
À l’instar de la plupart des pays africains, le Nigéria est confronté à un endettement extérieur contraignant, libellé principalement en dollars, fragilisant ses équilibres financiers tant internes (budget) qu’externes (balance des paiements) jusqu’à rendre sa monnaie nationale, le Naira très fortement déprécié par rapport à d’autres monnaies.
La gestion du service de la dette lui impose de trouver régulièrement de nouvelles sources de financement en devises pour pouvoir rembourser le principal et le paiement des intérêts.
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Le Nigéria, une économie asphyxiée par le service de la dette extérieure
Les dernières données publiées par le FMI en juin 2026 au titre des consultations de l’article IV, révèlent la spécificité de l’endettement extérieur du Nigéria dont les seuls intérêts représentaient 53,2% par rapport aux recettes budgétaires fédérales, même si le stock de la dette publique est à un niveau moyen soit 36,1% du PIB en 2025.
Etant très dépendant des recettes d’exportation des hydrocarbures alors que son système économique est incapable de générer des recettes fiscales ordinaires suffisantes pour financer les dépenses publiques et les grands projets de développement, les arbitrages qui sont faits entre les finances publiques et la gestion du service de la dette, deviennent difficilement soutenables.
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Le Nigéria se trouve contraint à se retourner régulièrement sur le marché international, pour contracter de nouveaux emprunts afin de combler ses énormes besoins en ressources en devises.
Il s’est progressivement détourné des prêts concessionnels (à taux d’intérêt préférentiels) devenus insuffisants, au profit d’émissions obligataires sur les marchés internationaux. Cependant, ces derniers mois, dans un contexte économique mondial perturbé par des crises géopolitiques, la plupart des taux d’intérêt obligataires sont à la hausse, rendant les refinancements de la dette extérieure sur les marchés financiers internationaux plus coûteux.
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La nouveauté pour le Nigéria cette fois-ci, c’est le recours aux produits dérivés pour le financement externe auprès d’une source particulière, en l’occurrence un prêt de 5 milliards de dollars contracté auprès des Émirats arabes unis.
Deux questions se posent : pourquoi les EAU interviennent particulièrement en ce moment au Nigéria, et la nature particulière de l’opération qui est un swap (contrat d’échange) de rendement total reposant sur un mécanisme financier dérivé, adossé à des actifs financiers collatéraux (souvent des titres d’État ou des créances sur les recettes pétrolières).
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L’accord de financement d’un montant total de 5 milliards de dollars négocié avec First Abu Dhabi Bank (FAB), la plus grande banque des Émirats arabes unis, a déjà permis au gouvernement nigérian de mobiliser une première tranche de 1,5 milliard de dollars.
Contrairement aux émissions classiques d’Euro-obligations ou aux prêts bilatéraux directs, le swap de rendement total signifie techniquement que si la valeur du collatéral baisse (en raison de la volatilité des taux d’intérêt sur marchés financiers ou des taux de change), le Nigéria doit verser une compensation en dollars à la First Abu Dhabi Bank (appels de marge).
Le Nigéria a certes besoins de liquidités en dollars pour faire face à la gestion contraignante du service de sa dette extérieure, mais compte tenu des conditions liées à la structure des taux d’intérêt aux Etats-Unis et au dollar, il y a un risque d’accentuation de la pression sur ses finances publiques et ses réserves de change, le fragilisant plus en termes de prise de décision autour de ses projets de développement stratégiques, dont le gazoduc transaharien (TSPG) et son tracé qui passe par le Niger et l’Algérie.
*Professeur d’économie à l’Université de Tizi-Ouzou