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Les employés du groupe médiatique d’Ali Haddad tirent la sonnette d’alarme

Les employés du groupe médiatique d’Ali Haddad tirent la sonnette d’alarme

TSA

Des journalistes et techniciens du Groupe Media Temps Nouveaux ont organisé, ce mercredi 19 juin, un sit in devant la Maison de la presse Tahar Djaout, à Alger, pour dénoncer la situation difficile du groupe d’Ali Haddad qui comprend les deux chaînes de télévision Dzair TV et Dzair News et les journaux Le Temps et Waqt El Djazair.

« Sahafa hourra démocratia » (Presse libre et démocratique), « Sahafa machi jarima » ( la presse n’est pas un crime), « Nous voulons nos droits », « 400 familles sont menacées », « la bande a programmé le chaos dans le secteur audiovisuel, le temps est venu de tout arranger » étaient parmi les slogans exhibés par les protestataires.

©TSA


« Cela fait presque un mois qu’on organise des rassemblements à l’intérieur du groupe pour discuter de notre situation. Nous avons désigné six représentants pour négocier avec l’administration pour trouver des solutions et reconquérir nos droits. Nous sommes soumis à des pressions psychologiques depuis plus de deux mois. Il y a des menaces de mise à la porte de dizaine de salariés du groupe. Des listes ont même été établies. Nous avons discuté avec l’administration et nous sommes arrivés à blocage. Ils nous ont dit de partir chez nous sans indemnisations. Nous n’avons pas reçu notre salaire. Ils disent qu’il n’y a plus d’argent », explique Kamel Djeffal, journaliste et membre du collectif de coordination pour la sauvegarde du groupe.

« Nous nous sommes engagés à rester objectifs et là nous en payons les frais. Nous n’avons pas cédé aux pressions exercées sur nous depuis le début du hirak. On voulait nous empêcher de diffuser les slogans des marches comme ceux qui critiquaient Bouteflika. Notre résistance a été sanctionnée par le non-payement de nos salaires depuis quatre mois et par le début de licenciement abusif des travailleurs. Une centaine d’entre nous seront mis à la porte dont 23 sont des permanents. Ils veulent que les cent travailleurs soient tous licenciés à la date du 25 juin 2019 », proteste Sidahmed Belluna, journaliste-présentateur de Dzair TV. Et d’ajouter : « Ils veulent fermer Dzair News en disant qu’il s’agit d’une intégration avec Dzair TV. L’administration, qui refuse tout dialogue avec nous et qui ferme les portes, nous a déclaré la guerre ». L’inspection du travail a pris attache, d’après lui, avec la direction du groupe pour vérifier la situation des salariés.

« Les comptes et les projets sont bloqués ! »

« Nous avons de l’inquiétude sur l’avenir du groupe médiatique. Nous nous adressons au pouvoir réel pour trouver des solutions à la situation des médias. Le régime Bouteflika n’a pas voulu organiser le secteur de l’audiovisuel. Sept ans sont déjà passés depuis l’ouverture du secteur sur le privé sans aucune évolution, la loi sur l’audiovisuel n’a pas été mise en application. Il est honteux qu’en 2019 des chaines algériennes, qui emploient des Algériens en Algérie, n’ont pas d’agrément et sont considérées comme des chaînes étrangères », dénonce Mohamed Bergheul, journaliste et présentateur.

Il rappelle que depuis deux ans, le versement des salaires des travailleurs était instable. « Nous avons gardé le silence par solidarité avec la chaine. Mais, aujourd’hui, le contexte a changé avec la mise en détention du propriétaire du groupe pour une affaire de corruption. Il peut rester en prison pendant des années. Nous avons tenté de discuter avec l’administration, ils nous ont dit que les comptes et les projets sont bloqués et que l’argent que l’État devait verser pour des projets exécutés par le groupe (ETRHB) n’a pas été reçu. Les pratiques du pouvoir n’ont pas changé puisque depuis une semaine, les quotidiens Le Temps et El Waqt ne reçoivent plus de la publicité de l’ANEP. Nous avons contacté le ministère de la Communication sans avoir de réponse puisqu’ils nous ont dit qu’ils n’étaient pas au courant. Notre sort est inconnu », souligne Mohamed Bergheul.

« Les gestionnaires menacent de liquider tout le groupe »

Amine Amara, journaliste, demande l’ouverture d’une enquête judiciaire sur « les personnes qui décident de l’arrêt de la publicité » aux médias.

« Ces pratiques de l’ancien système doivent cesser. Nous voulons savoir qui donne l’ordre de ne plus accorder de publicité publique aux médias notamment à Waqt El Djazair et Le Temps. Les autorités disent n’être pas au courant qu’on nous montre alors qui ordonne. Aujourd’hui, les travailleurs sont otages du pouvoir et des propriétaires du groupe », regrette-t-il. Amine Allam, en charge du multimédia du groupe, estime, pour sa part, que les travailleurs rejettent la politique actuelle de gestion des propriétaires.

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« Nous ne comprenons pas le lien qui est établi par la famille Haddad avec les affaires pendantes en justice actuellement. Nous sommes des travailleurs qui n’ont aucun rapport avec cela. Nous avons fait notre travail correctement dès le début du hirak en défendant la voix du citoyen algérien à l’intérieur des rédactions. Les gestionnaires veulent aujourd’hui se venger des journalistes en les empêchant de percevoir leur salaire depuis quatre mois. Ils menacent aujourd’hui de liquider tout le groupe », relève Amine Allam qui annonce que d’autres actions de contestation sont prévues.

Selon les protestataires, le signal de Dzair News a été coupé sur le satellite pour empêcher les travailleurs de diffuser leur appel pour sauver le groupe et pour réclamer leurs droits. Le collectif a publié, le 17 juin 2019, une lettre adressée à l’opinion publique nationale pour l’alerter sur « l’ampleur des pressions professionnelles et financières » « qui pèsent sur le secteur des médias en Algérie en général « et sur le Groupe Media Temps nouveaux en particulier ».

Le collectif demande le départ des « gestionnaires qui ont nui à leurs revendications professionnelles ». « Nous demandons de ce fait de constituer un comité de gestion du groupe composé de ses travailleurs pour gérer la situation actuelle jusqu’à ce qu’il y ait des solutions concrètes, sous l’égide de l’État et par l’ouverture des portes au profit des investisseurs pour reprendre le groupe. Nous souhaitons que cette demande soit appliquée dans l’immédiat, surtout qu’il y a des manœuvres à l’intérieur du Groupe pour pousser les travailleurs à démissionner par des pressions financières et/ou provocations administratives, voire même des harcèlements non déclarés », est-il souligné dans le document, distribué lors du sit in.

Le collectif évoque la nécessité de sauver 400 emplois et exprime sa volonté de bâtir « un média professionnel qui servira les intérêts du pays et suivra la voie du professionnalisme avec une ligne éditoriale équilibrée ».

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