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Pourquoi Alger va dérouler le tapis rouge à MBS

Pourquoi Alger va dérouler le tapis rouge à MBS

La visite officielle de deux jours qu’entame, ce dimanche 2 décembre, le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salmane (MBS) tombe presque au bon moment pour l’Algérie qui, après un début de redéploiement diplomatique en Afrique, cherche à renforcer ses relations avec certains partenaires arabes au milieu d’une conjoncture géostratégique incertaine.

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La visite intervient à la veille des réunions de l’Opep, prévues cette semaine à Vienne. Alger souhaite avoir à ses côtés l’Arabie saoudite, plus gros exportateur de pétrole au monde, lors des discussions de Vienne pour stabiliser les prix.

Mustapha Guitouni, ministre de l’Énergie, a déclaré, la semaine écoulée, que l’Algérie travaillait actuellement pour « rapprocher les vues entre les pays producteurs membres et non membres de l’Opep ».

À Vienne, Mustapha Guitouni doit, selon un communiqué du ministère de l’Énergie, prendre part à la 12e réunion du Comité de suivi ministériel conjoint Opep et non-Opep, chargé du « contrôle de la conformité aux ajustements volontaires de la production tels que décidés dans la Déclaration de coopération signée le 30 novembre 2017 ».

Le rapport du comité sera examiné par la 175e Conférence ministérielle du cartel, prévue le 6 décembre prochain.  Elle aura également à analyser l’évolution des marchés pétroliers depuis la réunion du 22 juin 2018 (à Vienne) et à examiner les perspectives du marché pour 2019.

Les pays Opep et non-Opep se sont engagés, pour rappel, en faveur de la stabilité des marchés pétroliers « dans l’intérêt des pays producteurs et consommateurs ».

La 5e réunion ministérielle des pays Opep et non-Opep est d’ailleurs prévue le 7 décembre à Vienne. Les 11 pays non-Opep, principalement la Russie (3e producteur mondial), le Mexique et le Kazakhstan, ont réduit, à partir de fin 2016, leur production de 558.000 barils par jour, pour freiner la dégringolade des prix.

Alger veut plus d’investissements saoudiens

Alger entend donc tirer profit de la visite de MBS pour renforcer la position stratégique sur la stabilisation des prix. Mustapha Guitouni a même pris la défense de l’Arabie saoudite, dernièrement, en disant que Ryad a faiblement augmenté ses quotas de production « pour faire face à la baisse de l’offre, induite par le recul de la production du Venezuela et de la Libye ».

Alger et Ryad sont d’accord pour que le cadre de coopération entre les pays Opep et non-Opep soit prolongé au-delà de 2018 pour une meilleure maîtrise du marché. L’Algérie, qui fait face à des difficultés budgétaires et qui a eu recours au financement non conventionnel, a tout intérêt pour que les prix du pétrole ne baissent pas pour éviter l’endettement extérieur à moyen terme.

Sur le plan économique, les Saoudiens, moins offensifs que les qataris ou les émiratis sur le marché algérien, envisagent d’engager de nouveaux investissements en Algérie surtout dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de la pétrochimie.

En juillet dernier, l’Agence nationale de développement de l’investissement (Andi) a présenté à Ryad « les opportunités d’investissement » en Algérie notamment dans les secteurs des TIC, des énergies renouvelables et du tourisme. Il est possible que des annonces sur des projets saoudiens importants en Algérie soient faites à la fin de la visite de MBS à Alger, lundi soir. Le prince héritier saoudien est accompagné d’une forte délégation d’hommes d’affaires et des personnalités influentes. On parle d’un investissement algéro-saoudien dans la pétrochimie d’un montant de 5 milliards de dollars.

« Le pouvoir algérien a tout intérêt à dérouler le tapis rouge à MBS. C’est l’occasion de nouer des relations fortes avec le prince héritier qui est connu pour sa proximité avec le président américain Trump. Il sait que Ryad joue un rôle clé sur le marché pétrolier et qu’il est indispensable d’avoir son appui pour éviter une nouvelle chute des prix du pétrole », analyse un spécialiste des relations internationales. « Du côté de MBS, c’est l’occasion de redorer son blason après l’affaire Khashoggi et de profiter du soutien de l’Algérie pour mettre fin à la guerre au Yémen. Le prince héritier subit des pressions internationales fortes pour mettre fin à ce conflit dévastateur. Les deux parties ont tout intérêt à ce que cette visite soit une réussite », affirme-t-il.

Rôle médiateur au Yémen ?

Sur le plan politique, l’Arabie saoudite, qui peine à sortir du bourbier yéménite, espère s’appuyer sur l’aide algérienne pour trouver une issue politique au conflit à travers les moyens diplomatiques surtout qu’Alger entretienne de bonnes relations avec l’Iran.

L’Iran est accusé par Ryad et Abu Dhabi de soutenir militairement les milices Houthis au Yémen. Ce que Téhéran rejette. MBS est attaqué par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme pour avoir ciblé des civils dans l’offensive militaire qu’il a, lui-même, engagé en tant que ministre de la Défense en mars 2015.

Selon plusieurs ONG, l’opération « Tempête décisive » a provoqué une véritable crise humanitaire au Yémen (déplacement de la population, maladie et famine), la crise la plus grave depuis la deuxième guerre mondiale.

Habituellement, l’Algérie ne refuse pas le rôle de médiateur surtout qu’Alger est resté prudent par rapport à la crise au Yémen et aux critiques internationales sur l’Arabie saoudite à cause de cette « guerre » et à cause de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul.

Alger entend également avancer ses idées sur la lutte contre le financement du terrorisme dans la mesure où Ryad paraît plus sensible à cette question que par le passé.

L’Algérie, qui connaît le rôle saoudien en Libye et dans le Sahel, souhaite que les choses soient plus claires avec l’Arabie saoudite.

MBS, en tournée arabe pour faire oublier l’épisode Khashoggi, pourrait montrer plus d’intérêt à écouter ce que lui proposent les Algériens, plus concernés par ce qui se passe à leurs frontières immédiates. Un plan pour une plus grande coordination entre les deux pays, sur les plans sécuritaire et politique, n’est pas à écarter. Un plan qui sera connecté aux démarches africaines pour trouver une solution politique durable à la crise en Libye et pour contenir d’éventuels débordements au Mali.

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