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Maroc : les exportations agricoles vers la France menacées

Les exportations de produits agricoles marocains vers la France pourraient être durement affectées par une nouvelle mesure française.

Maroc : les exportations agricoles vers la France menacées
Maroc : les exportations de produits agricoles vers la France menacées. / Par issam. / Adobe stock
Djamel Belaid
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Les imposantes manifestations des agriculteurs français contre le Mercosur ont amené le gouvernement français à réagir.

Le premier ministre français, Sébastien Lecornu a indiqué dimanche 4 janvier qu’« un arrêté sera pris dans les prochains jours, à l’initiative de la Ministre de l’agriculture Annie Genevard, pour suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe ». Les exportations de produits agricoles marocains vers la France pourraient être sérieusement impactées. 

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Parmi les pesticides visés, il a cité :« mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime. » 

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A cela s’ajoute selon Sébastien Lecornu « des contrôles renforcés seront réalisés par une brigade spécialisée pour garantir le respect de nos normes sanitaires. » 

Le premier ministre français précise qu’il s’agit d’une « première étape pour protéger nos filières et nos consommateurs et lutter contre la concurrence déloyale, véritable enjeu de justice et d’équité pour nos agriculteurs. »

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Au Maroc, des produits interdits vendus sur le marché parallèle

En juillet 2024 le ministre marocain de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, a tenu à être présent à journée organisée par l’Association Marocaine des Distributeurs et Revendeurs de Produits Phytosanitaires (AMDRP).

Également présent dans la salle, Rachid Benali, le président de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et de Développement Rural (COMADER). En février 2025, lors du Salon international de l’Agriculture de Paris, celui-ci avait développé les actions de lobbying en faveur de l’exportation des produits agricoles de son pays vers la France.

La réunion avait pour but la réduction de l’utilisation de pesticides sur les fruits et légumes, notamment ceux destinés à l’exportation, relate le média en ligne AgriMag. 

Au Maroc, il existe une législation visant à contrôler l’utilisation des matières actives, cependant les opérateurs s’inquiètent du secteur informel.

Ils ont ainsi dénoncé la persistance de « La contrebande et la contrefaçon estimées entre 10% et 15% du marché [des pesticides] », le peu de moyens dont « disposent les services des homologations », les marchands ambulants et « les risques qu’ils représentent » mais surtout : « Des produits retirés, donc interdits à la vente, existent encore sur le marché parallèle. »

Il a été ainsi détaillé que « certains magasins achètent, pendant la période autorisée à leur écoulement, des quantités importantes de produits retirés, pour les stocker en vue de les commercialiser plus tard à 3 voire 10 fois leurs prix habituels ». Les produits de substitution sont souvent beaucoup plus chers que les anciennes matières actives retirées du marché et la tentation de continuer à les utiliser est grande chez certains agriculteurs peu scrupuleux.

Les participants à cette journée ont dénoncé que « certaines matières actives interdites pour tout usage agricole à cause de leur degré de toxicité, sont encore utilisées ».

Des contrôles positifs aux frontières 

En octobre 2025, sous le titre « De nombreux résidus dans les tomates espagnoles et marocaines » la revue française UFC Que Choisir qui est publiée par l’Union fédérale des consommateurs a tiré la sonnette d’alarme.

Elle a alerté à propos des « Perturbateurs endocriniens avérés, cancérigènes suspectés… de nombreux résidus de pesticides à éviter se retrouvent dans les tomates non labellisées bio. En particulier si elles viennent d’Espagne ou du Maroc. » 

La revue rappelait les résultats de tests réalisés par les autorités françaises en 2019, 2021 et 2022 et faisait état « sur 120 tomates françaises, 21 espagnoles et 33 marocaines, [de] la contamination de ces dernières par des résidus de pesticides. »

UFC-Que Choisir ajoutait que « si l’on se concentre uniquement sur les molécules aujourd’hui officiellement reconnues comme dangereuses pour la santé par les autorités européennes (cancérigènes, perturbateurs endocriniens…), 6 % des tomates conventionnelles françaises en étaient porteuses, contre près de 40 % de celles importées d’Espagne ou du Maroc. » 

Tomates marocaines saisies en Europe

Les contrôles aux frontières européennes sont souvent l’occasion de saisir des produits agricoles du Maroc. C’était le cas le 10 septembre 2025, les autorités néerlandaises ont alors signalé puis retiré du marché un lot de tomates cerises marocaines intercepté pour cause de « contamination métallique » via le système d’alerte rapide RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed).

Ce réseau d’alerte a été mis sur pied en 1979 et il vise à faire circuler l’information sur les risques sanitaires liés aux aliments entrant au niveau de l’Union européenne (UE).

A la mi-septembre le site Team AgriMaroc.ma reconnaissait pour l’année en cours 9 alertes émises pour des produits frais dans l’UE et qui « concernaient des produits en provenance du Maroc ».

Fin octobre Team AgriMaroc.ma totalisait entre 2020–2025 jusqu’à 49 notifications émises par le système RASFF qui « concernaient des produits marocains ».

Le mancozèbe classé cancérogène utilisé au Maroc

A lui seul, le mancozèbe illustre les dangers des premières générations de pesticides. Ce fongicide est notamment utilisé pour combattre le mildiou de la tomate et est interdit depuis 2021 par l’UE. 

L’Institut français de recherche et de sécurité (INRS) a mis en évidence des effets cancérogènes et fœtotoxiques sur des rats.

Il est parfois utilisé en combinaison avec le carbendazime afin d’obtenir un plus large spectre d’action pour protéger les cultures contre diverses maladies fongiques.

En août 1998 le bulletin technique n° 47 du ministère marocain de l’agriculture faisait état de l’intérêt de l’utilisation du mancozèbe sous serre mais s’inquiétait déjà de surdosages.

Que ce soit dans la région d’Agadir ou à Dakhla au Sahara occidental occupé, la spécialisation dans la monoculture de la tomate sous serre favorise le cortège des nombreux parasites liés à cette culture.  

En 2019, lors d’un reportage publié par la revue spécialisée Réussir, à Dakhla, des producteurs se plaignaient des « maladies fongiques ». 

Afin de réduire l’emploi massif de pesticides, Réussir relevait que « Certains groupes de producteurs ont opté pour la lutte raisonnée, d’autres pour la lutte intégrée » notamment contre : « Tuta absoluta, la mouche blanche et le thrips ». 

A travers l’annonce du premier ministre français d’un arrêté pour suspendre l’importation de produits contaminés par des résidus de substances interdites en Europe, la France compte intensifier les contrôles. La filière fruits et légumes du Maroc pourrait être sérieusement impactée.

Lien permanent : https://tsadz.co/m1epc

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