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Processus électoral : les suspicions se multiplient

Processus électoral : les suspicions se multiplient

L’Autorité électorale vient d’annoncer qu’elle a entamé l’étude des recours concernant la révision des listes électorales. On ne sait pas trop de quoi il s’agit ni de quelle partie pourraient provenir les contestations, mais une telle annonce sert surtout à donner l’illusion que tout va bien dans les meilleurs des mondes et que les différentes étapes du processus électoral se déroulent normalement.

Juste une illusion car de telles assurances, on en entend quotidiennement et c’est aussi tous les jours qu’elles résistent mal à la réalité du terrain.

Première grosse anomalie qu’il sera difficile à Mohamed Charfi, le président de l’Autorité, d’expliquer : le délai de révision des listes électorales a expiré le 6 octobre, soit avant l’installation des commissions locales de l’autorité d’organisation des élections, qui, conformément à son mandat, devaient être en charge du processus du début jusqu’à la fin : révision des listes électorales, réception des dossiers de candidature, organisation et surveillance du vote, annonce des résultats.

Qui a donc chapeauté la première étape si ce n’est pas l’instance de M. Charfi et ses démembrements ? L’administration, bien sûr. Faut-il en déduire que la « grande avancée » promise avec le retrait au ministère de l’Intérieur de ses prérogatives en matière d’élections n’en est pas une ? En tout cas, il semble que ce sont les mêmes wilayas et les mêmes mairies qui, vingt ans durant, organisaient des simulacres de scrutins, qui ont toujours la main sur le processus.

Cela quand l’opération de révision a bien eu lieu. Car les images partagées sur les réseaux sociaux sont tout aussi indémontables : des dizaines de bureaux des élections en Kabylie et ailleurs ont été cadenassés par des citoyens et le mouvement commence à faire tache d’huile vers d’autres régions.

Quant aux résultats annoncés, le chiffre de 128 000 nouveaux inscrits est largement discutable puisqu’il dépasse celui de la révision effectuée au début de l’année en prévision de l’élection avortée du 18 avril.

Pour une révision « exceptionnelle » et un scrutin rejeté par une grande partie de la population, au moins par ceux qui manifestent chaque vendredi, cela relève de la prouesse difficile à expliquer, surtout que les médias publics n’ont diffusé aucune séquence montrant un afflux dans les bureaux des élections.

Parrainages à huis clos

L’autre opération qui prête à suspicion, c’est celle relative à la collecte des parrainages des électeurs. Les chiffres entendus çà et là sont difficilement croyables en l’absence d’images tant sur les réseaux sociaux que sur les médias traditionnels qui, paradoxalement, rapportent dans les moindres détails toute information de nature à valider l’idée que tout se déroule normalement, tendent leurs micros à ceux qui ont l’intention de voter, mais omettent de couvrir une opération qui pouvait faire taire les critiques au moins sur cet aspect.

Les citoyens ont toujours en tête les six millions de signatures collectées en un temps record en février dernier en faveur d’un candidat – Abdelaziz Bouteflika – qui, immédiatement après, a vu tout le peuple sortir dans la rue exiger son départ.

C’est d’ailleurs cet épisode, plus que sa longue carrière dans l’administration, qui a valu au ministre de l’Intérieur de l’époque Noureddine Bedoui toute son impopularité et toute l’insistance de la rue et de l’opposition à le voir quitter son poste de Premier ministre qu’il occupe depuis le 11 mars.

Le départ de Bedoui est précisément réclamé, entre autres préalables, comme un gage de garantie de la transparence de l’opération électorale. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on, et nul ne peut reprocher aux citoyens et à la classe politique de voir des velléités de magouille dans tout ce qu’entreprend l’administration dans cette conjoncture pré-électorale pas comme les autres.

De surcroît, quand la maladresse se mêle à la précipitation. On n’est qu’en octobre et les mairies invitent déjà les nécessiteux à déposer leurs dossiers pour bénéficier d’une aide au mois de ramadan qui ne surviendra que dans sept mois.

Sur les réseaux sociaux, à tort ou à raison, on redoute que, dans l’anonymat des bureaux des maires, les pièces fournies servent pour un usage plus urgent…

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