
La Tunisie réagit à un projet de loi du Congrès américain visant à “restaurer la démocratie” dans ce pays d’Afrique du Nord. Plusieurs organisations sont vent debout contre ce qu’elles considèrent comme une velléité d’“ingérence étrangère” sous le couvert de la défense de la démocratie et des droits de l’homme.
L’initiative, intitulée “Safeguarding Tunisian Democracy Act” a été lancée en juin 2023 par les sénateurs américains Jim Risch (Républicain) et Bob Menendez (démocrate). Les deux parlementaires avaient déposé un texte au Congrès visant à conditionner l’aide économique américaine à la Tunisie à des progrès “en matière de démocratie et de respect des droits fondamentaux”,
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L’activation de l’initiative a coïncidé avec la décision prise en août dernier par le président Donald Trump d’imposer 25% de taxes douanières supplémentaires aux produits tunisiens.
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« Sit-in de la résistance »
Les réactions en Tunisie à ce projet sont nombreuses. Dimanche 7 septembre, des acteurs de la société civile ont organisé un « sit-in de la résistance » non loin de l’ambassade américaine à Tunis.
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Initiée par le réseau tunisien de lutte contre la normalisation avec Israël, cette action devrait durer une semaine avec un double mot d’ordre : dénoncer l’ingérence des États-Unis dans les affaires tunisiennes et le soutien apporté par Washington à Israël qui poursuit sa guerre génocidaire à Gaza.
Cette action vient “en protestation contre l’escalade de l’agression sioniste contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie, et contre l’arrogance américaine au Moyen-Orient et ses tentatives d’hégémonie en Tunisie, tout en soutenant la flottille mondiale de la résistance visant à briser le blocus de Gaza”, a déclaré à l’agence de presse officielle TAP le coordinateur du sit-in, Ghassen Besbès.
En Tunisie, de nombreuses voix s’interrogent sur cette rare convergence entre les deux principaux partis politiques des États-Unis. “Il est paradoxal que le débat sur la loi de restauration de cette démocratie sur mesure aux intérêts américains en Tunisie ait été approuvé par le Parti républicain et le Parti démocrate”, écrit le site Univers News.
« Destruction de la Libye et de l’Irak »
“Les expériences pareilles entreprises par les Etats-Unis au nom de la restauration de la démocratie ont abouti à la destruction de l’Irak et de la Libye”, a mis en garde le média.
L’une des principales forces d’opposition aux décisions prises par le président Kaïs Saied en juillet 2021, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a elle aussi rejeté le projet américain.
En réponse au sénateur américain Joe Wilson qui a apporté son soutien à une marche organisée en août dernier par l’UGTT, cette dernière a dénoncé toute tentative d’utiliser son nom ou ses mobilisations “comme prétexte à une ingérence étrangère dans les affaires intérieures tunisiennes”.
“L’avenir de la Tunisie ne peut être décidé que par les Tunisiennes et les Tunisiens eux-mêmes, loin de toute tutelle étrangère”, a répliqué la puissante centrale syndicale tunisienne.