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Le Québec interdit le voile à l’école et provoque l’indignation

Au Québec, une nouvelle loi interdisant le voile dans l’éducation met les femmes voilées dans la précarité et suscite l’indignation.

Le Québec interdit le voile à l’école et provoque l’indignation
Après la France, le Québec interdit le voile à l’école et suscite l’indignation. / Par olga / Adobe Stock
Sonia Lyes
Durée de lecture 2 minutes de lecture
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Au Québec, une nouvelle loi visant à renforcer la laïcité dans le secteur de l’éducation affecte de nombreuses travailleuses musulmanes.

En rendant rétroactive au 19 mars la « clause grand-père », censée protéger les droits acquis, la province canadienne replonge des centaines d’employées voilées dans l’incertitude. 

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Certaines femmes disposent désormais de 24 heures pour retirer leur foulard ou renoncer à leur poste. Une approche radicale qui rappelle les tensions autour du hijab qui agitent dangereusement en France.

Au Québec, une nouvelle loi contre le voile bouleverse des carrières

Comme le rapporte Radio-Canada ce lundi 24 novembre, de nombreuses femmes voilées sont menacées de perdre leur emploi en raison de la nouvelle loi qui interdit le port de signes religieux à l’ensemble du personnel scolaire. 

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L’une de ces femmes, technicienne en service de garde au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), a reçu un courriel lui demandant de « s’engager à se conformer » à la loi sur la laïcité.

Elle dispose de 24 heures pour signer un formulaire et accepter d’enlever son voile au travail. En cas de refus d’obtempérer, elle perd la promotion temporaire qu’elle obtient chaque été depuis 4 ans.

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Elle sera aussi retirée de la liste de remplacements et devra revenir à un poste d’éducatrice régulière, moins payée et avec moins de responsabilités.

« Je retourne en arrière… J’étais tellement choquée. Je me suis sentie comme un chiffon jeté. Imaginez de vous faire dire de quitter un travail que vous aimez, pour lequel vous vous donnez à fond. C’est inhumain », confie-t-elle.

Elle a refusé de signer et continue de travailler avec son voile, anxieuse de la suite, la directrice de son école n’étant même pas au courant de ce qui lui est demandé. 

Une autre femme voilée décrit une situation similaire qu’elle dénonce : c’est comme « une menace ».

Elle rappelle d’ailleurs l’état critique du secteur scolaire au Québec : « Le réseau des écoles vit une pénurie de personnel sans précédent. Pour vouloir exclure des éducatrices compétentes, formées et dévouées à cause d’un simple foulard ? ».

Une clause qui exclut au lieu de protéger

Au cœur du problème, la rétroactivité de la clause des droits acquis. Les employées voilées qui pensaient être protégées découvrent qu’elles ne le sont pas. 

La loi prévoit que la « clause grand-père » s’applique dès le 19 mars 2025, date de dépôt du projet de loi 94, et non à partir du 30 octobre, date de son adoption. 

Ainsi, toutes celles embauchées ou qui ont changé d’emploi entre ces deux dates perdent leur protection. 

Le formulaire du CSSDM est clair : « L’interdiction s’applique au personnel embauché après le 19 mars 2025 ou ayant changé de fonction après cette date ». 

Le ministère de l’Éducation confirme que des femmes voilées n’ont en effet bénéficié que de 24 heures de transition, et non d’une année de transition. 

La porte-parole de la Ligue des droits et libertés, Laurence Guénette, décrit une situation « inacceptable ». Elle signale que les personnes concernées voient « leur mobilité professionnelle pratiquement réduite à néant ».

Des renvois à demi-mot aux lourdes conséquences

La colère monte également du côté des directions des écoles. L’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires (AMDES) prévient que les « départs anticipés qui risquent d’entraîner des bris de service » vont être inévitables. 

D’autres groupes du milieu de l’éducation tirent la sonnette d’alarme. Le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), Éric Pronovost, anticipe des départs massifs dans les rangs des éducateurs spécialisés, des surveillantes, des orthophonistes et des préposés aux élèves handicapés, entre autres. 

« C’est sûr que des gens vont quitter le navire de l’éducation, comme si on pouvait se permettre ça en ce moment ! Ça va être majeur Beaucoup de postes ont été comblés sans qu’on avertisse les gens de l’interdiction rétroactive. Clairement, il y a des services qui ne pourront pas être donnés aux enfants », s’inquiète-t-il. 

De son côté, la Fédération des centres de services scolaires du Québec reconnaît que les employeurs ont aussi été mis dans une position intolérable durant les derniers mois.

Ces derniers ne pouvaient pas adapter leur recrutement tant que la loi n’était pas sanctionnée. Désormais, ils doivent annoncer à leurs employées voilées qu’elles vont être rétrogradées ou déplacées.

Un virage qui rappelle sensiblement les débats et les interdits répandus de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe.

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