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Nouvelle manifestation à Tunis : pourquoi des Tunisiens descendent dans la rue

Des milliers de Tunisiens ont manifesté samedi dans les rues de Tunis contre ve qu’ils qualifient d’ « escalade autoritaire » du président Kaïs Saïed.

Nouvelle manifestation à Tunis : pourquoi des Tunisiens descendent dans la rue
À Tunis, l’opposition défie le président Kaïs Saïed la veille du 17 décembre. Par jjmillan | Adobe Stock
Sonia Lyes
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À la veille du 17 décembre, date anniversaire du soulèvement de Sidi Bouzid en 2010, point de départ du « Printemps arabe », des milliers de Tunisiens sont descendus dans les rues de la capitale samedi pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’« escalade autoritaire » du président Kaïs Saïed et réclamer la fin de la répression politique.

Selon les estimations relayées par Reuters, Al Jazeera et Associated Press, au moins 2.000 manifestants ont défilé samedi dans le centre de Tunis.

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Vêtus de noir, munis de sifflets et de rubans rouges, ils ont scandé des slogans devenus emblématiques des mobilisations tunisiennes : « le peuple veut la chute du régime », « ni peur, ni terreur, la rue appartient au peuple ». « Assez de répression », « pas mon président », pouvait-on lire sur plusieurs pancartes brandies par les manifestants.

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Rare démonstration d’unité 

Organisée sous le slogan « Contre l’injustice », la manifestation a rassemblé des militants de la société civile, des ONG ainsi que des partis politiques issus de tout l’échiquier idéologique tunisien, dans une rare démonstration d’unité face au pouvoir en place.

Jusqu’ici, l’opposition tunisienne, minée par des clivages idéologiques et politiques, peinait à parler d’une même voix contre le président tunisien.

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Cette mobilisation intervient dans un contexte de crispation accrue, notamment après la condamnation à cinq ans de prison de l’ancien juge administratif Ahmed Souab, critique virulent de la politisation de la justice.

« Ces manifestations traduisent une unité nouvellement trouvée entre des groupes d’horizons idéologiques divers », souligne le journaliste tunisien Saïd Zouari dans des propos repris par la chaîne qatarie Al Jazeera. Il regrette toutefois qu’elles « ne trouvent aucun écho au palais de Carthage ».

Les manifestants dénoncent également l’emprisonnement de dizaines de figures politiques, de journalistes, d’avocats et d’hommes d’affaires, poursuivis pour « complot contre la sûreté de l’État », des accusations que les détracteurs de Kaïs Saïed jugent politiquement motivées.

« Tous les progrès des 14 dernières années ont été anéantis, affirme Ayoub Amara, l’un des organisateurs de la marche, cité par Reuters. La Tunisie est assez grande pour tous les Tunisiens, et personne ne peut la gouverner au gré de ses caprices ».

Parmi les manifestants figuraient également des proches de détenus politiques. Monia Brahim, épouse de l’opposant emprisonné Abdelhamid Jlassi, explique à plusieurs médias avoir rejoint la mobilisation pour dénoncer une « profonde injustice ».

 « Je suis venue défendre mes droits de citoyenne. Les prisonniers politiques savent qu’ils sont incarcérés pour avoir exercé leur droit constitutionnel à l’activisme civique et politique », a-t-elle dit.

Certaines figures détenues observent actuellement une grève de la faim, notamment le professeur de droit constitutionnel Jawher Ben Mbarek, en grève depuis plus de vingt jours.

Tournant 

La marche de ce samedi 13 décembre ne semble pas être ponctuelle. Elle s’inscrit dans une dynamique de protestation continue observée depuis plusieurs semaines.

Le 6 décembre dernier, des centaines de personnes avaient déjà défilé à Tunis, à l’appel de la société civile et de partis d’opposition, sous le slogan « l’opposition n’est pas un crime », pour dénoncer une répression jugée « sans précédent » et exiger le respect des libertés fondamentales. 

Le 22 novembre, plus de 1.000 manifestants s’étaient rassemblés dans le centre de la capitale sous la même bannière « contre l’injustice », scandant des slogans hostiles au régime et réclamant la libération des prisonniers politiques.

Même si elles ne sont pas massives, ces mobilisations hebdomadaires traduisent, selon plusieurs observateurs, un tournant par rapport aux années précédentes, marquées par une forte fragmentation.

Élu en 2019, Kaïs Saïed a, depuis son intronisation, procédé à plusieurs mesures visant à renforcer son pouvoir, selon ses détracteurs.

Outre la suspension du Parlement en 2021, il s’est octroyé des pouvoirs exceptionnels et gouverne depuis par décret. Sous son règne, les poursuites judiciaires se sont multipliées contre ses opposants, y compris au sein du parti Ennahdha, dont le leader Rached Ghannouchi a été condamné à plusieurs peines de prison.

Même certains de ses anciens alliés n’ont pas été épargnés. Ce retour de flamme dans la contestation, dans un contexte politique délétère, intervient alors que la Tunisie est confrontée à des défis économiques majeurs : inflation persistante, pénuries, chômage et tensions sociales, qui alimentent le mécontentement populaire.

Kaïs Saïed rappelle à qui veut l’entendre qu’il rejette toute accusation de dérive dictatoriale, affirmant vouloir « purifier » le pays de la corruption et des « traîtres ».

 

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