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« Le peuple algérien se rebelle » : les grands médias internationaux commentent la situation en Algérie

« Le peuple algérien se rebelle » : les grands médias internationaux commentent la situation en Algérie

Plusieurs médias internationaux ont commenté ce jeudi les manifestations se déroulant en Algérie depuis deux semaines contre un cinquième mandat du président sortant Abdelaziz Bouteflika.

« Pour une fois, le peuple algérien extrêmement patient se rebelle », estime le journal britannique Financial Times. « Après avoir enduré dans un silence stoïque des décennies d’abus, les Algériens descendent dans les rues pour faire rage contre la candidature de M. Bouteflika au scrutin d’avril », affirme le journal dans un éditorial publié.

« Si ça avait eu lieu partout sauf en Algérie, quelqu’un – le peuple, l’opposition, les alliés occidentaux- se seraient opposés il y a bien longtemps. C’est un secret de polichinelle que M. Bouteflika est frappé d’incapacité, maintenu uniquement comme une figure de proue derrière laquelle un réseau d’intérêts militaires, de renseignements et d’affaires exercent le contrôle », écrit le Financial Times.

« Jusqu’à il y a quelques semaines, les Algériens avaient largement suivi cette charade de loin. Encore engourdis par le traumatisme de la guerre civile de dix ans durant les années 1990, ils sont restés calmes même lorsque leurs voisins ont été convulsés par les soulèvements de 2011. Cependant, il arrive souvent que l’insulte devienne trop humiliante, même pour ceux qui sont habitués à la douleur. Les Algériens ont atteint ce moment », estime le Financial Times, ajoutant que « l’affront d’un autre mandat présidentielle accordé au dirigeant malade a finalement secouru le pays de l’apathie ».

« Un mécanicien nommé Rachid Nekkaz »

« Abdelaziz Bouteflika a commencé sa campagne pour un cinquième mandat en promettant de ne pas le finir. De telles promesses sont devenues une forme de cliché dans le monde arabe. Hosni Moubarak et Zine el-Abidine Ben Ali, les dirigeants déchus d’Egypte et de Tunisie, ont offert en vain de se retirer plus tard si les manifestants rentraient chez eux », écrit quant à lui le magazine The Economist.

« Le fait qu’un tel invalide puisse gouverner le pays, même pour une année supplémentaire, frappe beaucoup de ses citoyens comme une insulte », estime le magazine britannique. « Mais les Algériens n’auront que peu d’autres options aux urnes le 18 avril. Les principaux blocs d’opposition refusent de présenter des candidats, affirmant qu’ils ne souhaitent pas légitimer le processus », indique le magazine.

« Et si tout cela n’était pas assez ridicule, Rachid Nekkaz entre dans l’affaire. Il ne peut pas se présenter en Algérie, mais peu importe : il a engagé son cousin, un mécanicien également nommé Rachid Nekkaz, pour se présenter à sa place », écrit The Economist.

« Ce n’est pas un remake du Printemps arabe : les manifestants ont des revendications plus étroites et le sens de solidarité panarabe s’est estompé. Mais la tension en Algérie est un autre signe que la stabilité autocratique de la région est illusoire », estime le magazine britannique.

« Après des décennies d’autocratie, les institutions politiques creuses de l’Algérie offrent peu d’alternatives – bien qu’il existe peut-être un mécanicien nommé Abdelaziz Bouteflika qui serait ouvert à un changement de carrière inattendu », ironise en conclusion The Economist.

Le magazine américain Time consacre une partie de son article sur la situation de l’Algérie pour expliquer « la principale idée fausse » concernant les manifestations. « La principale fausse idée est qu’il s’agit d’un signe fort pour la démocratie en Algérie », estime Time.

« Seul un sous-groupe de manifestants veut réformer la politique du pays dans le sens d’une démocratie libérale occidentale. La plupart souhaitent simplement que l’on s’attaque à la corruption d’une certaine manière, et cela commence par mettre Bouteflika à la porte. En d’autres termes, ceci n’est pas un Printemps arabe 2.0 », estime l’influent magazine américain.

« De l’Algérie au Venezuela, les Etats pétroliers ne sont plus équipés pour racheter leurs populations comme ils le pouvaient auparavant. Cela va être encore plus difficile alors que les énergies renouvelables deviennent de moins en moins chères. Sans parler du changement climatique qui obligera des millions de personnes à chercher une vie meilleure au-delà de leurs frontières », indique le magazine. « L’Algérie est un cas unique, certes, mais elle fait également partie d’un récit qui ne fera que s’élargir au cours des décennies à venir », affirme Time.

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