Société

L’Internet perturbé pour cause de Bac : n’y a-t-il pas d’autres solutions ?

L’accès à Internet a été réduit, sinon coupé en Algérie hier dimanche 13 septembre et ce lundi matin, premier et deuxième jours des épreuves du Bac. Il en sera ainsi pendant les trois prochains jours, comme cela a été le cas ces quatre dernières années.

Pour éviter la triche des candidats, on procède à la coupure d’Internet. Dans les premières années qui avaient suivi le lancement de la 3G de la téléphonie mobile, fin 2013, et la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, des cas de fraude avaient été signalés, parfois à grande échelle, allant de la fuite des sujets la veille de l’examen sur les réseaux à la transmission des bonnes réponses à partir de l’extérieur aux candidats se trouvant dans les salles.

Les autorités avaient le souci de préserver la crédibilité de l’examen scolaire le plus important, car ouvrant les portes de l’université. L’intention était louable.

La plus simple était de bloquer l’accès Internet, pour éviter toute connexion aux réseaux sociaux et autres messageries utilisés par les fraudeurs pour transmettre et recevoir les bonnes réponses.

Depuis, le code pénal a été amendé et de sévères sanctions allant jusqu’à la prison ferme sont prévues pour lutter contre le phénomène de la fraude au Bac. Des compagnes de sensibilisation des candidats sur les risques encourus par les tricheurs ont été lancées, mais le cœur du dispositif de répression n’a pas été touché, en dépit des promesses de réformes des autorités.

La coupure d’Internet est une solution qui ne prend guère en compte les désagréments qu’elle peut générer pour l’économie et la société. Bloquer des pans entiers d’activité pendant cinq jours a un prix économique élevé. De surcroît en cette année particulière qui a vu de nombreuses entreprises verser dans le télétravail pour cause de crise sanitaire de Covid-19.

Le commerce électronique et les paiements en ligne n’en sont encore, certes, qu’à leurs balbutiements en Algérie, mais les sociétés sont de plus en nombreuses à faire des services en ligne leur cœur de métier (sites de vente et services de taxi en ligne notamment). Que devront-elles faire pendant ces cinq jours ?

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S’attaquer au vrai problème : pourquoi les élèves trichent-ils ?

Les banques, les compagnies d’assurance et même des administrations proposent des services en ligne, comme le retrait de certains documents.  Si l’on n’opte pas pour autre chose que cette solution de facilité, le problème risque de se poser avec d’autant plus d’acuité dans les années à venir que cette tendance à la numérisation devrait s’accélérer.

Qu’en sera-t-il surtout du programme de relance annoncé par les autorités publiques, dans lequel des espoirs réels sont fondés sur la numérisation de l’administration et l’apport des start-up et de l’économie de la connaissance ? A maintes reprises, le président Abdelmadjid Tebboune a demandé au gouvernement d’accélérer le « processus de numérisation des secteurs et départements ministériels et assurer un raccordement entre ces derniers en vue de leur permettre d’échanger les données et de rattraper le retard enregistré en matière de numérisation de départements vitaux, appelés à fournir à l’Etat des indicateurs économiques dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle approche économique. »

Un tel projet peut placer définitivement l’Algérie sur la voie de la modernité, mais ne s’accommoderait pas d’une qualité de services internet médiocres pendant toute l’année et inexistants épisodiquement.

Le recours à une telle option extrême est d’autant plus incompréhensible qu’il ne garantit pas l’absence totale de fraude qui, faut-il le rappeler, a toujours existé dans les examens scolaires, avant même l’apparition des terminaux modernes de communication.

La réquisition des smartphones et des montres connectées pouvait bien suffire pour réduire drastiquement les cas de triche par ces nouveaux gadgets. Des brouilleurs peuvent être installés dans les centres d’examen, et cela coûterait largement moins cher à l’Etat que de couper carrément l’accès à Internet.

Quant au risque zéro, il ne peut exister ni dans les salles d’examen ni ailleurs.

La vraie solution serait peut-être d’attaquer une sérieuse réforme du bac et de toute l’institution éducative. Bloquer des secteurs entiers pendant cinq jours et faire de la triche un point de fixation est comme une reconnaissance que le phénomène ne se limite pas à des tentatives isolées.

C’est surtout un aveu que l’école algérienne a failli dans sa mission d’éducation en formant des « tricheurs » en grand nombre. Il faut apprendre aux élèves, dès le primaire, que la fraude et la triche ne mènent jamais vers le succès véritable.

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