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L’Italie sera dirigée par un gouvernement populiste hostile à l’immigration

L’Italie n’aura pas échappé à la montée du populisme en Europe. Le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti antisystème, et la Ligue (ex-Ligue du nord, formation d’extrême droite), ont remporté 49% des suffrages – respectivement 32% et 17% des voix – lors des élections législatives du 4 mars.

Presque trois mois après ce scrutin, les deux formations sont maintenant sur le point de composer un gouvernement de coalition dont les chefs respectifs, Luigi di Maio (M5S) et Matteo Salvini (la Ligue) s’étaient entendus pour ne pas briguer le poste de président du Conseil, en raison de multiples désaccords et de l’insuffisance de leurs scores respectifs aux législatives.

Après de longues tractations, les deux chefs de file ont donc soumis le nom de Giuseppe Conte à l’approbation du président italien, Sergio Mattrella, pour diriger le gouvernement.  A 54 ans, Giuseppe Conte, professeur de droit sans expérience de la politique suspecté d’avoir gonflé son CV, a été nommé mercredi 23 mai chef du gouvernement. C’est un proche du chef de file du M5S Luigi Di Maio.

Quant aux leaders des deux partis, ils se réserveraient des postes stratégiques au gouvernement : l’Économie pour Luigi di Maio, et l’Intérieur pour Matteo Salvini.  Les deux formations ont également présenté, vendredi 18 mai, un « contrat de gouvernement », qui a été largement approuvé par leurs bases.

Deux formations politiques opposées de prime abord 

Les lignes politiques originelles de ces deux formations, le M5S et la Ligue, sont à l’origine opposées sur l’échiquier politique italien.

Le Mouvement 5 étoiles, est d’abord un mouvement social fondé en 2005 par un célèbre humoriste, Beppe Grillo, puis rejoint en 2009 par un informaticien, Gianroberto Casaleggion, décédé en 2016. À l’origine, ce mouvement qui se présente comme anti-élites, antisystème, campant sur une ligne ni de droite ni de gauche, milite contre la corruption de la classe politique italienne mais aussi, après la crise financière de 2008, contre l’austérité.

Le M5S a dans son programme cinq priorités : retour au public de la gestion de l’eau, zéro déchets, transports publics pour tous, énergies renouvelables et wifi gratuit.

Peu de points communs, de prime abord avec la Ligue, qui est un parti d’extrême-droite bien établi, fondé par Umberto Bossi en 1989 avec la fusion de onze mouvements autonomistes et régionalistes du nord de l’Italie. Initialement appelée Ligue du nord jusqu’en 2013, en raison de son antagonisme avec l’Italie du sud, qu’elle désigne comme un fardeau pour le nord en jouant sur le préjugé d’une fainéantise supposée, la Ligue marque une hostilité  à l’immigration, thème central de sa campagne.

Officiellement peu de liens donc entre les deux partis mais il faut toutefois rappeler que Beppe Grillo a – à plusieurs reprises – entretenu le flou sur les questions d’immigration, prônant par exemple le durcissement des critères de droit d’asile. Notons également que le M5S a un temps côtoyé le parti europhobe britannique Ukip au Parlement européen.

L’immigration, pierre angulaire du programme commun 

L’immigration tient une place importante dans le programme commun. La Ligue a mené sa campagne électorale avec les slogans de « Les Italiens d’abord » ou « Stop à l’invasion ». Matteo Salvini, qui brigue le poste stratégique de ministre de l’Intérieur, promet un durcissement radical de la politique migratoire de l’Italie.

Le programme prévoit ainsi l’expulsion de 500 000 personnes en cinq ans soit 100 000 par an et la fermeture des frontières. La Ligue prône aussi l’usage de la légitime défense pour lutter contre l’immigration clandestine.

L’Italie – qui a reçu 600 000 migrants depuis 2014 – est aux avant-postes des routes migratoires passant par le sud de l’Europe. L’ouverture de centres d’enregistrement des migrants dans le sud italien a participé à l’implantation sur le territoire du discours xénophobe de la Ligue.

