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Planche à billets et érosion des réserves de change : l’équation se complique pour le gouvernement

Planche à billets et érosion des réserves de change : l’équation se complique pour le gouvernement

Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque d’Algérie, est attendu ce dimanche 23 décembre à l’APN. Le menu de son intervention devant les députés ne fait pas beaucoup de mystères. Il devrait être question de sujets très sensibles comme le niveau des réserves de change ou encore les résultats de la mise en œuvre de la planche à billets.

Des sujets qui ont suscité de nombreuses inquiétudes au cours des derniers mois et qui risquent de devenir encore plus épineux dans un contexte marqué récemment par une dégringolade des prix pétroliers. Le Brent, référence pour le pétrole algérien, à perdu près de 40% depuis début octobre.

Pour ce qui concerne la planche à billets, le gouverneur de la Banque d’Algérie est très certainement l’interlocuteur idoine pour les parlementaires. La loi sur le financement non conventionnel, votée il y a un peu plus d’un an, a confié, en effet, à la Banque centrale un rôle essentiel aussi bien dans la mise en œuvre que dans le contrôle de ce dispositif d’exception mis en place pour une durée de 5 ans.

Répondant aux critiques sur l’absence de contrôle parlementaire de ce dispositif, Ahmed Ouyahia avait rappelé lui-même que « les députés peuvent à tout moment demander la venue du ministre des Finances ou du gouverneur de la Banque d’Algérie pour rendre compte de la mise en œuvre du processus de financement non conventionnel ».

Planche à billets : à quoi a servi l’argent ?

Les questions qui se posent aujourd’hui concernent à la fois le montant et la destination de l’argent de la planche à billets. Dès octobre 2017, Abderrahmane Raouya avait promis devant la Commission des finances de l’APN l’élaboration « d’un bilan annuel » sur son utilisation. On l’attend toujours.

La démarche de la Banque d’Algérie, marquée par une volonté de transparence, a néanmoins permis de suivre quasiment « en temps réel » l’évolution des montants mis à la disposition du Trésor public. On sait ainsi qu’à fin octobre dernier, en l’espace d’une année, la Banque d’Algérie avait créé de cette manière plus de 4 005 milliards de dinars, soit près de 34 milliards de dollars. Une somme qui équivaut à 19% du PIB.

Des interrogations demeurent cependant sur la destination exacte de cet argent. Une partie a été consacrée au financement du déficit budgétaire avec des informations assez précises données à ce sujet par le ministère des Finances. Abderrahmane Raouya, chiffrait, fin octobre 2017, les besoins du Trésor public en matière de financement du déficit à 570 milliards de dinars en 2017, à 1815 milliards en 2018 et à 580 milliards en 2019.

On sait, de façon officielle, beaucoup moins de choses sur les montants consacrés, dès le dernier trimestre 2017, à la résorption de la dette contractée par l’État vis-à-vis de Sonelgaz et Sonatrach. Des sources, mentionnées par TSA, évoquaient dès la fin de l’année dernière un chiffre de près de 900 milliards de dinars pour cette partie.

Des montants considérables qui avaient fait dire à Ahmed Ouyahia : « Nous avons sauvé la BNA », un des principaux créanciers de Sonelgaz et un des principaux bénéficiaires de la première tranche de financement non conventionnel.

Selon les mêmes sources de TSA, l’année 2018 a été marquée dans ce domaine par une pause dans le remboursement de ces dettes récurrentes qui se trouvent ainsi maintenues de facto, dans le portefeuille des banques publiques.

Le financement du Fond national d’investissement (FNI) devrait aussi mobiliser des montants croissants des ressources procurées par la planche à billets au cours des prochains mois. Ces dernières seront ainsi mises à contribution pour venir au secours de la Caisse nationale des retraites, à hauteur de 600 milliards de dinars ou pour contribuer au financement du programme AADL, pour un montant évoqué par le premier ministre de 300 milliards de dinars en soulevant ainsi le problème de la nature de ces « investissements », très éloignés de la fonction confiée originellement au FNI .

Quel avenir pour la planche à billets ?

