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Mustapha Bouchachi : « Ils veulent le prolongement pour détruire les preuves »

Mustapha Bouchachi : « Ils veulent le prolongement pour détruire les preuves »

Mustapha Bouchachi était l’invité ce jeudi matin de TSA-Direct. L’avocat et militant des droits de l’Homme estime que ceux qui ont présenté la candidature de Bouteflika ont commis un faux, un crime.

« C’est un faux, un crime. Comment peuvent-ils se permettre de présenter un président qui n’a pas parlé au peuple depuis six ans ? Il ne peut pas parler, ne peut pas écrire. Ils ont pris en otage le président et ont agi en son nom. Ils ont été dévoilés dans la dernière lettre du président », dit-il. Le chef de l’Etat a affirmé dans la lettre de lundi qu’il n’a jamais eu l’intention d’être candidat.

Aussi, Me Bouchachi rejette en bloc toutes les propositions du pouvoir, qui n’a, selon lui, aucune intention de mener des réformes, mais cherche seulement à gagner du temps. « Le nouveau plan c’est le prolongement en dehors de la constitution. Avec cette façon, ils pourront prétexter que la conférence n’a pas encore finalisé ses travaux, ils pourront ainsi rester deux ans de plus. Le but dernière le prolongement ce n’est pas les réformes, mais pour plus de détournement et peut-être pour la destruction des preuves de la période de gestion, ils vont essayer d’organiser leur sortie », soupçonne-t-il. « Nous leur disons, poursuit-il, ce qui est fait est fait, c’est le peuple qui décidera mais maintenant. Il veut du changement, ce n’est pas vous qui pourrez mettre les fondements de la nouvelle république ».

« La confiance est rompue depuis longtemps. Bouteflika avait vingt ans pour réformer, mais il ne l’a pas fait. Et puis, quelles sont les garanties, il a déjà menti. A Sétif, il a dit ‘tab djenana et je vais faire une révolution démocratique’ et il n’a rien fait par la suite. Non, il n’a été empêché par personne. Depuis qu’il est venu, il disait je vais réformer, l’école, l’Etat, mais le peuple n’a même pas vu les rapports, ces réformes n’ont pas eu lieu », relève Bouchachi qui trouve, au contraire que les choses se sont aggravées.

« Toute la législation est une régression, comme la loi qui requalifie la corruption en délit. Depuis 2015, le procureur ne peut pas ouvrir une enquête sur des faits de corruption ou de détournement s’il n’y a pas de plainte du conseil d’administration de l’entreprise concernée. Il y a aussi une régression sur les libertés », rappelle-t-il, avant d’asséner : « Le président n’est pas venu pour servir le pays, mais pour gouverner les Algériens ».

Me Bouchachi n’a pas épargné le nouveau Premier ministre et son adjoint : « Lamamra et Bedoui sont des symboles du régime de Bouteflika. Ils sont des fonctionnaires chez le système. Ils n’ont pas la carrure politique pour décider, ils ont accepté de jouer le jeu du régime, ce n’est pas dans leur intérêt de servir le régime dans cette conjoncture. »

Evoquant son rôle et celui de l’opposition dans le mouvement de contestation, Mustapha Bouchacha explique d’abord pourquoi il a refusé d’être le porte-parole du mouvement : « Je suis honoré, mais j’ai refusé car c’est un mouvement populaire qui n’a pas besoin de paternité. Ma génération a lutté mais elle a échoué. Nos enfants nous ont donné une leçon, ils sont conscients, ils n’ont pas besoin de porte-parole ou de dirigeant. Nous sommes parmi eux sans prétendre les encadrer ou d’être leur porte-parole ».

Pour lui, « il est tôt de parler d’encadrement collectif ou individuel ». « Car le pouvoir n’a pas encore affiché sa disposition à partir, donc il faut continuer la mobilisation. Parler de porte-parole peut mener à la division qui pourrait être mise à profit par le système. On est en phase de rassemblement, pas de division. Restons sur cette voie », préconise-t-il.

Mercredi, Me Bouchachi a pris part à la réunion de l’opposition, dont il réitère la position de principe.  « L’opposition ne participera pas à la conférence. On a décidé de ne participer à aucune instance du régime et de rejeter le document dans la forme et dans le fond. »

La réunion de l’opposition avait aussi évoqué le rôle de l’armée. « C’est le système qui veut impliquer l’armée. On a dit que l’ANP ne doit pas être utilisée par le pouvoir et en même temps, on a dit que vu sa composante humaine, l’armée sera du côté du peuple. Elle saura choisir entre le peuple et les aventuriers », explique-t-il.

Enfin, Mustapha Bouchachi fustige la position de la France vis-à-vis de ce qui se passe en Algérie : « La position de la France est une forme de soutien au pouvoir algérien. La France cherche à protéger ses intérêts. Quand on compare entre sa position vis-à-vis du Venezuela où il y a pourtant un président élu et sa position vis-à-vis de l’Algérie, on peut penser qu’elle est en faveur du pouvoir. C’est connu, la France essaye toujours de protéger une minorité sans légitimité pour protéger ses intérêts. »

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