
Liamine Zeroual, président de l’Algérie entre 1994 et 1999, est décédé samedi 28 mars à 84 ans. Alors qu’un deuil national de trois jours a été décrété, un hommage national a été rendu à l’ancien chef de l’État ce dimanche au palais du Peuple à Alger.
Simples citoyens et officiels, en tête desquels le président de la République Abdelmadjid Tebboune, se sont succédé pour saluer une dernière fois celui qui a présidé aux destinées du pays pendant la période la plus cruciale qu’il a eu à traverser depuis l’indépendance.
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Outre le président de la République, les présidents des deux chambres du parlement, le chef d’état-major major de l’ANP, les membres du gouvernement, de hautes cadres de l’État et de l’armée, des parlementaires, des acteurs de la classe politique et de la société civile et de simples citoyens ont tenu à se recueillir devant la dépouille du défunt et témoigner leur reconnaissance à l’ancien chef de l’État. Sur place, le président Tebboune a signé le registre de condoléances ouvert pour la circonstance.
Ceux qui sont venus au palais du Peuple et ceux qui ont suivi la cérémonie, retransmise en direct par la télévision publique pendant tout l’après-midi de ce dimanche, ont tous en mémoire les discours, brefs mais fermes et rassurants, du président que fut le défunt dans les moments de peur et d’incertitude de la deuxième moitié des années 1990.
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Liamine Zeroual a eu l’hommage dû à son rang d’ancien président de la République, mais aussi à son parcours, qu’il a entamé, adolescent, dans les maquis des Aurès, jusqu’à la plus haute fonction de l’État dans une période difficile de la vie de la nation, en passant par une prestigieuse militaire.
Il n’y aura toutefois pas de cortège dans les rues d’Alger jusqu’au cimetière d’El Alia comme c’est d’usage pour les funérailles des anciens présidents de la République. Conformément à sa dernière volonté, Liamine Zeroual sera inhumé dans sa ville natale de Batna, à quelque 400 kilomètres à l’est d’Alger, là où il a vécu dans la simplicité le dernier quart de siècle de sa vie.
C’est une première dans l’histoire de l’Algérie dont tous les anciens présidents reposent côte à côte au carré des Martyrs du grand cimetière de l’Est de la capitale, y compris ceux qui ont assuré un court intérim au plus haut poste de l’Etat.
Le décès de Liamine Zeroual met fin à une exception algérienne
C’est la dernière exception dans le parcours de Zeroual, mais pas la première. En 1998, alors qu’il avait été confortablement élu trois ans plus tôt, il a décidé, à la surprise générale, d’écourter son mandat, officiellement pour favoriser l’alternance au pouvoir.
Beaucoup de choses ont été dites sur les raisons réelles de la démission de Liamine Zeroual, mais quel qu’en sera le verdict de l’Histoire, son geste demeure une exception en Algérie et une rareté en Afrique et dans le monde arabe où les mandats sont souvent à vie quand ils ne sont pas écourtés par des coups d’État ou des révolutions violentes.
Liamine Zeroual est venu au pouvoir dans des circonstances tout aussi particulières. Ancien militaire, il a été brusquement arraché à sa retraite pour assurer d’abord les fonctions de ministre de la Défense nationale en 1993, puis celles de chef de l’État non élu une année plus tard. En 1995, il a été élu président de la République au suffrage universel. Un poste qui ne faisait pas courir alors que le pays était ravagé par la violence terroriste.
A son départ en 1999, Zeroual a choisi de faire encore une entorse aux usages en choisissant de s’installer à Batna et d’y mener une vie de simple citoyen. La légende lui prête même des parties interminables de dominos avec ses voisins et amis retraités.
Le décès de l’homme aux multiples exceptions met fin, paradoxalement, à une autre exception, algérienne cette fois, qui aura duré plus de soixante ans.
Depuis 1965 et l’éviction du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, le pays a toujours compté au moins un ancien président en vie.
Il est arrivé même sous le long règne de Abdelaziz Bouteflika (1999-2019) que cinq anciens présidents ou présidents intérimaires cohabitent, tous en Algérie et aucun en exil (Ahmed Ben Bella, Rabah Bitat, Chadli Bendjedid, Ali Kafi et Liamine Zeroual).
Une telle sérénité ne se rencontre pas dans les pays du tiers-monde. Elle est propre aux grandes démocraties occidentales et particulièrement aux États-Unis à cause évidemment de la limitation constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels.