
La relation franco-algérienne reprend progressivement, avec une prudence apparente. À Alger comme à Paris, on a conscience que la relation est capable du meilleur comme du pire et que peu de choses peuvent parfois la faire basculer.
L’enjeu est de ne pas retomber dans le scénario de l’année passée, lorsqu’une visite prometteuse du chef de la diplomatie française en Algérie en avril a fait tomber la relation de Charybde en Scylla, avec des mesures de défiance inédites de part et d’autre.
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Cette fois, les deux pays ont choisi de procéder méthodiquement. La ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, qui se trouve à Alger depuis hier vendredi 8 mai, est porteuse de la feuille de route du président Macron.
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Il ne reste plus qu’un pas à franchir pour que les deux pays reviennent, du moins sur le plan institutionnel, à la situation antérieure à la crise : la nomination d’un ambassadeur d’Algérie à Paris.
L’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, a, lui, repris son poste vendredi 8 mai, un peu plus d’une année après son rappel par le gouvernement français.
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Le retour du diplomate n’est pas le début du retour à la normale. Cela semble être au contraire l’aboutissement d’un processus discret et très prudent entamé il y a plusieurs mois et marqué notamment par la visite en Algérie, en février dernier, de Laurent Nunez. Le déplacement du ministre français de l’Intérieur a notamment permis la relance de la coopération sécuritaire et migratoire.
Après la coopération migratoire, dégripper le reste des dossiers
Après ce dossier, “urgent” pour la partie française, il s’agit de passer à d’autres étapes et dégripper le reste des volets de la relation bilatérale.
La capitale algérienne a aussi accueilli récemment le président du Medef, Patrick Martin, la présidente de l’Institut du monde arabe (IMA), Anne-Claire Legendre, Ségolène Royal à deux reprises, des parlementaires français d’origine algérienne…
Le retour de Stéphane Romatet s’est fait simultanément à la visite en Algérie de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, venue consolider la concertation sur les questions de sécurité régionale, qui devient cruciale avec les développements de la géopolitique mondiale et particulièrement de la situation au Sahel.
Dans un geste très fort, la ministre française, accompagnée de l’ambassadeur, s’est rendue à Sétif pour la commémoration des massacres du 8 mai 1945. Il s’agit, pour la France, de “regarder l’histoire en face”, a-t-elle déclaré.
La mémoire est l’un des segments sur lesquels les deux pays semblent vouloir s’appuyer dans leur entreprise de tourner la page de la crise.
Dans la délégation, il y a un certain Benjamin Stora, qui n’a eu de cesse ces dernières années de recommander ce genre de gestes symboliques. La prochaine étape pourrait être la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens, gelés par le fait de la brouille justement.
Il y a aussi Sabrina Sebaihi, la députée française originaire d’Algérie, de Sétif précisément. L’apport de la diplomatie parlementaire, qui n’a du reste jamais cessé, est aussi mis à contribution.
Alice Rufo porteuse de la feuille de route d’Emmanuel Macron
Le processus de reprise est-il toutefois à l’abri des contrecoups de la politique intérieure française, de surcroît à l’approche de la présidentielle de 2027 ?
L’optimisme tient au fait que le dossier est maintenant pris en charge “au plus haut niveau” dans les deux pays, et que, particulièrement, Emmanuel Macron a “repris la main” dans la gestion de la relation avec l’Algérie.
L’objectif du président français va au-delà de la relance de la relation bilatérale. Il souhaite en plus l’ “immuniser” avant l’échéance de 2027 qui pourrait porter au pouvoir le courant extrémiste anti-algérien.
Avant d’envoyer sa ministre déléguée aux Armées à Alger, Emmanuel Macron a en quelque sorte anticipé la réaction néfaste des chefs de ce même courant et pris le soin de les discréditer en insinuant, par le qualificatif de “mabouls”, que leur obsession anti-algérienne ne sert pas les intérêts de la France.
La nouvelle initiative de Macron est élaborée sous la forme d’une feuille de route qu’Alice Rufo est chargée de remettre au président algérien Abdelmadjid Tebboune, apprend-on de sources diplomatiques.
L’optimisme ambiant est cependant empreint, côté français, de beaucoup de prudence et un certain “réalisme” quant à ce que sera l’attitude de l’extrême-droite et de la droite identitaire face à la tentative en cours de tourner la page de la crise. Ce n’est pas en période de pré-campagne que ce courant cessera d’instrumentaliser la relation France-Algérie…