
Le doublement du capital minimum des banques et des établissements financiers, confirmé officiellement dimanche 18 novembre, est-il susceptible de mettre en difficulté certains d’entre-eux et de réduire ainsi le nombre d’acteurs présents sur la place financière nationale ?
Annoncée jeudi dernier aux PDG des banques réunis par le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, la décision du Conseil de la monnaie et du crédit porte le capital minimum requis des banques à 20 milliards de DA contre 10 milliards actuellement, tandis que le capital minimum requis des établissements financiers passe à 6,5 milliards de dinars contre 3,5 milliards actuellement.
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Près d’un milliard de dollars d’IDE supplémentaires en 2009
Il s’agit seulement de la deuxième augmentation en 10 ans sachant que la précédente décision de relèvement du capital minimum des banques datait de décembre 2008. A l’époque, elle avait provoqué une forte entrée de capitaux dans notre pays et fait bondir, au cours de l’année 2009, les IDE à près de 2,9 milliards de dollars. Un niveau record qu’il n’ont plus jamais atteint depuis cette date. Des calculs d’experts avaient estimé l’impact de la mesure à près de 1 milliard de dollars.
Est-ce qu’il en sera encore de même cette fois ci et s’agit-il de l’objectif recherché par les autorités financières algériennes dans un contexte où la balance des paiements continue à afficher des déficits importants ?
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Sans surprise, les explications officielles n’évoquent en tous cas pas cet objectif. Mohamed Loukal a d’abord justifié la décision du Conseil de la monnaie et du crédit (CMC) en évoquant l’ancienneté de la dernière décision de ce type et une nécessaire « mise à niveau en matière de réajustement du nominal par rapport au seuil minimal réglementaire datant d’une décennie ».
Un test pour la solidité financière des banques
Pour le Gouverneur de la Banque d’Algérie il s’agit surtout de « donner à la place bancaire et financière un signal fort en termes de renforcement de son assise financière et, in fine, de sa stabilité, en conférant aussi aux banques et établissements financiers une capacité plus conséquente en matière d’intervention dans le financement de l’économie nationale ».
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Des sources bancaires ont cependant indiqué à TSA que la décision des autorités financières algériennes pourrait ne pas être sans douleur pour nombre de banques et d’établissements financiers, particulièrement privés détenus par les capitaux étrangers.
Pour chaque banque, c’est en effet un apport supplémentaire de 10 milliards de dinars soit près de 85 millions de dollars qui est requis. Les établissements financiers devront de leur côté trouver plus de 25 millions de dollars de ressources supplémentaire pour mettre leur capital à niveau.
Même si le CMC a pris cette fois, contrairement à 2009, la précaution d’accorder un délai de deux années aux institutions concernées pour se conformer à cette nouvelle exigence réglementaire, il s’agit d’un niveau de ressources financières que certaines institutions financières pourraient avoir du mal à se procurer.
Pas de problème pour les grandes banques
Nos sources établissent dans ce domaine une distinction au sein des banques exerçant sur la place financière nationale. Elles précisent que les banques publiques ne sont pas concernées du fait que leur capital est déjà largement supérieur au nouveau seuil minimum.
En revanche la totalité des banques privées auraient aujourd’hui gardé un capital de 10 milliards de dinars. Pour les plus grandes d’entre elles , la nouvelle mesure ne devrait pas non plus poser de problèmes majeurs. « Elles devraient s’en sortir grâce à leurs fonds propres », soulignent nos sources. A l’image de la plus transparente d’entre elle, et de loin, Société Générale Algérie qui affichait en juin dernier des fonds propres supérieurs à 43 milliards de dinars pour l’année 2017.
Des banques comme « BNP Paribas El djazair, AGB, El Baraka, ABC, Natixis ou encore HSBC » seront ainsi en mesure de « puiser dans leurs réserves et de les incorporer dans le capital pour respecter la nouvelle réglementation ».
Sur la quinzaine de banques privées actuellement présentes sur la place seules les plus importantes d’entre elles ont en effet réalisé un réel effort de diversification pour faire face au recul du commerce extérieur. Face à un risque important de perte de rentabilité, elles ont du investir de nouveaux créneaux et trouver des revenus de substitution en s’appuyant notamment sur le développement rapide de leur réseau d’agences.
Fidélisation et élargissement de la clientèle corporate, développement rapide du leasing et politique d’attraction de la clientèle des PME et des professions libérales sont quelques uns des axes de la stratégie de ces « banques privées à réseau » qui tentent de se doter progressivement d’un profil de banque universelle.
Menace sur les « petites » banques privées
La situation pourrait être nettement plus compliquée pour un certain nombre de petites banques privées qui ne disposent pas du même niveau de réserves. Nos sources mentionnent notamment des établissements comme « Fransa bank , Trust bank ou encore la filiale algérienne du Crédit Agricole qui pourrait être dans l’obligation de faire appel à sa Société-mère dans le but de réaliser un apport en capital ».
Et dans ce domaine la partie ne serait pas gagnée d’avance. Le Gouverneur de la Banque d’Algérie a beau avoir assuré jeudi dernier devant les banquiers nationaux que l’ajustement du capital minimum »ne préjuge en rien de la solidité du système bancaire algérien, dans son ensemble, de ses capacités de résilience déjà éprouvées face aux chocs externes, et de sa relative rentabilité », cette dernière justement n’est plus ce qu’elle était voici encore quelques années .
La plupart des banques privées algériennes ont commencé à annoncer des résultats financiers en baisse sensible depuis quelques années. Beaucoup de petits établissements bancaires privés ont, en l’absence d’un réseau suffisamment développé, maintenu au cours des dernières années la priorité réservée au financement du commerce extérieur. Le plafonnement des commissions sur le commerce extérieur mis en œuvre fin juin 2013 par la Banque d’Algérie a amputé sensiblement leurs résultats financiers.
Parmi ces banques pour lesquelles l’activité de financement du commerce extérieur a pu représenter, selon des source fiables, jusqu’à 80% de leur produit net bancaire, le choc a été très dur à encaisser. Selon nos sources, les directions régionales de certaines d’entre elles auraient déjà évoqué au cours des dernières années la possibilité de mettre un terme à leurs activités en Algérie. Pour ces banques, la période à venir s’annonce donc périlleuse d’autant plus que les décisions de plafonnement du financement du commerce extérieur prises par la Banque d’Algérie en 2014 et en 2017 ont encore réduit l’attractivité de la place financière nationale dans ce domaine.