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Marches de Bejaïa : les leçons d’une mobilisation

Marches de Bejaïa : les leçons d’une mobilisation

En l’espace de deux jours, Bejaïa a vu ses rues envahies de monde à l’occasion de deux marches populaires. La première, lundi 10 décembre, a été organisée à l’appel du Comité pour la libération du blogueur Merzoug Touati. Et la deuxième, hier mardi, a été le fait de la Coordination des comités de soutiens pour la levée du blocage des projets du groupe privé Cevital.

D’objets différents, ces deux manifestations de rue présentent deux similitudes au moins. D’abord, l’adhésion de la population. La première a drainé plus d’un millier de marcheurs et la seconde, plus grandiose encore, a attiré les grandes foules estimées par certaines parties à des dizaines de milliers de personnes venues soutenir un homme d’affaires alors que les Algériens sont connus pour leur méfiance vis-à-vis des grosses fortunes perçues, à tort ou à raison, comme des voleurs et pilleurs des richesses du pays.

Un démenti cinglant, en somme, aux « analystes » qui se plaisent à épiloguer sans discontinuer sur le souverain désintérêt des Algériens pour la chose publique. Certes, ils se détournent de la politique politicienne et autres initiatives douteuses mais pas des causes justes et utiles.

Deuxième similitude entre les deux marches : elles se sont déroulées dans le calme le plus total et pas un seul incident, aussi minime soit-il, ne les a émaillées. Les participants aux deux actions se sont distingués, pour ainsi dire, par un grand esprit de responsabilité et un remarquable civisme qui forcent le respect et doivent être une source de fierté nationale.

Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur les vraies motivations du gouvernement et de ses représentants locaux qui interdisent à tout va la moindre expression publique même les inoffensifs cafés littéraires. La dernière interdiction en date est une conférence que devait animer à Bejaïa justement la Ligue algérienne de défenses des droits de l’homme (LADDH) pour célébrer….le 70e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Quelques jours avant, une marche que devait organiser le même Comité pour la libération du blogueur Merzoug Touati, le 20 novembre dernier, à Bejaïa encore, n’a pas échappé elle aussi à l’interdiction avec à la clé plusieurs arrestations dans les rangs des manifestants dont des journalistes.

Mais pourquoi cette peur bleue des actions de la rue ? Une chose est sûr l’argument des débordements est tout bonnement injustifié. La preuve ? Deux marches viennent d’être organisées dans une région pourtant réputée frondeuse, la Kabylie, sans que l’ordre public ne soit troublé. Même à Alger, de jeunes Algérois, ayant pu échapper à la vigilance des policiers, ont spontanément organisé, le 29 novembre à Alger, une marche, non encadrée qui plus est, contre la Harga sans que la moindre vitre ne soit cassée.

Qui a dit que les Algériens ne sont pas prêts pour la démocratie ? C’est à se demander si ce n’est pas le pouvoir plutôt qui n’est pas prêt à faire face à la critique que suscitera immanquablement une parole libérée et à donner des comptes sur sa gestion des affaires de la cité.

 

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