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Pourquoi Nouakchott veut une commission sur les frontières du Sahara occidental

Tout en restant sur sa position de neutralité positive, la Mauritanie cache mal ses inquiétudes face aux prétentions expansionnistes du Maroc.

Pourquoi Nouakchott veut une commission sur les frontières du Sahara occidental
Pourquoi la Mauritanie se méfie du Maroc ?/Source : DR
Amar Belani
Durée de lecture 2 minutes de lecture
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Le 31 octobre 2025, au lendemain de l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, Mohammed VI déclarait : « Il est venu le temps du Maroc uni qui s’étend de Tanger à Lagouira : celui dont nul ne s’avisera de bafouer les droits, ni de transgresser les frontières historiques. »

La référence à Lagouira, associée à celle des « frontières historiques », n’est pas passée inaperçue à Nouakchott.

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En effet, cette formule aux relents expansionnistes n’a pas manqué d’interpeller Nouakchott.

C’est dans ce contexte que Nouakchott a demandé, dans le cadre des discussions sur le Sahara occidental, la création d’une commission chargée de clarifier, de « manière consensuelle », les frontières internationales définitives et permanentes du territoire dont le statut reste à déterminer.

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Pourquoi maintenant ? Selon la perception de Nouakchott, le processus politique sur le Sahara occidental semble désormais entrer dans une phase concrète susceptible de déboucher sur une nouvelle configuration territoriale.

Cette perception repose toutefois sur une hypothèse erronée : celle d’un règlement fondé sur l’autonomie proposée par Rabat. Le Front Polisario rejette cette option et continue de revendiquer l’autodétermination du territoire.

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Dans son anticipation pour le moins précipitée, la Mauritanie cherche donc à traiter la question des frontières avant qu’un éventuel accord politique ne crée de nouvelles réalités sur le terrain.

Ceci traduit sa volonté de ne pas être confrontée, une fois le « règlement arrêté », à des conséquences territoriales ou sécuritaires qu’elle n’aurait pas pu discuter en amont.

La Mauritanie n’a pas, juridiquement, de prétention souveraine sur Lagouira, qu’elle contrôle de facto, car elle a renoncé à ses revendications sur le Sahara occidental en 1979.

Son enjeu est de préserver le statu quo autour de cette localité stratégique et de s’assurer que le futur règlement du dossier sahraoui ne produise pas, sans son accord, de nouvelles réalités territoriales à proximité immédiate du port stratégique de Nouadhibou.

Lagouira, à proximité immédiate de Nouadhibou

La sensibilité de la question tient aussi à la géographie.

Lagouira se trouve sur la partie occidentale de la péninsule de Ras Nouadhibou, à environ 13 kilomètres à vol d’oiseau de Nouadhibou.

La même péninsule est aujourd’hui partagée de fait entre la Mauritanie à l’est et le Sahara occidental à l’ouest.

Nouadhibou constitue le principal centre maritime et économique du nord mauritanien.

Toute évolution importante à Lagouira, notamment dans les domaines portuaire, touristique ou logistique, est donc susceptible d’avoir des répercussions sur son environnement stratégique immédiat.

Implication des Émirats

À cette proximité géographique s’ajoute désormais une dimension économique.

Des informations publiées en février 2026 ont fait état de projets marocains à Lagouira impliquant des partenaires émiratis, notamment dans le tourisme, l’hébergement et le développement urbain.

La participation émiratie donne à ces projets une dimension qui dépasse la seule relation entre Rabat et Nouakchott.

Elle introduit un acteur économique régional supplémentaire dans une zone située à quelques kilomètres de Nouadhibou.

Il convient toutefois de distinguer les projets annoncés des infrastructures effectivement réalisées ou engagées sur le terrain.

Les principaux travaux marocains documentés dans cette partie du Sahara restent concentrés plus au nord, notamment autour de Dakhla et de Guerguerat.

Un nouveau point de friction potentielle entre Rabat et Nouakchott

Pour Nouakchott, la déclaration de Mohammed VI sur un Maroc « de Tanger à Lagouira », l’évocation des « frontières historiques », l’entrée du processus politique dans une phase plus concrète (selon son appréciation) et l’annonce de projets à Lagouira avec des partenaires émiratis constituent autant de signaux qui justifient une vigilance accrue.

La demande mauritanienne d’une commission prend dès lors tout son sens.

Nouakchott veut que la question des frontières soit réglée dans un cadre consensuel avant que le processus politique n’aboutisse et ne crée des réalités territoriales difficiles à remettre en cause.

Fidèle à sa politique d’équidistance et de neutralité positive, la Mauritanie entretient aujourd’hui de bonnes relations avec le Maroc et l’Algérie.

Elle continue de reconnaître la RASD et de maintenir des contacts actifs avec le Front Polisario, tout en réduisant toutefois la visibilité institutionnelle accordée à celui-ci, pour ne pas froisser le Maroc.

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