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Méga-ferme Baladna : pourquoi l’Algérie est mieux adaptée que le Maroc et l’Espagne

L’Algérie a entamé la construction de la plus grande ferme laitière au monde à Adrar avec Baladna. C’est le pays le mieux adapté pour accueillir le projet.

Méga-ferme Baladna : pourquoi l’Algérie est mieux adaptée que le Maroc et l’Espagne
Méga-ferme Baladna : pourquoi l’Algérie surpasse le Maroc et l’Espagne. | Par suvrajit-s / Unsplash
Djamel Belaid
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La ferme géante Baladna en Algérie continue de faire parler d’elle. Implanté à Adrar, dans le Sahara algérienne, ce projet qui nécessite un investissement algéro-qatari de 3,5 milliards de dollars, est qualifié de plus grande laiterie au monde.

Le média EuroWeekly News explique pourquoi l’Algérie est mieux adaptée que le Maroc et l’Espagne, pour accueillir la plus grande ferme laitière au monde. Au-delà de ce qualificatif, c’est la position de la firme allemande GEA qui retient l’attention.

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Le projet de méga-ferme Baladna en Algérie, qui a été lancé en juillet 2025, avec une première phase nécessitant un investissement de 550 millions de dollars, vise à renforcer la production de lait en Algérie et à réduire la dépendance du pays à l’égard du lait en poudre importé.

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Dans un rapport publié début novembre, le département américain de l’Agriculture (USDA) chiffrait à 800 millions de dollars/an les importations algériennes de lait.

La société allemande d’ingénierie industrielle GEA a été choisie pour son expérience dans les installations de traite et le conditionnement du lait pour construire la plus grande ferme au monde en Algérie qui peut accueillir 270.000 vaches.

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Un lait produit dans une ferme devant abriter des dizaines de milliers de bovins, ainsi qu’une installation de transformation du lait et de production de poudre conçue pour la production industrielle.

GEA devrait fournir « l’expertise technique, la mise en œuvre de systèmes de traite automatisés, le stockage contrôlé par le climat et les technologies de production de poudre à grande échelle », détaille EuroWeekly News qui note que « cette intégration verticale permet des gains d’efficacité » et ainsi de créer « un pôle industriel moderne ».

Baladna connaît bien GEA pour lui avoir confié dès 2017 la réalisation d’une laiterie géante traitant 400.000 L/jour de lait produit par 24.000 vaches.

L’experte Caroline Siemen de GEA témoigne de son expérience au Qatar : « Dès la signature du premier contrat en septembre 2017, il était évident qu’il s’agissait d’un projet spécial ». Elle est restée au Qatar pendant plus de six mois entre 2019 et 2021, d’abord comme ingénieur projet, puis comme chef de projet pour l’installation et la mise en service de l’installation de traitement du lait. Sur le site de GEA, elle confie que « L’échelle de l’installation n’est pas quelque chose de courant, pas plus que l’ambitieux calendrier. »

En 2022, au Qatar, Baladna a pu réduire de 50% la consommation d’eau de la laiterie en faisant appel à l’entreprise française Véolia.  

Comme au Qatar, GEA devrait fournir en Algérie : équipements de traite, séparateurs,  homogénéisateurs, mélangeurs sous vide aux normes d’asepsie (UHT),  installations de fabrication de poudre de lait et le savoir-faire « pour assembler le tout – de la conception à la mise en service ».

Cette société s’est spécialisée dans les installations de grande taille. En 2020, GEA a installé en Chine, une salle de traite rotative pour traire 10 000 vaches par jour. Il s’agit d’installations pouvant accueillir 120 vaches et conçues pour fonctionner 22 heures par jour. De récentes innovations permettent d’économiser jusqu’à 30 % d’eau lors du nettoyage de ce type d’installation.

« Pourquoi l’Algérie a été choisie »

S’il est clair que le choix de GEA repose sur une solide expérience en la matière reste à savoir « Pourquoi l’Algérie a été choisie » par GEA comme s’interroge EuroWeekly News. La réponse tient en 4 mots « Terres, ressources et incitations politiques ».

En Europe, il n’est pas rare que les projets de mégafermes soient bloqués par des opposants : agriculteurs, voisins… En mars 2015, sous le titre la « Ferme des 1 000 vaches : le lait de la colère » le quotidien français Les Echos rendait compte des obstacles rencontrés par un investisseur dans ce domaine.