Encore plus que sur le bilan de sa première année d’application, les députés pourraient avoir à cœur d’interroger le gouverneur de la Banque d’Algérie sur l’avenir de la planche à billets. Dans ce domaine, Mohamed Loukal a, en effet, été précédé voici un peu moins de deux mois par le directeur général du Trésor.

Devant la Commission des finances et du budget de l’APN, Fayçal Tadinit, avait évoqué l’éventualité de renoncer au recours du financement conventionnel, à partir de 2019, « ou d’y recourir dans une moindre mesure par rapport à 2018 ».

Selon l’agence officielle, Fayçal Tadinit avait mis en avant « les nouvelles données économiques et l’amélioration de plusieurs indicateurs économiques, parmi lesquelles il faisait état de la hausse des recettes fiscales pétrolières et ordinaires ». Le Trésor public est dans « l’attente des chiffres et les indicateurs économiques, pour les mois de novembre et décembre 2018, avant de prendre ses décisions vis à vis du financement non conventionnel », avait précisé M. Tadinit.

On connait la suite. Depuis ces annonces, sans aucun doute très prématurées, du DG du Trésor, les cours du baril, qui ont terminé la semaine dernière sous la barre des 54 dollars, ont perdu près de 40 % de leur valeur. Si on en juge par ces tendances récentes , la planche à billet devrait donc encore être sollicitée de façon substantielle , dans ses différents usages, au cours des mois à venir .

L’érosion des réserves de change

Les députés vont également très probablement interroger le gouverneur de la Banque d’Algérie sur la situation de nos réserves de change. Leur érosion qui se poursuit est d’ailleurs leur principal sujet de préoccupation.

Dans ce domaine, les prévisions annexées à la loi de finances 2019, qu’ils viennent tout juste de voter, ont semé l’émoi dans les médias et l’opinion en annonçant des réserves à peine supérieures à 30 milliards de dollars dès 2021.

C’était, dans ce cas aussi, sans compter avec les évolutions les plus récentes. Les prévisions des fonctionnaires de Ben Aknoun sont basées officiellement pour les prochaines années sur un baril à 60 dollars, mais en réalité implicitement sur des cours pétroliers supérieurs à 70 dollars en raison d’hypothèses irréalistes sur la baisse des importations et l’augmentation des volumes d’hydrocarbures exportés. En dépit de leur caractère très alarmant, elles risquent de se révéler au bout du compte encore trop optimistes.

Il ne faut cependant sans doute pas s’attendre dans ce domaine à des révélations bouleversantes de la part du gouverneur de la Banque d’Algérie. Une dépêche de l’agence officielle, publiée hier, a déjà donné le ton.

En faisant le point sur les réformes initiées par la Banque centrale en 2018, elle indique que sur le plan des finances extérieures, « une baisse a été enregistrée dans le déficit du solde global de la balance des paiements, qui est passé à 7,93 milliards de dollars à la fin juin 2018 contre un déficit de 11,06 milliards de dollars à la fin juin 2017 ».

En même temps , les réserves de change « se sont amenuisées en baissant à 88,6 milliards de dollars à fin juin 2018 contre 97,33 milliards de dollars à fin décembre 2017 ». Soit une perte de 8,7 milliards de dollars au premier semestre.

Un chiffre qui suggère fortement que le niveau des réserves devrait tester la barre des 80 milliards à la fin décembre. Mohamed Loukal, qui dirige une institution en règle générale assez allergique aux pronostics et aux prévisions prendra-t-il le risque d’annonce un tel chiffre pour la fin de l’année ?

En attendant, le commentaire de la Banque d’Algérie ne cherche pas à masquer la situation : « En dépit de la remontée du prix moyen du pétrole à près de 71 dollars durant le 1er semestre 2018, en contexte de baisse des quantités exportées, le déficit du solde global de la balance des paiements et l’érosion des réserves de change demeurent encore relativement élevés ».

L’institution dirigée par Mohamed Loukal soulignent donc d’une manière qui est désormais devenue classique que « des efforts supplémentaires d’ajustement sont nécessaires pour rétablir les équilibres macroéconomiques afin d’assurer la viabilité de la balance des paiements et de limiter l’érosion des réserves officielles de change à travers un vaste programme de réformes structurelles ».

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