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Libye : Washington recompose les équilibres entre l’Est et l’Ouest, les enjeux pour l’Algérie et la Tunisie

Les États-Unis s’impliquent dans la résolution du conflit libyen en recomposant les équilibres entre l’Est et l’Ouest. Pour l’Algérie et la Tunisie, les enjeux sont importants.

Libye : Washington recompose les équilibres entre l’Est et l’Ouest, les enjeux pour l’Algérie et la Tunisie
Pour l’Algérie, la question libyenne touche à sa sécurité / Source image : DR pour TSA
Amar Belani
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Les discussions américano-libyennes de septembre ont relancé le dossier libyen. Washington pousse Tripoli et Benghazi vers un arrangement politique, économique et sécuritaire qui permettrait de réunifier les institutions et d’ouvrir la voie à des élections nationales.

C’est sur le terrain de la sécurité que les avancées semblent aujourd’hui les plus concrètes. Fin septembre, le conseiller de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a fait état de progrès dans la coordination entre l’Est et l’Ouest et a appelé à aller plus loin. L’approche américaine consiste à accompagner le rapprochement politique par une intégration progressive des appareils sécuritaires.

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Plusieurs textes adoptés récemment viennent soutenir cette dynamique. L’accord politique du 30 août prévoit une réorganisation de la Haute Commission électorale ainsi qu’une adaptation du cadre juridique des élections.

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La Chambre des représentants de l’Est l’a depuis approuvé. De son côté, le mécanisme « 4+4 » a débouché sur un accord que Boulos considère désormais prêt à être appliqué. La Turquie a également contribué à relancer le comité mixte « 6+6 », chargé de travailler sur les lois électorales.

Washington, Ankara et l’ONU disposent ainsi de plusieurs canaux de dialogue entre les deux camps pour avancer sur l’unification des institutions et des structures de sécurité.

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Dans cette recomposition, l’Égypte joue sa propre partition. Le Caire entretient des relations étroites avec l’Est tout en maintenant le contact avec Tripoli.

Il défend officiellement l’unité territoriale de la Libye, une solution libyo-libyenne et le départ des forces étrangères et des mercenaires. L’Égypte entend aussi préserver une place particulière dans toute future architecture sécuritaire, compte tenu de sa frontière avec la Libye et de ses intérêts importants dans l’Est, qu’ils soient liés à la sécurité nationale, à l’économie ou à la main-d’œuvre.

De leur côté, Alger et Tunis défendent une approche proche, même si leurs préoccupations ne sont pas exactement les mêmes. Avec l’Égypte, les deux pays ont maintenu leur mécanisme de concertation sur la Libye afin de soutenir une solution politique libyenne, préserver l’unité du pays et limiter les ingérences extérieures. Ce cadre leur permet de faire entendre la voix des pays voisins alors que les initiatives américaines, européennes et moyen-orientales se multiplient.

Pour l’Algérie, la question libyenne touche à sa sécurité

Pour l’Algérie, la question libyenne touche avant tout à la sécurité de sa longue frontière méridionale. Alger redoute qu’une Libye fragmentée ou fortement militarisée ne favorise les trafics et la circulation des groupes armés dans l’ensemble de la bande sahélienne. Sa position reste fondée sur quelques principes constants.

Pas de solution militaire, un processus conduit par les Libyens eux-mêmes sous l’égide des Nations unies, des élections comme issue politique et le départ des forces et des mercenaires étrangers.

Longtemps plus proche des autorités de Tripoli que du camp de l’Est, Alger observe avec attention le rôle croissant de Washington et d’Ankara. Elle cherche surtout à éviter qu’un éventuel arrangement négocié sans les pays voisins ne marginalise leurs intérêts directs.

Quels enjeux pour la Tunisie ?

La Tunisie est confrontée à des enjeux tout aussi concrets. Le commerce transfrontalier, l’économie des régions du Sud et la stabilité du poste de Ras Jedir dépendent directement de la situation en Libye.

Tunis maintient une position de neutralité à l’égard des deux camps et privilégie le dialogue libyo-libyen. Cette retenue lui permet de conserver des relations avec l’ensemble des acteurs. Dans le mécanisme tripartite, Alger apporte son poids politique tandis que Tunis conserve une position d’équilibre. L’objectif commun est surtout de préserver un espace de concertation entre les pays voisins au moment où les grandes puissances cherchent elles aussi à peser sur l’évolution du dossier.

La Turquie occupe une place particulière dans cette équation. Elle reste le principal partenaire militaire de Tripoli, mais son dialogue avec Washington s’est intensifié.

Massad Boulos a rencontré Hakan Fidan en septembre pour évoquer le processus politique libyen. Ankara a également contribué à la relance du comité « 6+6 ». Une réunification des institutions libyennes paraît donc difficile à envisager sans tenir compte du rôle turc. La Turquie conserve une influence importante à Tripoli et ses relations avec les acteurs de l’Est se sont également développées.

Les Européens poursuivent, eux aussi, leurs propres objectifs. L’Italie concentre son attention sur la migration, l’énergie et la sécurité en Méditerranée. La France s’appuie sur le processus des Nations unies tout en préservant ses intérêts diplomatiques, énergétiques et sécuritaires. Le Royaume-Uni participe aux consultations internationales et soutient la feuille de route de l’ONU.

L’exercice maritime SEABORDER 2026, organisé dans le cadre du 5+5 Défense, illustre cette coopération qui dépasse désormais le seul terrain diplomatique et touche également au domaine sécuritaire et militaire entre plusieurs pays méditerranéens.

La question du pétrole libyen : qui va contrôler les revenus ?

Reste la question du pétrole, qui demeure au cœur du rapport de force. Unifier les institutions financières et budgétaires revient aussi à déterminer qui contrôle les revenus pétroliers. Les tensions récentes autour des infrastructures montrent combien cet équilibre reste fragile.

Washington et les Européens recherchent avant tout la stabilité de la production. Pour les Libyens, la maîtrise des revenus pétroliers demeure l’un des principaux leviers du rapport de force entre l’Est et l’Ouest.

Aucun accord global n’est encore conclu et les perspectives restent prudentes. Les accords intervenus en septembre ont surtout ouvert de nouveaux canaux de dialogue. Ils ne signifient pas pour autant que la réunification est acquise.

Tout dépendra désormais de leur mise en œuvre. Le premier enjeu sera le calendrier électoral, puisque la réorganisation de la Haute Commission électorale et l’adoption des lois par le comité « 6+6 » conditionnent la possibilité d’organiser un scrutin national.

Le deuxième enjeu sera sécuritaire. Faire dialoguer des forces rivales est une chose. Les intégrer dans une même structure en est une autre. Le troisième concerne les revenus pétroliers, qui restent le véritable nœud du rapport de force entre les deux camps.

Le processus devrait donc avancer par étapes, avec des progrès qui peuvent à tout moment être remis en cause. La convergence ponctuelle de Washington, d’Ankara et du Caire peut faciliter certaines avancées. À l’inverse, un incident autour des infrastructures pétrolières ou un blocage budgétaire pourrait rapidement ralentir la dynamique engagée.

Le débat libyen ne porte plus seulement sur le maintien du cessez-le-feu. Il porte désormais sur la construction d’un nouvel équilibre institutionnel et sécuritaire entre l’Est et l’Ouest. Et, plus que les textes adoptés ces dernières semaines, c’est leur application sur le terrain qui déterminera la suite.

*Ancien ambassadeur d’Algérie

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