
Le financement non conventionnel ne devrait pas se répercuter par une explosion de l’inflation, a assuré ce mardi 26 septembre à Alger Saïd Maherzi, vice-gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), rapporte l’agence officielle.
« Les risques inflationnistes de ce financement sont maîtrisables, très maîtrisables », a-t-il dit devant la Commission des Finances et du Budget de l’APN, réunie pour débattre le projet de loi portant amendement de l’ordonnance relative à la Monnaie et au Crédit, en vue d’autoriser le Trésor public à s’endetter directement auprès de la BA.
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Selon le vice-gouverneur, une explosion de l’inflation est généralement le fruit d’une création monétaire qui n’est pas associée à une croissance réelle du PIB. Or, soutient M. Maherzi, le plan d’action du gouvernement prévoit une série de mesures, entre entres budgétaires, qui garantissent un plafonnement des dépenses publiques, une rationalisation des subventions, une croissance soutenue de la fiscalité ordinaire mais avec le maintien du financement des investissements grâce au recours à ce financement non conventionnel.
Cette politique devrait conduire, d’une part, à accroître le PIB hors hydrocarbures, et donc absorber la demande qui sera induite par l’accroissement de la masse monétaire et, d’autre part, à réduire graduellement le recours, par le Trésor, aux prêts directs de la BA du fait de la rationalisation budgétaire qui sera traduite par une baisse des dépenses à terme, a-t-il expliqué aux députés.
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« Ce qui serait inquiétant n’est pas le principe de recourir à ce financement mais le fait d’y recourir de manière abusive et démesurée. Pour ça, il ne faut pas s’alarmer car le gouvernement est plus que jamais conscient de la nécessité de rationaliser les dépenses publiques », a-t-il rassuré.
Le vice-gouverneur a mis en avant la création envisagée d’un organe de suivi et de contrôle pour accompagner la mise en oeuvre du financement non conventionnel.
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En plus, la BA continuera à jouer son rôle en matière de stabilisation financière et de stabilisation des prix, rassure encore M. Maherzi.
Les onze députés membres de la Commission qui sont intervenus ont exprimé, dans leur majorité, leur crainte d’assister à une explosion du taux d’inflation au bout de cinq ans, à savoir la durée qui a été fixée pour le financement non conventionnel attendu.
L’un des intervenants a exprimé ses craintes de voir le financement non conventionnel orienté vers la consommation.
« Le gouvernement dit que ce financement sera destiné exclusivement vers le budget d’investissement et non pas vers le fonctionnement mais, dans un pays comme l’Algérie, la production, même si elle est encouragée, sera destinée au marché interne et non pas à l’exportation, et donc à la consommation ce qui va alimenter l’inflation », a-t-il argué.
À l’autre question récurrente des députés, celle relative à la forte baisse de la valeur du dinar sur le marché parallèle de la devise, notamment par rapport à l’euro, juste après l’annonce du projet portant sur le financement non conventionnel, M. Maherzi a souligné que la BA « n’avait aucune influence sur le marché parallèle dont la maîtrise est étroitement liée à la maîtrise de l’économie parallèle ».
Sinon, pour la création des bureaux de change, suggérée par certains intervenants comme solution pour contenir « la Bourse du Square d’Alger » et contenir par la même la dépréciation du dinar, le représentant de la BA a d’abord fait remarquer que la création de ces bureaux de change était autorisée par la loi mais que leur absence sur le marché est due au manque d’attractivité de cette activité du fait notamment du faible nombre de touristes en Algérie et de l’ampleur du marché informel.
Ainsi, la question des bureaux de change « n’est pas une priorité pour la BA », a-t-il affirmé en expliquant qu’une convertibilité totale du dinar algérien « est complètement écartée ».
Certains députés ont par ailleurs interpellé le représentant de la BA sur les « garanties » obtenues auprès du Trésor quant au remboursement des bons qu’il va vendre à la Banque centrale et sur les taux d’intérêts qui y seront pratiqués, surtout qu’une « forte dépréciation de la monnaie nationale est redoutée dans le future », selon eux.
Maherzi a alors souligné que les bons du Trésor étaient des bons à risque nul et que l’État est, partout dans le monde, un emprunteur sûr.
Pour ce qui est du taux d’intérêt qui sera appliqué sur ces prêts, il « importe peu du moment que les bénéfices engrangés par la Banque centrale sont versés au Trésor en fin de compte, comme le stipule la loi ».
Un plafonnement du montant des prêts de la BA en direction du Trésor public avec une limitation rigoureuse des dépenses éligibles à ce financement a été proposés par l’un des intervenants.
Cependant, beaucoup d’entre eux ont plaidé pour un autre amendement de la loi sur la Monnaie et le Crédit pour instaurer l’encrage juridique relatif à la finance islamique qui demeure, selon ces députés, la meilleure solution à la crise financière que traverse le pays.
Invité par les membres de la Commission à fournir des données récentes sur la situation financière du pays, M. Maherzi a avancé que toutes ces données leur seront présentées par le Gouverneur de la BA, à travers le rapport de conjoncture de l’exercice 2016 et des neuf premiers mois de 2017.