il, assurant que les relations entre les deux pays sont « absentes » des considérations du pape, dont la vision est « mondiale » et indépendante des enjeux bilatéraux.
Jean-Paul Vesco ne nie pas que l’Algérie a un “intérêt politique” de recevoir Léon XIV, “mais c’est comme pour tous les pays”. “L’Algérie veut lancer un message d’ouverture”, dit-il. C’est ce message précisément, car susceptible de tordre le cou aux clichés, qui dérange.
“L’Algérie est heureuse et honorée d’accueillir un pape et le fera le mieux possible”, assure l’archevêque d’Alger. Le reste n’est que symptôme d’une obsession qui n’étonne plus.