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Maroc : une fin d’année sous le signe de la répression

L’année 2019 se termine mal pour les libertés au Maroc: arrestations, condamnations et châtiments se multiplient contre les voix dissidentes, éclipsant toute tentative du pouvoir de proposer des solutions alternatives…

Chabi Ouardia
Durée de lecture 2 minutes de lecture
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L’année 2019 se termine mal pour les libertés au Maroc: arrestations, condamnations et châtiments se multiplient contre les voix dissidentes, éclipsant toute tentative du pouvoir de proposer des solutions alternatives à un avenir qui s’assombrit

Le 25 décembre, nous apprenions la convocation de notre ami et confrère Omar Radi par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Le lendemain, dans une procédure expéditive, le journaliste, après un bref interrogatoire, est présenté devant le procureur du roi qui l’envoie en comparution immédiate devant un juge. Il attend en cellule l’ouverture de son procès fixée au 2 janvier. Chef d’accusation retenu : « outrage à magistrat », pour des tweets publiés neuf mois auparavant fustigeant les lourdes condamnations prononcées contre les détenus du Hirak rifain. Le journaliste y exprimait des idées que beaucoup partagent sur la réalité d’une justice d’abattage.

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On reproche donc à Omar Radi d’avoir osé critiquer publiquement la justice, et plus spécifiquement le juge Lahcen Tolfi qui a eu les faveurs d’un portrait indulgent dans la presse. Plutôt un prétexte pour faire taire un journaliste qui agace le pouvoir…

En cette fin d’année, le cas Radi est loin d’être isolé. Le jour de son arrestation à Casablanca, la justice condamnait à Settat le youtubeur Mohamed Sekkaki, alias « Moul Kaskita » à une peine de quatre ans de prison ferme pour « outrage au roi ».

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Quelques jours auparavant, Abdelali Bahmad, un militant de Khénifra était poursuivi pour « outrage au drapeau et atteinte à l’intégrité territoriale ». Son tort selon la justice ? Avoir avancé, selon des sources associatives, que l’indignation suscitée par la profanation du drapeau marocain à Paris en octobre dernier devait servir à d’autres desseins…

Un lycéen de la région de Meknès a été quant à lui condamné à trois ans de prison ferme pour avoir osé écrire sur Facebook « 3acha Cha3b », (« Vive le peuple ») en écho à une chanson du rappeur Lgnawi qui lui a valu, en novembre, un an de prison ferme pour « insulte à la police ». Et, dans cette énumération, on en oublie certainement…

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Une série de poursuites et de condamnations qui ne présagent rien de bon : la situation des libertés et des droits humains au Maroc est plus que jamais critique. Les plus modérés s’inquiètent d’un dérapage sécuritaire, d’autres accusent ouvertement le système de révéler à nouveau son ADN profond.

Là où le pouvoir central semble léviter, la répression prend toute la place. C’est ainsi. Il faut serrer la vis, « éduquer » le peuple récalcitrant a proféré le ministre-milliardaire Aziz Akhannouch qui se voit déjà chef de gouvernement en 2021…

Répression à tout-va des voix critiques, poursuites infâmantes et condamnations expéditives, esprit de vengeance à l’encontre de militants et conditions inhumaines imposées aux détenus du Hirak ont fini par installer une ambiance d’impunité délétère où chacun, jusqu’au citoyen anonyme, se retrouve à s’inquiéter pour sa propre liberté.

« Les murs nous écoutent », célèbre figure de style utilisée pour décrire les années de plomb sous Hassan II et inspirant la peur, est dans toutes les bouches.

Dans ce contexte, la mise en place de la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement (CSMD), instance chargée de redéfinir les conditions de mise en œuvre d’un nouveau contrat social et de tracer un chemin pour sortir la « maison Maroc » de l’ornière, paraît totalement hors-sol.

Des journalistes y ont été adoubés pour porter sa bonne parole. Oseront-ils critiquer les décisions de justice mettant à mal la liberté d’expression au Maroc ? Des défenseurs de la démocratisation du pays et de la liberté de parole y siègent. Oseront-ils tous s’affirmer avec vigueur contre l’état actuel des choses ? Des questions qui méritent une réponse urgente, car si l’espoir est toujours de mise malgré l’autoritarisme intraitable des autorités, le désespoir gagne de plus en plus les esprits, notamment auprès d’une jeunesse qui ne pense plus qu’à prendre le large.


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