Ceci a aussi favorisé la montée de figures eurosceptiques au sein du M5S alors que sa base n’est pas forcément favorable à une politique migratoire restrictive. D’ailleurs les discussions entre les deux formations concernant leur programme commun avaient achoppé sur les méthodes proposées par la Ligue jugées trop brutales par le M5S alors même que Luigi di Maio, le leader du M5S avait proposé un objectif « zéro migrant » car selon lui, « l’Italie n’est pas le camp de réfugiés de l’Union européenne ».

Le ton est donc donné, aussi bien aux partenaires européens qu’aux voisins du sud de l’Italie, notamment les pays du Maghreb, qui risquent d’être confrontés à davantage de pression du futur gouvernement italien concernant la question migratoire. Une pression qui devrait se traduire très rapidement par des restrictions en matière de visas.

Relations algéro-italiennes

Quid des relations futures entre Alger et Rome ? L’Algérie et l’Italie sont liées par un traité d’amitié depuis 2003. Les relations entre les deux pays, d’ordinaire cordiales, sont surtout dominées par la coopération énergétique et les migrations.

Concernant l’énergie, l’Algérie assure 30% des approvisionnements en gaz de l’Italie, les deux pays étant liés par des contrats à long termes qui arrivent à échéance en 2019.

L’Italie, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnements en gaz, avait en 2017 fait planer le doute quant à sa volonté de reconduire ces contrats gaziers, en raison d’un projet de gazoduc venant de l’Azerbaïdjan et d’une inquiétude italienne sur la capacité de l’Algérie, confrontée à une demande interne en hausse, à livrer du gaz dans le futur.

Finalement, le gouvernement italien de l’époque a vite fait de rassurer l’Algérie sur son intention de reconduire ces contrats gaziers qui sont d’ailleurs en cours de renégociation pour une durée de 10 à 15 ans au lieu de 25 auparavant.

Volet énergétique 

Le futur gouvernement italien, souhaitant augmenter la part des énergies renouvelables et pouvant-être confronté à des difficultés financières à l’avenir, serait-il tenté de remettre en cause ces négociations ? D’autant plus que le nouveau gouvernement voudrait un vrai partenariat avec la Russie, dont le gaz est un concurrent du gaz algérien.

Même si la fiabilité de l’Algérie en termes de livraisons de gaz, grâce à ses gazoducs intercontinentaux, rend cette éventualité peu probable, le gouvernement algérien devra rester vigilant par rapport à cette question.

Ce gouvernement pourrait aussi se saisir du dossier du rachat à Exxon Mobil de la raffinerie d’Augusta en Sicile par Sonatrach pour près de 700 millions de dollars. Ce rachat suscite l’inquiétude en Sicile des syndicats pour l’avenir des emplois sur site et d’associations écologiques.

Concernant la migration, même si en forte baisse depuis le début des années 2000, l’immigration clandestine en provenance d’Algérie reste une réalité, notamment en provenance des côtes de l’est algérien. Malgré une surveillance constante de son espace maritime, il se pourrait que l’Algérie soit quand-même confrontée à des demandes qui risquent de se faire plus pressantes de la part du futur gouvernement italien à ce sujet.

Tout comme la tentation de ce dernier d’expulser des Algériens en situation irrégulière en Italie se fera plus forte. Seulement, l’Algérie et l’Italie étant liées par un accord de réadmission depuis 2000, cette tentation risque de se heurter à l’intransigeance habituelle des autorités algériennes à ce sujet qui tiennent aux dispositions de ce type d’accord sur la nécessité d’établir formellement la nationalité de la personne concernée.

Toujours sur la migration, plus de 2500 Algériens seraient détenus dans les prisons italiennes dont l’écrasante majorité le serait en raison de leur séjour illégal en Italie, selon la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH). Ces détenus subiraient parfois des conditions de détentions déplorables, faisant face à un manque d’assistance juridique et médicale alors que les conditions d’hygiène dans certains lieux de détentions seraient catastrophiques en raison de l’absence d’installations d’assainissement et de système de chauffage.

Voici un autre défi auquel le gouvernement algérien, à travers ses services consulaires en Italie, risque d’être confronté.

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