Rien de tel en Algérie. EuroWeekly News note qu’en Europe, y compris des pays comme l’Espagne, on fait face à des réglementations environnementales plus strictes.

Selon ce média, l’Algérie a été choisie pour le projet en raison d’une combinaison de trois facteurs déterminats : Disponibilité des terres, ressources en eau fiables et incitations à l’investissement soutenues par le gouvernement. »

 « Les exploitations laitières à grande échelle nécessitent des étendues de terres étendues et continues, qui sont restreintes dans la plupart des pays européens par la réglementation environnementale, la rareté des terres et des politiques d’élevage plus strictes », explique ce média.

 Or, pour GEA le projet algéro-qatari permet aux investisseurs de « mettre en œuvre des projets à l’échelle industrielle avec un soutien à long terme en matière de sécurité et de politique. »

Au Maroc, un déficit structurel en eau

Concernant l’Espagne et le Maroc, EuroWeekly News souligne que s’ils ont « progressé dans les secteurs agricoles », ils n’ont ne disposent pas de « la même combinaison de disponibilité des terres, de flexibilité réglementaire et d’alignement sur les stratégies nationales de sécurité alimentaire. »

Dès 2007, à propos de lait, l’expert Akka Ait El Mekki notait qu’au Maroc, la « demande reste encore inférieure aux besoins recommandés par les standards nutritionnels ».

Quant à la presse locale, en septembre 2024, elle n’hésitait pas à parler de « Détresse en milieu rural » concernant l’élevage laitier et alertait quant à « une domination du marché par le lait en poudre » importé.

La sécheresse de ces six dernières années qui frappe le royaume réduit toute possibilité de production fourragère. A Agadir, c’est l’usine de dessalement de l’eau de mer de Chtouka qui est utilisée pour produire les tomates cerises exportées vers l’Europe. Une eau au coût trop élevé pour produire des fourrages.

Aussi, selon EuroWeekly News, le choix de GEA repose sur « La promotion active de l’autosuffisance agricole et de la production à grande échelle par l’Algérie en a fait le choix le plus viable pour un projet de cette ampleur. » Enfin, il est remarqué que « Le projet devrait générer des avantages économiques substantiels » mais également « faciliter le transfert de compétences dans la technologie laitière moderne. 

Le défi de la quantité des fourrages

EuroWeekly News conclut que l’Algérie est mieux adaptée que l’Espagne et le Maroc en raison de la « disponibilité des terres, des ressources en eau et des politiques gouvernementales favorables. »  Il est souligné la combinaison de « l’expertise allemande en ingénierie avec les investissements qataris et le soutien algérien en matière de terres et de politiques ».

Ce projet est d’autant plus ambitieux que, contrairement aux méga-laiteries Al Maraï d’Arabie saoudite, Baladna du Qatar et Al Rawabi des Emirats, les fourrages, dont la luzerne, seront produits sur le site de la mégaferme algérienne à Adrar. Les 1.500 km qui séparent Alger et d’Adrar ne permettent pas d’envisager l’importation massive de fourrage. En revanche, les monarchies du Golfe, importent ces fourrages du Soudan, des USA, d’Espagne, d’Italie et prospectent le marché français.

Si au Soudan, la guerre civile réduit ces importations depuis Port-Soudan, aux Etats-Unis, c’est l’Etat de l’Arizona qui s’inquiète des prélèvements d’eau souterraine pour irriguer la luzerne destinée aux pays du Golfe. Déjà en décembre 2017, le quotidien Ouest-France titrait « Quand l’agribusiness du Moyen-Orient siphonne l’eau jusqu’en Arizona ».

Dans le but d’approvisionner un cheptel de 94.000 bovins, en 2017, l’expert saoudien Abdulelah Alfaraj, confiait au média Web-agri : « L’Arabie saoudite aura besoin à terme d’importer 7 millions de tonnes de fourrage dont 50 % de luzerne ». À raison de 270 000 vaches à Adrar, les besoins en fourrage local seront à terme de l’ordre de 20 millions de tonnes. Pour les agronomes algériens et leurs collègues étrangers, le défi sera donc de valoriser au mieux l’eau disponible localement.  

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