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Mohamed Salah Yahiaoui, mort d’un symbole du « Boumediénisme »

Mohamed Salah Yahiaoui est décédé hier à l’âge de 81 ans à l’Hôpital d’Ain Naâdja. Il constitue sans aucun doute l’une des grandes figures qui symbolisent le mieux le «Boumediénisme ».

Réputé très proche du défunt président, Houari Boumediene, dont il partageait « les convictions et la vision », et qui l’avait placé à la tête de l’académie interarmes de Cherchell, le « Saint-Cyr algérien », Mohamed Salah Yahiaoui devient coordonateur du FLN en 1977 après la dissolution du Conseil de la révolution, organisme politique mis en place le 19 juin 1995 après le coup d’État contre Ben Bella et dont il était membre.

À la mort de Boumediene, le natif  d’Ain Khadra, à M’Sila, instituteur à ses débuts avant de rejoindre l’ALN en 1956 pour devenir ensuite membre de l’état-major de l’armée dirigé par le défunt président, affiche ses ambitions pour succéder à celui dont il disait qu’il était très proche et partageait la vision. Mais il devait faire face à un sérieux rival, lui aussi très proche de Boumediene, dont il critiquait l’orientation libérale, prétendument proche des États-Unis : Abdelaziz Bouteflika.

Alors que Yahiaoui comptait sur l’appareil du parti et ses relais au sein des organisations de masse, Abdelaziz Bouteflika lui ravit la vedette lors de la lecture de l’oraison funèbre à El Alia restée célèbre. Mais ni l’un, ni l’autre ne trouvent grâce aux yeux de l’armée et de la puissante sécurité militaire dirigée alors par le défunt Kasdi Merbah. Le bureau politique du FLN était également partagé sur le choix du successeur. C’est alors que l’armée décide, au terme d’un conclave à l’école de Bordj El Bahri, de désigner, le plus gradé de l’armée et membre du CRA, le défunt Chadli Bendjedid.

Depuis, Mohamed Salah Yahiaoui s’efface peu à peu de la scène ne faisant que de rares apparitions lors des congrès du FLN, dont il était toujours désigné comme membre du comité central, ou certaines cérémonies officielles.

Victime probablement de la politique de « déboumedinisation » entamée par Chadli à partir du milieu des années 80, Mohamed Salah Yahiaoui s’efface complètement et ne se positionnera que très peu et de façon très discrète sur les nombreux soubresauts qu’a connus le pays depuis.

L’hommage de Bouteflika

Dans une lettre adressée à sa famille ce vendredi, Abdelaziz Bouteflika évoque « un homme altruiste ayant prôné le sacrifice et le martyre ». « C’est avec une grande affliction que je présente mes sincères condoléances, suite à la perte d’un brave compagnon d’arme et un fervent défenseur des principes et idéaux nobles, à savoir : le moudjahid, militant et cher ami, Mohamed Salah Yahiaoui, qui s’est engagé avec bravoure sur le champ de bataille, aux cotés des vaillants ayant longuement lutté dans les maquis et partout, sans jamais un jour baisser les bras ou montrer un signe de faiblesse, vivant en toute plénitude, altruistes de nature avec le sacrifice pour mode et le martyre comme aspiration », a écrit le chef de l’État.

Bouteflika évoque un « homme modèle de sacrifice », un « lion » qui a eu le mérite de « contribuer à l’édification de l’État moderne algérien ». « Disciple de l’école des Oulémas musulmans où il s’est abreuvé du fleuve de la clémence, de la droiture, de la fierté et de l’amour de la patrie, ce jeune lion de la révolution n’a pas manqué à l’appel du devoir, endossant un lourd fardeau que même les braves et les vaillants n’oseraient assumer pour s’affranchir des griffes d’un occupant, qui s’est accaparé de notre chère patrie et pris en esclave son peuple pour plus d’un siècle, jusqu’au déclenchement de la Guerre de libération nationale, lors de laquelle les moudjahidine ont mis à rude épreuve les forces coloniales, réussissant grâce à leur courage et à l’aide de Dieu, en dépit d’un flagrant déséquilibre des forces, à se faire justice et à recouvrer l’indépendance de notre pays ».

Hospitalisé depuis quelques jours dans un hôpital à Amman, en Jordanie, Mohamed Salah Yahiaoui a été rapatrié sur recommandation du staff médical. Il a été enterré à Sidi Yahia, comme le souhaitait sa famille. « Il était un grand militant du parti et est resté membre du Comité central du FLN », a déclaré Djamel Ould Abbes, présent à l’enterrement en compagnie de nombreuses autres figures dont le président de l’APN, Said Bouhadja. « Sous sa conduite, en tant que secrétaire général (1977-1979), le FLN avait connu un renouveau », a ajouté Ould Abbes.

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