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Le refus de « l’ingérence étrangère » fait consensus en Algérie

Le refus de « l’ingérence étrangère » fait consensus en Algérie

Les récentes déclarations de dirigeants étrangers sur la situation politique en Algérie ne semblent pas plaire aux manifestants qui réclament du changement.

Vendredi 8 mars, les participants à la marche d’Alger ont exhibé des pancartes avec des slogans écrits en arabe, en anglais et en français critiquant ouvertement la France et les États Unis : « America stay away ! » «Macron occupe-toi de tes affaires », « Macron occupe-toi de tes gilets jaunes », « Libérez l’Algérie de la tutelle française »…

Des mots d’ordre ont circulé sur les réseaux sociaux pour « répondre », ce vendredi 15 mars, au président français Emmanuel Macron qui, dans un tweet, a écrit que la jeunesse algérienne « a su exprimer son espoir de changement avec dignité ». «La décision du président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect », a ajouté le président français.

Un appel a été également lancé pour répliquer à la position américaine sur le mouvement de contestation en Algérie. Robert Palladino, porte-parole du Département d’État, a déclaré, mardi 12 mars, que les Etats Unis surveillaient « de près » les informations sur un report des élections.

« Nous soutenons les efforts de l’Algérie pour mettre en place un nouveau processus sur la base d’un dialogue qui respecte la volonté de tous les algériens et leurs aspirations à un futur pacifique et prospère », a-t-il soutenu.

La Russie semble avoir été épargnée par les manifestants, qui n’apprécient pas les ingérences étrangères. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré, il y a plus d’une semaine, que les événements en cours en Algérie sont « une affaire strictement intérieure d’un pays ami de la Russie ». « Nous souhaitons que les problèmes auxquels l’Algérie est confrontée seront résolus dans le cadre d’un dialogue national », a-t-elle ajouté.

Opposition et manifestants, même vision

Les manifestants rejoignent l’opposition dans le refus de l’implication directe des pays étrangers dans les affaires algériennes. Mercredi 13 mars, des partis de l’opposition, réunie au siège du parti El Adala à Alger, ont exprimé son rejet de toute intervention étrangère, « sous quelque forme que ce soit » dans les affaires internes de notre pays.

« Nous dénonçons la volonté du pouvoir de s’appuyer sur l’étranger pour contourner la volonté du peuple », s’est indignée l’opposition, sans expliquer comment le pouvoir « s’appuie » sur des pays étrangers pour défendre ses projets.

Saïd Sadi, ancien président du RCD, a, pour sa part, critiqué la position de la France qui « à chaque fois se trompe » dans l’analyse de la situation en Algérie.

Le refus de l’ingérence étrangère fait consensus entre les manifestants, l’opposition et le pouvoir.

Ce jeudi, Ramtane Lamamra, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a de son côté, réitéré la position de l’Algérie sur l’ingérence étrangère. « L’Algérie, de par son Histoire, ses convictions et avec toute toutes ses franges sociales et ses différentes obédiences politiques, refuse catégoriquement toute ingérence dans ses affaires internes », a-t-il dit.

Le numéro deux du gouvernement Bedoui a toutefois estimé que l’intérêt porté à l’étranger à ce qui se passe en Algérie était compréhensif. « Les articles parus dans la presse et les déclarations de responsables d’autres pays, sont devenus courants dans notre monde actuel. Même l’Algérie a recours à cela. L’intérêt doit être porté sur la base des relations d’amitié qui nous lient aux autres États », a-t-il ajouté.

Le refus de l’ingérence étrangère fait donc consensus. Les Algériens semblent avoir appris la grande leçon des drames récents dans la région arabe et en Afrique, aggravés en partie par les interventions étrangères.

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