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Planche à billet et inflation : faut-il craindre le pire ?

Planche à billet et inflation : faut-il craindre le pire ?

Les rapports d’experts et d’organismes se succèdent et convergent sur au moins un point : une grave crise économique attend l’Algérie dans les années à venir si les prix du pétrole dégringolent durablement et si rien n’est fait pour engager de véritables et profondes réformes.

À en croire les prévisions, élaborées sur la base des chiffres que même le gouvernement ne conteste pas, le scénario catastrophe n’est pas à écarter.

Les prévisions du projet de loi de finances étant faites désormais sur trois ans pour les principaux indicateurs (réserves de change, recettes et dépenses, balance des paiements…), on sait déjà grâce à la Loi de finances 2019, qu’il ne reste plus qu’à promulguer, que le matelas des réserves de change continuera à fondre pour se situer à 33 milliards de dollars en 2021.

Les déficits prévus de la balance des paiements sont de -17,2 milliards de dollars en 2019, -14,2 milliards en 2020 et -14 milliards en 2021, ce qui ramènerait les réserves pour les mêmes années à 62, 47,8 puis 33,8 milliards de dollars respectivement. Cela, si les prix du pétrole ne baissent pas sous le seuil du prix de référence sur la base duquel a été élaboré le PLF, soit 50 dollars.

Pour les importations, principal vecteur de cette érosion, on sait qu’elles ne bougeront pas, le seul moyen de les faire baisser réellement étant de réduire l’importation des matières premières, des services et des équipements industriels. Une option qui ne peut être retenue car elle condamnerait toute perspective de développement du tissu industriel national sur lequel comptent justement les autorités pour amortir le choc d’une éventuelle baisse drastique des recettes pétrolières.

Un épuisement total des réserves n’est pas à exclure à l’horizon 2022, en 2023 au plus tard. Mais la cote d’alarme pourrait être atteinte avant cette échéance. Le dernier spécialiste à s’être exprimé sur la question, l’économiste Nour Medahi parle dans un entretien à Liberté d’une « situation de panique », lorsque les réserves de change descendraient au-dessous de la barre des 10 milliards de dollars, soit l’équivalent de trois mois d’importations au volume actuel.

Ce pessimisme quasi-unanime s’explique par la nouvelle donne survenue dans le marché pétrolier avec l’affaiblissement de l’Arabie saoudite, jusque-là principal régulateur des prix avec le schiste américain. On a vu comment le royaume, en pleine tempête de l’affaire Khashoggi, avait procédé en novembre dernier à l’augmentation de sa production suite à des injonctions publiques du président américain.

Plus clairement, les chances de voir le baril atteindre de nouveaux les cimes se sont sérieusement amenuisées. Même une baisse au-dessous du seuil de référence de 50 dollars est fortement probable, du moins rien ne l’exclut. Auquel cas, les sombres prévisions pour l’économie algérienne surviendraient plus tôt que prévu et le pays risque de se retrouver dans une situation intenable dès 2020-2021.

L’érosion des réserves de change laissera alors deux choix au gouvernement : réduire drastiquement les importations ou recourir à l’endettement extérieur. Dans les deux cas, les conséquences seraient désastreuses sur le front social avec un risque élevé d’embrasement généralisé.

Plus simplement, si les importations sont réduites, cela s’accompagnera par des pénuries qui induiront inévitablement une forte hausse des prix des produits concernés, comme on l’a vu récemment pour la banane. Quant à l’endettement, il ne se fera pas sans un programme drastique de réajustement dicté par les institutions financières internationales, avec son lot de réduction des dépenses publiques et des transferts sociaux. Là non plus, la paix sociale ne sera pas garantie.

Un scénario à la vénézuélienne ? On n’en sera sans doute pas là, mais l’inflation pourrait atteindre des records à cause de la conjonction de plusieurs facteurs : la raréfaction de certains produits si leur importation est limitée ou arrêtée, la dévaluation inévitable du dinar si les réserves de change venaient à s’épuiser et l’explosion de la masse monétaire à cause du recours à la planche à billets et l’injection des sommes imprimées dans le circuit économique. Les effets du « financement non conventionnel » ne se feront en effet sentir qu’à cette période.

Il faut souligner que lorsque le Premier ministre se félicitait du fait que l’inflation tant redoutée n’avait pas eu lieu, il n’avait pas dit toute la vérité, à savoir que, jusque-là, seule une partie de l’argent prêtée par la Banque d’Algérie au Trésor a été dépensée. La situation mensuelle de la Banque d’Algérie publiée au dernier journal officiel nous apprend en effet que 4005 milliards de dinars, représentant près de 34 milliards de dollars, ont été créés au 30 septembre 2018. Néanmoins, « la dépense effective est de 2.530 milliards DA, le reste de l’argent étant dans le compte du Trésor », expliquait à TSA M. Meddahi.

Dans le même document, on découvrait aussi que le gouvernement a eu de nouveau recours à la planche à billet en septembre 2018 pour un montant de 420 milliards de dinars, alors qu’on croyait qu’il s’était limité aux tranches d’octobre 2017 et de janvier 2018.

La logique économique veut que lorsque toutes ces sommes imprimées et celles qui le seront sans doute dans les prochains mois ou années (la loi révisée sur la monnaie et le crédit autorise le gouvernement à recourir au financement non conventionnel pendant cinq ans) seront dépensées en salaires ou pour régler les situations pendantes de prestataires ou d’entreprises de réalisations, la fièvre inflationniste sera inévitable. Ouyahia ne pourra alors plus railler les experts.


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