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Le procès du système et du pouvoir de l’ombre

Le procès du système et du pouvoir de l’ombre

Par les passe-droits qui ont entouré l’attribution des autorisations et les multiples avantages et exonérations accordés en dehors du cadre légal, l’industrie naissante de l’assemblage automobile s’est avéré un immense gâteau partagé suivant un critère unique et inique : l’allégeance au cercle présidentiel, laquelle allégeance s’est traduite par la générosité des bénéficiaires dans le financement de la campagne pour le cinquième mandat, et sans doute pour les précédentes.

Les coupables sont d’illustres noms, parmi lesquels un homme, Ahmed Ouyahia pour ne pas le nommer, qui a accompagné le président déchu pendant ses vingt ans de règne, occupant les plus hauts postes de responsabilité, plusieurs fois ministre et Premier ministre, directeur de cabinet à la présidence, chef du deuxième parti du pouvoir.

Il y a aussi Abdelmalek Sellal, lui aussi ancien Premier ministre, plusieurs fois ministre et directeur de campagne de Bouteflika depuis 2004, des ministres, des cadres du ministère de l’Industrie, des hommes d’affaires réputés très proches de l’ancien cercle présidentiel.

La justice s’est saisie du dossier et vient de prononcer le châtiment qu’elle estime juste à l’encontre de tous ceux qui, par leur cupidité, négligence ou incompétence ont contribué à causer ce trou abyssal dans les finances publiques.

La justice s’est saisie du dossier. Le Tribunal de Sidi Mhamed a condamné hier mardi à de lourdes peines de prison les deux ex-premiers ministres, Abdeslam Bouchouareb, Youcef Yousfi, Mahdjoub Beda et des hommes d’affaires. La justice a prononcé le châtiment qu’elle estime juste à l’encontre de tous ceux qui, par leur cupidité, négligence ou incompétence ont contribué à causer ce trou abyssal dans les finances publiques.

Il reste les scandales de l’autoroute Est-Ouest qui a battu tous les records en termes de coût, de Sonatrach où on sait au moins qu’un pot-de-vin de 200 millions d’euros a été versé pour un marché de huit milliards d’euros.

Les procès à venir risquent d’être nauséabonds et d’achever la crédibilité du système politique, s’il lui en reste. Car en jugeant ses responsables corrompus, le système se juge lui-même d’abord et se condamne à la disparition. Si, réellement, la programmation du procès de Sellal et Ouyahia à la veille de la présidentielle visait à convaincre les gens d’aller voter, autant dire que l’effet risque d’être le juste contraire de cet objectif.

Des dirigeants fantoches

Les Algériens qui ont suivi le procès ont retenu quelques détails qui ne font que renforcer leur conviction de la nécessité d’aller, et vite, vers un autre mode de gouvernance.

Abdelmalek Sellal est Premier ministre mais n’a aucune emprise sur Abdeslam Bouchouareb, son ministre de l’Industrie. Des cadres sont membres d’une commission technique mais ce n’est pas leur avis qui compte, mais celui du ministre, le même Bouchouareb.

Sellal, encore lui, dirige officiellement la campagne électorale mais c’est Ali Haddad, sans aucune qualité ou fonction, qui collecte l’argent, le retire à sa guise, le cache dans les locaux de sa société privée.

C’est la facette la plus exécrable du système algérien qui vient d’être dévoilée, preuves à l’appui, au tribunal de Sidi M’hamed : un système où les responsables, parfois au sommet de l’État, occupent officiellement des postes sans exercer la réalité du pouvoir.

On l’aura compris à travers le procès qui vient de s’achever, ceux qui ont bénéficié des largesses du gouvernement ont dû payer une contrepartie à une tierce partie et il est aisé de deviner qu’il s’agit du cercle présidentiel représenté par le frère du chef de l’État qui, officiellement, n’est que conseiller à la présidence. On l’aura compris aussi, la justice, dans les textes indépendante et souveraine, ne pouvait pas bouger sans injonction, laissant la plaie saigner pendant au moins trois ans.

Une telle configuration ne pouvait déboucher que sur une corruption débridée, à large échelle. Cela ne disculpe pas pour autant Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal et tous les hauts responsables condamnés qui ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à mettre en place, à défendre et à renforcer le système qui les broie aujourd’hui sans une once de pitié.

C’est Ouyahia par exemple qui a, par la circulaire qui porte son nom, laissé des officines occultes gérer le marché publicitaire à la place des instances légalement compétentes, afin d’en faire un moyen d’étouffer la presse libre et d’enrichir les copains. Les Algériens qui manifestent depuis neuf mois avaient pris conscience depuis longtemps de l’œuvre dévastatrice du pouvoir de l’ombre et le procès auquel ils viennent d’assister ne fait que renforcer leur conviction. Ils ont surtout compris que l’élection du 12 décembre, telle qu’elle se présente, n’offre pas toutes les garanties d’en finir avec les dirigeants fantoches.


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